‹ Amélie MansfieldChapitre 9 sur 25 · LETTRE IX · texte numérisé non relu

LETTRE IX

Amélie a Albert.

Du château de Simmeren , 1*' Juillet.

La date de ma lettre ('étonnera , sans doute. La sauvage Amélie, l'obscure madame Mansfield chez la comtesse de Simmeren ! Par quel hasard? ou plutôt par quel prodige ? Ua événement bien simple

a caasé cette rencontre. Hier, m'ëtant arrêtée à Kampten pour coucher , et n'ayant point trouvé de lait pour mon fils dans l'auberge oii j'étais , j'en ai envoyé chercher dans la ferme la plus voisine qui de'pend de la terre de Sirnmeren. La comtesse, qui se promène souvent dans son domaine , et qui ne dédaigne pas de visiter ses fermiers , était en ce moaient dans la maison où mon commissionnaire se présentait. Un mouvement de curiosité lui ayant fait demander quels étaient les voyageurs qui désiraient du lait, au nom de madame Mansfield , elle a témoigné une grande surprise, et, toute parente qu'elle est de la fière baronne de "V^^oldemar, elle s'est hâtée de venir dans mon auberge réclamer le droit de me donner l'hospitalité en faveur des liens qui unissent nos familles. Accoutumée à me voir rejetée par tous mes parens, j'ai été d'autant plus sensible à l'accueil de madame de Simmereu, qu'elle ne connaissait de moi que mon mariage , et que ce mariage lui avait été appris par madame de Woldemar. Ce-

pendant sa repulad'on m'ayant fait réflécîiir qu'il pouvait y avoir plus de désir de s'amuser que d'intérêt dans son invitation , j'hésitais à l'accepter lorsqu'elle m'a dit en souriant : « Prenez garde à ce que vous allez faire : dans voire situation, un refus marquerait trop d'orgueil, et vous ne devez pas livrer voire âme à un vice qui vous a fait tant de mal. Allons , allons , ma j'olie cousine, suivez une parente dont la vieille expérience lui a trop bien fait connaître le monde et ses erreurs pour ne pas pardonner aux douces faiblesses d'amour , et excuser les femmes que leur cœur égare.

Vous aimâtes, et ou vous séduisit? vous fûtes tiorapée , et vous vous repentes ; tout cela est dans l'ordre, et nous sommes du même sang : que votre famille vous re- nie si elle veut, moi je vous arlopte. » Le ton moitié plaisant , moitié sérieux dont tout cela fut dit, me laissait encore dans l'indécision, lorsque la comtesse, me prenant par le bras d'un air de bonhomie, ajouta : « Puisqu'il est décidé que vous viendrez avec moi , ayez l'air, du moins.

de faire les choses de bonne grâce, et préparez-vous à me raconter tout ce qui vous est arrivé. A mon âge, on ne vit plus^que de souvenirs; et après le plaisir de parler de ses aventures , il n'y en a point de plus grand que d'écouter celles des autres. »

Je n'ai pas résisté plus long-lemps ; malgré l'air un peu moqueur de madame de Simmeren, il y a dans son accent et ses manières quelque chose de si engageant et de si tendre, qu'il faut toujours fiuir par faire ce qu'elle veut. Pendant la soirée, elle a beaucoup caressé mon fils. « Il n'a rien de roturier dans les traits , m'a-t-elle dit, et je crois qu'il n'aura rien que de noble dans l'âme : alors, que lui manquerat-il pour être l'égal de ses ancêtres ? quelques lettres diversement arrangées. Assurément ma cousine de Woldemar est une femme de beaucoup d'esprit ; mais elle n'a pas le sens commun; elle vous rej'ette, et m'a toujours accueillie : quelle injustice! Ah ! si vous connaissiez les aventures de ma jeunesse, vous verriez le cas qu'on doit faire de l'opinion du monde et

du jugement des hommes ! Un jour je me reserve le plaisir de vous les apj3rendre. » Pour peu que je l'eusse pressée, ce jour eût été à l'iuslant même; mais j'avais besoin de repos, et madame de Sirameren , qui s'en est aperçue, ne m'a pas permis de me relirer dans mon appartement qu'après avoir obienu ma parole de pro'oi-g'r, d'une semaine euiièrej mon séjour chez elle.

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