‹ Américains et JaponaisChapitre 22 sur 99 · Osaka Asahiy 20 mars · texte numérisé non relu

Osaka Asahiy 20 mars

2. Hayes, House of Représentatives, 13 mars 1906. Des Coréens, venus des Hawaï, commencent d'apparattre dans les ranches du sud de la Californie.

agréments sont ordinairement verbaux. Les Japs sont payés 1 dollar ou 1,10 par tonne de betteraves qu'ils font pousser, qu'ils arrachent et qu'ils chargent * ». De même pour les travaux de chemins de fer ', — les Japonais sont terrassiers à Touest des États-Unis dans les États de Washington, Oregon, Idaho, Utah, Nevada, comme les Italiens le sont à Test, — c'est Torgariisation sous un boss qui les fait rechercher des employeurs. Il est avantageux pour un propriétaire de ranch ou pour un directeur de chantier de traiter* avec un contremaître qui garantit un travail déterminé. Les unions d'ouvriers blancs voient si bien dans cet esprit d'organisation un danger, que les ennemis de M. Hearst, pour le discréditer auprès de sa clientèle ouvrière, ont fait courir le bruit qu'il employait des Japonais dans son ranch californien. Cette inquiétude des syndicats ne peut qu'encourager les patrons à employer des Japonais : pour les capitalistes, le Jap est l'antidote au poison syndicaliste. Alors qu'aux Hawaï, où les Japonais dominent

1. Second Report on Hawaï. Bulletin of the Department of Labor, n» 47, Washington. July 1903.

2. « Le sixième des Japonais qui se trouvent aux États-Unis travaillent aux chemins de fer. A la fin de 1006, ils étaient 13 716. La moyenne de leur salaire quotidien varie de 1 dollar 30 à 1,70. En supposant qu'ils reçoivent par jour 1 dollar 50 et qu'ils travaillent 330 jours par an, ils gagnent chacun un salaire annuel de 495 dollars. Le montant total de leurs salaires est 6 789 420 dollars. Actuellement, comme les Japonais ne sont pas assez nombreux, leur salaire est de 1 dollar 50 au minimum. A l'époque de la cueillette des fruits, il s'élève à 2 dollars. * {Osaka Asahi, 20 mars 1907.) Le terrassier qui travaille aux chemins de fer en Washington, Oregon, etc., et l'agriculteur ou l'artisan de Californie sont deux types de Japonais assez différents : le premier rude, simple, assez soumis; le second plus débrouillé, plus exigeant aussi.

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le marché du travail, on voudrait les neutraliser avec des Chinois ou des Blancs, en Californie c'est avec les Japonais, qui n*y sont encore qu'une minorité, qu'on voudrait abattre la tyrannie des unions.

C'est que Texigence et l'intolérance des unions est actuellement la grave, l'urgente question en Californie. La population est tellement exaspérée que contre les unions toutes les récriminations journalières se tournent. La vie est chère? — les unions. La cheminée fume? — les unions. Les domestiques sont inconvenants? — les unions. Les unions, toujours les unions; c'est la manie, le hobby du jour. Chacun à sa petite histoire à raconter.

Un citoyen profite de son après-midi du samedi pour faire à sa propre maison quelques réparations ; un membre d'une union s'approche qui le somme de quitter l'ouvrage, sous peine de boycottage. Le citoyen cède, par force. Plombiers, maçons, plâtriers, groupés eh syndicats très forts, n'admettent qu'un certain nombre d'ouvriers dans leurs unions, de sorte qu'un plombier de Stockton, venant à San Francisco, ne pourra pas y travailler, si habile qu'il soit et quelque besoin que l'on ait de lui. Les travaux de reconstruction de la ville en sont retardés. Aussitôt après le tremblement de terre et l'incendie, il y eut un bel élan de courage et l'on vit grand : c'était à qui se réjouirait que, grâce à ces fléaux, San Francisco dût se relever plus monumentale. Mais le coût du travail est exorbitant : avec leurs payes de 7 ou 8 dollars par jour, les plombiers gagnent plus qu'un professeur d'université. Les grands plans coûteraient trop cher à exécuter; en mai il y eut une grève violente et sanglante des employés de tramways, des

ouvriers du fer et de quelques autres industries; le procès intenté à Tex-maire Schmitz et à Abraham Ruef a révélé la corruption du Board of Supervision qui se faisait acheter par des corporations les concessions pour les services publics. Ces exigences des unions font le succès de la main-d'œuvre japonaise. Sans cette main-d'œuvre la récolte des fruits, qui déjà pour moitié pourrit sur les arbres, ne se ferait plus; les bras manqueraient pour les terrassements; les employeurs seraient encore davantage à la merci des syndicats. Comment donc parmi les grands propriétaires et les capitalistes se trouvent-ils des antijaponais?

C'est que ces Japs don'i keep their place ; le malheur avec ces races inférieures, c'est qu'elles ne savent jamais rester à leur place. Même difficulté avec les Nègres : depuis quarante ans qu'ils sont affranchis et citoyens, ne s'avisent-ils pas de faire comme les Blancs, de refuser les travaux pénibles, de se vêtir de couleurs claires, d'aller à la ville se montrer, de préférer la flânerie au travail et de prétendre à l'égalité? S'ils étaient restés des esclaves obéissants, de bons serviteurs dévoués corps et âme, avec le sens le plus humble et le plus respectueux des distances, reconnaissants des faveurs que la bonté naturelle des maîtres ne peut manquer de leur dispenser; s'ils ne s'avisaient pas d'étudier, de prétendre à d'autres métiers que les métiers manuels, et môme d'avoir l'audace d'aller dans les universités chercher une culture désintéressée, il n'y aurait pas de problème nègre.

