LETTRE XII
Amélie a Albert.
Ce 20 juillel.
J'ai quiKë madame de Sitnmeren depuis deux jours, er, avant peu, j'espère être â Bellinzonna. Depuis mon départ je n'ai ^ point eu de tes nouvelles < je n'en (rouverai j que chez mon oncle : aussi suis-je si impa- ' tiente d'arriver, que je regarde comme perdus tous les iusîans que je donne au sommeil ; et si la santé de mon fils ne me prescrivait pas de m'ariêter chaque soir, je ne voudrais quii(er ma voilure que pour descendre là oii tes lettres m'alteadent.
Je me fëlicile .d'avoir ëchappé à madame de Simmeren; je ne connais pas de femme plus séduisante, et avec qui je voulusse moins vivre : elle a quelque chose de si vif et de si mobile dans Tesprit, qu'elle ne laisse pas un moment de repos; elle vous promène d'opinions en opinions, sai-
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sissant d'un coup d'œil tous leurs rapports, discutant le pour et le coiUve avec la même facilité, et se contredisant avec tant de franchise, qu'on est presque tenté de préférer les inconséquences de celte imagination en désordre, à la sage réserve d'un esprit juste; enfin, si elle inquiète par la nouveauté de ses principes , elle séduit par le charme qu'elle y prête i si elle éloigne par ses capiices, elle ramène par se» caresses ; et , tout en inspirant une secrète défiance sur la solidité de son caraclère, force le cœur à l'aimer en dépit de la raison.
Laissons madame de Simmeren, Albert; je t'assure que la société de cette femme m'a fait mal, et que son souvenir ne me vaut rien ; elle a jeté dans mes idées un désordre plus pénii^le que la tristesse même , et j'ai besoin d'oub'ier qu'il est des êtres dans le monde qui , au bout d'une longue carrière, se rappellent leurs fautes avec complaisance, parviennent , presque à les fnre aimer, et, loin de s'ea repentir, trouvent dans le bonheur dont
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elles furent /a source de quoi embellir le soir de leur vie.
LETTRE XIIÎ.
Amélie a Albert.
fiellinzonna, 4 doût.
J'arrive , je me jette dans les bras de mon oncle, je lui présente mon fils; il nous embrasse tous deux avec la plus touchante effusion, et nous reçoit comme ses enfans : on me remet tes lettres , je retrouve mon frère, tout mon frère : voilà son caractère, ses idées, sa raison, son amitié.
Tes lettres ont eu bientôt effacé ce reste d'impression pénible que m'avaient laissé les opinions de madame de Simmaren , et je crois que, sur ce sujet , nous pensons exactement de même. Adieu , voici M. Grandson qui commence, dit-il, ses fonctions d'oncle , en m'ordonnant de quitter la plume et de consacrer toute
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ma journée au besoin qu'il a d'être avec
moi,