Taiyo, février
3. Déclarations du comte Hayashi, ministre des Affaires étrangères, à la Chambre des représentants, le 29 janvier 1907. Citées in extenso par VAsofU Shimbun du 1*' février.
pouvait casser la décision. A cette commission municipale, il dépécha un ambassadeur extraordinaire, le secrétaire Metcalf, chargé de lui faire observer que son attitude « compromettait les intérêts commerciaux des États-Unis, non seulement au Japon, mais en Chine et en Extrême-Orient », chargé aussi de rémouvoir en rappelant que « le Japon, par l'intermédiaire de la Croix-Rouge, avait envoyé plus de 100000 dollars pour venir en aide aux gens de San Francisco après le tremblement de terre et le feu ». Au lieu d'exiger de ses citoyens l'obéissance à la loi, le gouvernement les priait de bien vouloir la respecter, et il prêtait ses conseils à des étrangers pour réclamer des tribunaux américains qu'ils assurassent le respect de cette loi. Étrange world-power qui a « the ships, the men and the money too » et qui, cinq mois durant, négocie avec une de ses villes parce qu'elle met un pays de 80 millions d'habitants en danger de guerre ! étrange pouvoir mondial qui n'est pas maître chez soi I quel crédit peuvent inspirer ses traités et ses alliances dont les stipulations sont à la merci des décisions ou des gestes .d'un comité ou d'une foule irresponsables?
Un Japonais, dans une lettre adressée au Sun, le 31 octobre 1906, rappelait ironiquement deux cas où, avant la révolution du Meiji, le gouvernement central du Japon fut incapable d'obliger une province à satisfaire un étranger contre une violation de traité. Dans le premier cas (meurtre d'un Anglais qui avait coupé le cortège d'un daïmyo de Satsuma), le Shogun avait répondu aux observations de Londres]'qu'il était sans autorité pour exiger satisfaction : un vaisseau de guerre anglais força le daïmyo à payer une indem-
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niié. Même sanction, après qu'un navire de guerre américain eût été bombardé en passant le détroit de Simonoseki. Pareillement les Japonais surent obtenir des excuses du gouvernement chinois qui avait décliné toute responsabilité pour les outrages et les meurtres commis par quelques Chinois de Formose. Conclusion :
Ces trois incidents prouvent combien il est désastreux pour le gouvernement central d'un pays d'être incapable de contrôler un pouvoir local. Le gouvernement du Shogun fut renversé peu d'années après qu'il eut prouvé son impuissance à l'égard des gouvernements locaux des daï^ myos; la Chine eut à payer une indemnité et à faire des concessions humiliantes ^.
Le Japon était donc certain que sur la question des écoles il aurait gain de cause, sans qu'il fût besoin d'un appel aux soldats. D'ailleurs, l'opposition signalée si souvent par les Japonais entre les sentiments corrects ou sympathiques des autres régions des États-Unis aurait gêné les Japonais s'ils avaient voulu la guerre : en bonne logique ils auraient dû la déclarer au seul peuple de Californie, et même aux seuls habitants de San Francisco.
Le 13 mars 1907, le Board of Education de San Francisco annulait l'ordre de séparer les enfants japonais des enfants blancs. Le 15, les enfants japonais réintégrèrent leurs public-scbools respectives.. Les plaintes en justice furent retirées et certains articles du règlement de l'instruction publique réformés : les enfants âgés de plus de neuf ans ne pourront pas
1. Cité par Ignotus dans un article de TheNorih American Reoiew (décembre 1906) intitulé : Is the United States • world pownr?
entrer dans la classe élémentaire; les enfants âgés de plus de seize ans ne seront admis dans aucune classe de n'importe quelle école primaire ; les enfants qui veulent suivre un cours, quel qu'il soit, seront tenus de prouver par examen qu'ils connaissent suffisamment l'anglais. Des écoles spéciales seront créées pour les enfants d'origine étrangère qui n'auront pas cette connaissance.
Ce règlement n'a satisfait personne ni les Californiens, ni le gouvernement fédéral des États-Unis ni les Japonais. Les Californiens parurent l'emporter : ils cédèrent sur la question des écoles, mais volontai* rement, sans que la loi ou la force les ait contraints de reconnaître officiellement que les droits accordés par un traité international à un étranger doivent avoir le pas sur les libertés qui lui sont accordées ou les défenses qui lui sont faites par un État. D'ailleurs cette question des écoles ne fut jamais qu'un prétexte pour forcer le reste des États-Unis à s'occuper du péril japonais, et le président Roosevelt paya les concessions scolaires des Californiens de l'assurance que l'immigration japonaise serait arrêtée. Mais en 1906-1907, et dans les mois qui ont suivi l'arrangement de février 1907 le nombre des immigrants japonais aux États-Unis a plus que doublé sur 1905-1906. Et les Californiens de prétendre qu'ils ont consenti un marché de dupes : depuis le départ de la flotte pour le Pacifique, ils pressent leurs représentants au Congrès de présenter de nouveau un bill d'exclusion ^
1. A une réunion de la Japanese and Korean Exoluiion League, Cf. Minutes (mars 1907), le président de la ligue M. 0. A. TTeitmoe parla ainsi de llmmigration bill du 20 février : « 11 est peu satis-
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De rarrangement des écoles, le gouvernement fédéral des États-Unis n*a guère lieu non plus d'être satisfait : c'est par négociations qu'il a obtenu des Californiens qu'ils retirassent leur mesure antijaponaise ; il n'a pas imposé son droit absolu à être obéi quand il exige qu'un traité international ne soit pas violé par une loi d'un État. « Il sera dangereux dorénavant de traiter svec le gouvernement fédéral et sa réputation baissera par le monde'. » Au surplus la mesure qui devait suffire à entraver l'immigration japonaise a été impuissante, et le gouvernement fédéral en est réduit à remettre au Japon le soin d'arrêter cette immigration.
Enfin le gouvernement japonais obtient satisfaction
faisant et il est inefficace, mais j*ai été informé que c*est une mesure provisoire pour remédier à une situation critique, et qu*il doit être suivi d'un acte d'exclusion réelle et complète des Japonais : le président Roosevelt s'est engagé à soutenir une telle mesure. » Dès 1906, deux bills avaient été déposés à la Chambre des représentants par MM. Me Kinlay et Hayes, représentants de la Californie, réclamant l'extension aux Japonais et aux Coréens du Chinese exclusion acU En février 1907, on demanda aux antijaponais de suspendre leur campagne en faveur de l'exclusion sous prétexte « que des négociations étaient en train pour un nouveau traité entre les États-Unis et le Japon ; qu'un eiTort était fait pour que le Japon consentit à une clause dudit traité d'après laquelle il s'engagerait à empêcher ses sujets de la classe ouvrière d'émigrer aux États-Unis. La suspension de toute démarche des Californiens était essentielle pour le succès de ces négociations ».
Depuis un an qu'elles durent elles n'ont pas encore abouti. De nouveau, on en parle : « D'après les informations données par l'ambassadeur des États-Unis, M. O'Brien au State department, le
gouvernement japonais penserait à un traité d'entente avec les tats-Unis : il restreindrait lui-môme l'émigration, car il ne désire pas qu'un débat survienne au Parlement américain sur l'exclusion des Japonais... > Asahi Shimbun 9 décembre 1906. Le président Roosevelt a fait savoir qu'il mettrait son veto à toute loi d'exclusion votée par le Congrès.