Les Blancs, après tout, ne leur veulent pas de mal : ces Nègres, vus de loin, dans une attitude soumise, un peu courbée, ce sont de braves gens, avec d^assez bons instincts; mais quand ils se risquent à venir sur le môme plan que les Blancs, et d'y respirer, d'y vivre coude à coude, c'est intolérable. Il faut leur donner le sens des distances, et cela dans leur intérêt, puisque ihey don!t keep their place.

Si l'on ne peut se passer d'Asiatiques sur la côte du Pacifique, il n'est personne en Californie qui ne préférerait exclure les Japs et rappeler les Chinois. Jean le Chinois a l'avantagé de s'être fait oublier depuis vingt-cinq ans que la loi l'exclut : maintenant que les Japs viennent en grand nombre, prudemment il passe au second plan. Aussi recommence-t-on à parler de ses qualités, pour en accabler le Japonais. Jean est modeste; il est satisfait, même relégué dans d'humbles besognes. Jean est Thonnôteté même : comme salarié ou comme marchand, il tient sa parole et respecte sa signature. Domestique, si, chez un célibataire surtout, sans la surveillance d'une femme, il peut agir à sa tête, c'est un automate bien ajusté, bien huilé et qui fonctionne silencieusement.

Le Japonais est beaucoup plus craint en Californie que le Chinois. Il est plus souple, plus désireux d'apprendre un métier, et de s'élever à de hautes situations. Comme serviteur, il ne s'attachera pas à votre foyer, à votre famille : il vous quittera au bout de quelques jours, subitement, non sans avoir pris la précaution de réserver la place pour un de ses parents ou amis qu'il doit vous adresser. Peu modeste d'allures, il ne se laisse pas faire; énergique à la riposte, il n'a pas la patience du Chinois, souffre-

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douleur à qui les gamins font des misères, et depuis sa victoire, son attitude est de plus en plus arrogante. Les Américains sentent qu'il ne les admire pas aveuglément et ils s'en froissent. Le Japonais a Tair de se moquer du monde avec un calme qui irrite les nerfs yankees. Il semble toujours vous dire : « Ce n'est pas la peine que je te réponde : tu es trop bête » sur un ton qui rend l'humilité chinoise beaucoup plus sympathique. Les Japonais sont aussi plus exigeants et ils attendent le pourboire. Vous les froissez en leur parlant de devenir hommes de peine ; ils sont artistes, ouvriers non pas. Un fermier de Santa Rosa demande à un bureau de placement japonais des hommes pour déraciner des arbres. Le bureau répond : « Je vous fournirai des hommes pour scier le bois; mais adressez-vous à des manœuvres italiens pour déraciner vos troncs. »

Domestiques ou employés, les Japonais, ne sont pas sûrs. Ils quitteront leur patron sans avertissement préalable et sans se soucier de ses intérêts, chaque fois qu'ils estiment que c'est leur intérêt. De même le marchand américain se plaint que le Japonais ne soit pas un vrai commerçant. Sous prétexte de corriger la justice par l'équité, il manque souvent de scrupule dans l'exécution des contrats, et les reproches d'improbité que leur a adressés le milliardaire Rockfeller ont fait leur chemin.

L'entrepreneur américain se plaint que le Japonais est paresseux, ivrogne, impérieux. C'est qu'il a souvent affaire avec des chômeurs qui viennent des Hawaï où un système de demi-esclavage les a dépravés. Et le temps est passé, aussi bien en Californie qu'aux Hawaï, où l'on pouvait traiter les coolies

japonais comme des Nègres. Écoutons ces recommandations d*un des hommes importants de la Planters^ association d'Honoloulou à un manager de plantation ^ « Autrefois nous avons trop pris Thabitude de traiter Japonais et Chinois comme des animaux plutôt que comme des hommes. Nous ne le pouvons plus maintenant, car il n'est pas vraisemblable que cette race extrêmement polie accepte un tel traitement. Ainsi, continuez d'être sévère pour les flâneurs, mais tempérez votre fermeté de plus d'amabilité que vous n'aviez coutume il y a dix ans. »

Les Japs qui passent des Hawat en Californie sont parmi les plus émancipés; ils quittent les îles pour être plus indépendants et ce sont des gaillards rusés, ambitieux, énergiques. Leur goût de l'association leur donne une grande force de pénétration et les rend souvent dangereux : « Le Japonais est assez malin pour tirer de son travail autant qu'il peut, mais il commence par rabattre assez sur les salaires moyens payés aux Blancs pour enlever l'affaire... Une fois qu'il est maître du terrain, fini le bon marché. Il n'y a pas de syndicat ouvrier qui soit plus despote en ses demandes qu'une compagnie de travailleurs japonais, une fois qu'ils ont écarté toute concurrence. Dernandez aux planteurs hawaïens si cela n'est pas vrai*... On cite deux exemples de Japonais employés dans un verger de Californie qui, trouvant qu'ils contrôlaient le marché du travail dans le voisinage, forcèrent les propriétaires du verger à leur vendre la récolte à très bas prix, sous menace de laisser les fruits pourrir sur

1. Third Report on Hawaï, Bulletin of the Bureau of Labor, n*66, september 1906, p. 498.

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