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i3i AMÉRICAINS Et JAPONAIs
d*un sol fertile ou de l'eau abondante ». Pour avoir la terre et la culture qui le fassent vivre, il faut que rhomme les crée par son ingéniosité, sa méthode, son économie.
Il y a de gros préjugés contre Tirrigation. Bien que la terre irriguée en Californie ait plus de valeur qu'en aucun autre État aride, la surface irriguée y reste insignifiante et n'augmente que lentement; Teau y coûte plus cher qu'ailleurs et on en perd plus qu'on n'en use. Il est des Californiens pour penser que Tirrigation est une calamité qu*impose la nature aux habitants des régions déshéritées, aussi ne veulent-ils pas avouer que leur pays en a besoin, car le fermier du Middle-West, qui trouve toute prête une terre fertile, se rirait d*eux; et ils tâchent d'attirer les immigrants en disant que chez eux Tirrigation n'est pas nécessaire. L'irrigation est malsaine, ajoutent-ils : elle apporte la fièvre. L'irrigation est ruineuse, et ils citent des expériences malheureuses de canaux entrepris avec ce goût du grand qu'a tout Américain et qui, ayant épuisé toutes les ressources de ceux qu'ils devaient sauver, gisent aujourd'hui béants et vides sous un linceul d'herbes et de broussailles.
Mais le préjugé le plus sérieux contre l'irrigation, c'est qu'elle a pour résultat de morceler les grands domaines et de démocratiser la culture. Or, en Californie, pays de fortes traditions aristocratiques , on a coutume de voir, grand et de n'estimer que les énormes entreprises*. La culture des céréales et des
1. En la personne de Magnus Derrick, un des principaux personnages de son roman, Frank Norris a donné un bon portrait de ce type de rancher californien :
« Derrick aimait à faire les choses en grand, à présider, à
fruits sur d'énormes espaces convient aux habitudes qui ont toujours prévalu dans ce pays d'élevage, au temps des Espagnols, puis des mines d'or. De grands estâtes, d'abord possédés par les noms historiques de la première immigration, quand ils leur ont échappé, ont passé aux mains des banquiers et des capitalistes de San Francisco, en paiement des emprunts que les pertes subies en cultivant les céréales avaient forcé de conclure. Malgré les échecs des fermiers. Ton s'acharne à conserver de grands estâtes et il n'est pas rare d'en trouver qui aient 40 000 acres (soit 16 190 hectares).
Les hommes s'enorgueillissent ici de vastes entreprises et de faire tout ce qu'ils entreprennent sur une large échelle. Le blé se prête à une telle méthode de culture.
dominer...; il n*avait pas Tesprit de détail, n^était pas patient. Sa grandiose prodigalité sMnquiétait plus du résultat que des moyens. Il était toujours prêt à courir un risque, à hasarder tout son bien sur une espérance de gain colossal. Au temps qu'il était dans les mines, il n'y avait pas plus redoutable joueur de poker dans le comté. Il avait été aussi heureux dans les mines qu'au jeu... Sans s'en rendre compte, il menait son ranch comme naguère sa mine. Le vieil esprit de 1849, hasardeux, point scientiflque, persistait en lui. Tout pour lui était jeu : celui qui risquait le plus, avait chance de gagner le plus. L'idée de fumer les terres de Los Muertos, d'en économiser les grandes ressources, il l'aurait repousséc comme mesquine, peu généreuse, digne d'un Juif... Le véritable esprit- californien, il l'exprimait à merveille, l'esprit de rOucst, impatient, et qui refusait de peiner; l'instinct du mineur à la recherche d'une fortune gagnée en une nuit l'emportait sur tout. Magnus et la multitude des autres ranchers dont il était le type accompli, n'aimaient pas leur terre, ne s'attachaient pas au sol... Dessécher leur terre, l'épuiser, telle paraissait être leur politique. Quand, enfin, la terre refuserait de produire, ils placeraient leur argent dans quelque chose d'autre ; d'ici là, ils auraient fait fortune. A quoi bon s'inquiéter. Après nous le déluge I »
Avec de rorganisation, on peut aussi aisément surveiller 10 000 acres de blé que 10 acres. Point de détails à considérer : les semailles, la moisson; dans Tintervalle une entière liberté... Être fermier, cela va bien quand la terre est chère et que la population est dense, mais cela ne flatte pas Timagination comme de labourer des champs si vastes qu'il faut un trajet d'un jour pour retourner un seul sillon, ou comme d'employer des charrues à vapeur et de herser avec des attelages de cinq mules. Le coupage, le battage, la mise en sac du grain en une seule opération, voilà une noble besogne et qui rappelle le métier d'éleveur des beaux jours. Le propriétaire d'un ranch était plus qu'un industriel, c'était un monarque. Le cowboy à cheval est un aristocrate ; l'homme qui piétine la boue des champs irrigués, en pleine chaleur d'été, n'est qu'un être misérable et rampant. Le cowboy regarde avec mépris le fossé d'irngation, symbole d'une besogne méprisée ^
Ces belles manières d'aristocrates ont toujours encouragé le gâchage de l'eau. Pendant longtemps on songea à s'en débarrasser plutôt qu'à la réserver, sansqu^onse rendît compte qu'en Californie les rivières ont plus de valeur que l'or des collines et le pétrole des vallées : le Sacramento et le San Joaquin servent à la navigation; les torrents sont indispensables aux mines; à défaut de charbon, ils sont une source précieuse d'énergie; captés, ils irrigueront les terres arides. Qu'il s'agisse de Teau ou de toute autre richesse naturelle, il faut, aux État-Unis, pour que le pouvoir d'un État ou le pouvoir fédéral s'avise de la protéger, qu'un prodigieux gâchage, au caprice des individus, ait d'abord fait scandale.
Maintenant que Ton se rend compte que l'avenir de