‹ Américains et JaponaisChapitre 59 sur 99 · H. B. MiUer, consu] général des États-Unis à Yokohama · texte numérisé non relu

H. B. MiUer, consu] général des États-Unis à Yokohama

AMÊRICAIICS IT JAPOMAXS. - 20

que par Torganisaiion de leur commeroe d'exportation, ont intérêt à ne pas%se mettre mal avec ce placier. Une guerre entre les deux pays arrêterait les échanges de rAmérique avec la Chine : les escadres japonaises garderaient aisément tous les détroits par où les bateaux américains pourraient gagner le continent asiatique.

La guerre ou la paix dépend du Japon : la guerre ne peut éclater que si le Japon attaque. Or, pour les Japonais, blessés dans leur orgueil de peuple victorieux, Toccasion était belle, ces mois derniers, de surprendre et de battre leur ennemi dans le Pacifique nord.

En novembre 1905, deux mois après le traité de Portsmouth, on disait dans l'entourage du Mikado que la prochaine guerre serait avec les États-Unis. A Portsmouth, tandis que les plénipotentiaires russes étaient soutenus par la sympathie yankee, les Japonais sentirent que les États-Unis ne les approuvaient pas et durent rabattre de leurs prétentions. La Russie éliminée, rien ne dissimula plus le face à face dans le Pacifique nord. Des journalistes japonais — le professeur Tomizu en particulier — assimilèrent la construction du canal de Panama à la construction du Transsibérien : c'était le même effort des Blancs, qu'ils vinssent de TEst ou de l'Ouest, pour se rapprocher des marchés et des capitales de l'Asie orientale que ie Japon entend dominer. Ne fallait-il pas

profiter derélan de victoire pour éliminer le dernier grand rival? L'idée d'une lutte nécessaire à entamer quelque jour contre les États-Unis était déjà dans l'imagination japonaise plus d'un an avant que naquît l'incident des écoles. Comment dès lors la guerre a-t-elle été évitée au cours de cette année de crise? Ce n'est pas faute que de vieux griefs n'aient été amèrement évoqués. Les Japonais. ont rappelé la fin de non-recevoir énergique qui fut opposée à leurs protestations, lors de l'annexion des Hawaï, — si énergique ^qu'elle leur ôta l'envie de protester aussi fort contre l'occupation des Philippines :

Les Américains appliquent la doctrine de Monroe, lorsque les besoins de leur pays l'exigent. L'impérialisme américain ne diffère pas de l'impérialisme allemand ^.. Aux États-Unis, c'est la république ; en Russie c'est l'absolutisme; toutefois le caractère des deux peuples paraît identique : le centre du monde c'est eux; y a-t-il quelque bénéfice à récolter? Ils veulent l'accaparer. Une fois leurs desseins arrêtés, ces deux peuples vont droit devant eux, sans se gêner le moins du monde, écrasant au hasard les résistances. Les Américains nous semblent même en cela surpasser les Russes *.

Parce que les Américains ont volé les Philippines, ils peuvent croire que nous aussi nous voulons confisquer la Mandchourie. Les États-Unis disent que le tarif douanier du Japon a été inspiré par des sentiments xénophobes, c'est pourquoi il est si dur. Notre conduite ne diffère pas de la conduite des États-Unis qui frappent les produits japonais de taxes exorbitantes'...

1. YorodzuCMho, 27 septembre. L'Esprit de conquête des Américains.

Page 1