‹ Amélie MansfieldChapitre 12 sur 25 · LETTRE XIV · texte numérisé non relu

LETTRE XIV

Albert a Amélie.

Dresde , 26 juin.

Mon amie, ma tendre sœur, comment ne pardonneraîs-je pas une faiblesse que j'ai partagée; crois-tu que quand je me suis arraché d'auprès de toi, je n'aie pas versé des larmes ? En sortant de ta maison j'avais le cœur si opressé que je pouvais à peine marcher ; je me suis assis sur la première borne , la tête appuyée contre le mur, et je fassure qu'il m'a fallu un bien grand courage pour ne pas retourner chez toi le conjurer de ne pas partir : jamais tentation n'a été plus forte , et jamais je n'ai eu plus de peine à résister à un parti que ma raison condamnait ; mais ne pense pas que nous soyons séparés pour long-temps; puisque tu Tas exigé, je ne

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t'ai point accompagnée; pour ie satisfaire, je me suis préféré à foi, et j'ai consenti à te laisser t'exposer seule à la fatigue d'un long voyage, plulôt que de risquer d'offenser les parens de Blanche; mais avant peu j'uai le-oir ma jeune, ma première amie , trésor précieux que me légua mon père, et dont jesens si bien toute la valeur.

Te le dirai-je, mon Amélie? depuis ton départ ma pensée, qui se complaît à rappeler tous les instans que nous avons pa>-sés ensemble, s'ariêie souvent sur ceux où , d'un air si fendre et prcsq ;e reconnaissant, tu écoutais en silence mes longues et sévères reorionfrânces. Je me demande comment Ion invincible douceur ne mo désarmait pas .sur-le-champ , et me laissait le courage de te parler d'autres choses que de mon araili'- • mais va, mon Amélie, sois bien sûre que ce frère grondeur et moraliste, eu fe reprochant tes torts, n'en voyait pas moins tes vertus; et plus d'une fois il s'est dit à lui-même , qu'il valait peut-être mieux se tremper

MANSFIELD. tij

comme îoi , que d'avoir raison comme laut d'awîres.

Ln nouvelle de ton départ a coûte' bien des larmes à Blanc'ne : en la voyant pleurer , ma sœor , il m'a semblé qu'elle me devenait plus chère; monsieur et madame de Geysa sont resiés dans un étonneraent stupîde; madame de "Woîdemar , aprè:? avoir moniré, à cette occasion, une joie i décente, et répété hauteiiient qu'en rersonçfln! à ta patrie et à ta famille, tu t'étais fiit justice à toi-même, a voulu nous réunir tous chez elle pour célébrer , co-mme un jour de fête, celui de Ion exil; je f avoue , qu'indigné de ce projet, et surtout de rinvitaîion qu'elle avait osé m'envoyer , je lui ai répondu que le sujet de son allégresse en étant un de deuil pour moi, deux personnes qui s'entendairuî aus-^i peu devaient éviter de se rencoritrer jamais, et que dorénavant je fuirais sa présence pour ne pas avoir à rougir pour elle, et à souffrir pour moi de la cruauté avec laquelle elle insultait à Tin-

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foitunp de la sœur et à la douleur du

frère.

Ma lettre ne l'a point ofTensée , elle eu a senti la justesse; je sais même qu'elle s'est repentie, et de m'avoir engagé à venir participer à sa joie , et de Tavoir manifestée aussi publiquement ; mais néanmoins elle n'a pas voulu revenir sur ses pas, et la fêle a eu lieu. Monsieur et madame de Geysa y étaient; Blanche les a suivis : ne lui en fais pas un crime, Amélie ; je sais bien qu'au premier moment j'aurais voulu qu'elle déclarât hautement qu'elle n'irait point j mais , en y réfléchissant mieux, j'ai pensé qu'il était possible que son devoir lui en fît la loi , et que l'obéissance filiale devait aller avant l'amitié même;. mais je sais du moins qu'elle a e'té fort Irisle; et dans un caractère comme le sien , tu penseras peui-être que c'est une plus grande preuve de tendresse , que ne feût été le refus même d'accompagner ses parens chez madame de Woldemar.

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