‹ Américains et JaponaisChapitre 64 sur 99 · Osaka Asahi, 19 mars · texte numérisé non relu

Osaka Asahi, 19 mars

sur la blessante question des écoles et sur Tinterprétation de la clause delà nation la plus favorisée; Tantijaponisme des Californiens a été renié par les autorités fédérales ; la dignité du Japon sur ce point est sauve. Mais TafTaire des écoles arrangée, restait à régler le problème beaucoup plus important de Témigration.

En vertu de Tarticle 2 du traité conclu avec le Japon en 1894, les États-Unis ont pu prendre Tinitiative de limiter l'immigration japonaise : « Les stipulations de cet article et du précédent ne modifient en rien les lois, ordonnances et règlements qui concernent le commerce, r immigration des travailleurs, la police, la sécurité publique, aussi bien ceux qui sont présentement en vigueur que ceux qui pourront être institués dans Tun ou l'autre pays. » En droit international, une nation est libre d'exclure de chez elle des émigrants étrangers ou d'en restreindre la venue.

Il était impossible d'étendre aux Japonais l'acte d'exclusion des Chinois, et pourtant il fallait empêcher les coolies japonais de passer des Hawaï en Californie. Or, en janvier-février 1907, le Sénat et la Chambre des représentants à Washington élaboraient une loi générale sur l'immigration destinée à protéger la côte de l'Atlantique contre l'afflux des Européens de qualité médiocre, Slaves, Arméniens, Juifs, etc. : le Sénat avait voté l'exclusion des illettrés, mesure trop radicale que la Chambre refusait d'accepter ^

1. Cf. The North American Beview, 7 décembre 1906. Pending Immigration bills, by R. De G. Ward.

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On pensa que, par une simple modification du biU, l'exclusion des Japonais pourrait être assurée.

Pour que la solution fût prompte, le sénateur Lodge et ses partisans cédèrent sur Texclusion des illettrés. On se félicita que trois importantes questions eussent été résolues d'un seul coup : la question des écoles en Californie, la question de la main-d'œuvre japonaise, le différend qui empêchait Y Immigration bill de devenir une loi. Discuté par les démocrates du Sénat, sous prétexte qu'il accordait une trop grande autorité au président Roosevelt, le projet fut tout de même accepté au Sénat le 16 février et à la Chambre le 18, à une très forte majorité. Le Président, le 14 mars 1907, décréta qu'il serait appliqué :

Les personnes ayant un passeport délivré par leur gouvernement pour aller dans les îles soumises aux États* Unis (Hawaï et Philippines), la zone du canal de Panama ou dans d'autres pays tels que le Mexique, si elles désirent venir aux États-Unis pourront s'en voir refuser Tentrée quand leur venue sera jugée nuisible aux travailleurs blancs parle président des États-Unis... Les Japonais ne sont pas spécialement désignés par ce texte, mais comme le projet est déposé pour régler la question des écoles, il est clair que les Japonais sont visés, et aussi parce que dans les passeports que les pays étrangers accordent à leurs émigrants, il n'est pas stipulé que ces émigranta vont s'établir en un lieu désigné, tandis que les passeports japonais désignent expressément que les émigrants japonais se rendent aux Hawaï, colonie américaine i... Les

1. Otaka Â$ahit 18 mars 1907. Un Arrangement malheureux. Gt les remarques du sénateur Culberson au Sénat, 16 février 1907 : « Le sénateur du Massacbussetts (Mr. Lodge) a suggéré que la lé^slation proposée sur les passeports ne mentionnât pas les Japonais ; mais le aéaateiir ne niera pas qu'elle esC dirigée contre les Japonais. »

Atats^unis bt japon 3i0

Japonais qui atterriront aux États-Unis sans passeports spéciaux pour les États-Unis seront traités de même manière que ceux que leur passeport désigne comme s^e rendant aux Hawaï, au Canada, au Mexique. Les Japonais, ayant des passeports réguliers pour les États-Unis, pourront y pénétrer à condition qu*ils n'appartiennent pas à la classe des travailleurs. Les Japonais qui demeurent aux États-Unis devront, à partir du l*' juillet 1907, au reçu d'un ordre américain, produire leurs preuves qu'ils ont le droit de demeurer aux Etats-Unis ^.

Les Japonais, ne pouvaient protester contre la forme de cette mesure*, toutefois, dans le Taiyo^y le D' S. Nakamura, professeur de loi internationale au GakusiUf-in, école des pairs, demanda qu'en cas de revision du traité américain-japonais fût supprimé la clause de l'article 2 qui l'avait rendue possible. Quant au fonds, les Japonais, depuis un an que durent les négociations, ne Tout pas encore accepté. La mesure ne désigne pas les Japonais, mais, au su de tous,

1. Yomiuri Shimbun, 30 mars 1007. Les Lois d'exclusion des Japonais.

2. Le droit de régler chez soi rimmigration étrangère, les Japonais eux-mêmes l'appliquent, aux dépens d'Asiatiques, leurs frères. Un arrêté impérial de 1899 interdit à tout étranger, qu'il soit Européen, Amérioaia ou Chinois, de travailler au Japon comme ouvrier dans Tagriculture, les pêcheries, les mines, lès usines ou dans d'autres industries, en dehors des étroites concessions établies par les traités antérieurs, sauf en vertu d^]ne autorisation spéciale des autorités sur les lieux. Or cette autorisation n'est jamais accordée. L'article 5 de l'arrêté porte que tout Chinois ayant travaillé sans autorisation est passible d'expulsion. Ces temps derniers, certains entrepreneurs Japonais ont pris à leur service un nombre considérable d'ouvriers chinois qu'ils employaient dans des mines ou sur les chemins de fer de TËtat Japonais. Ces entrepreneurs, ayant omis de se munir de Tantorisatiott nécessaire, les ouvriers chinois ont été expuMa et obligét de rentrer chez eux.

a. Cité par ÀmericêH Bmam o/ Rwiews^ octobre 1907.

elle est dirigée contre eux : elle fut votée pour obtenir des Californiens le retrait de la mesure des écoles. Or le gouvernement et l'opinion publique au Japon ne veulent pas une convention qui restreint les mouvements des travailleurs japonais parce que Japonais; les règlements américains de l'immigration doivent n'établir aucune mesure, qui ne soit pas appliquée aux immigrants d'Europe, comme elle l'est aux Japonais.

Quelles sont au juste les idées, les ambitions du Japon touchant l'émigration de son peuple?

Il ne peut pas ne pas reconnaître le bien fondé des réclamations américaines contre la concurrence du cheap Jap; il a intérêt à détourner de l'Amérique ceux de ses nationaux qu'il est préférable de ne pas y voir. Être représenté à l'étranger par des miséreux ou des mauvais sujets est contraire au bon renom du Japon, or beaucoup de ceux qui viennent en Amérique ne sont pas les meilleurs représentants de leur race. Le mouvement d'émigration est trop récent pour que les premiers partis n'aient pas été les plus pauvres ou les moins recommandables. La plupart des travailleurs sont des manœuvres venus des villes de la mer intérieure, Okayama et Osaka. Avant d'arriver en Californie, ils ont goûté aux Hawaï d'un régime de mi-esclavage, qui ne les a pas améliorés; en Californie ils s'encanaillent davantage. Les journaux japonais le reconnaissent, mais naturellement en rejettent la responsabilité sur le milieu américain :

Pour la vie matérielle, habitation, alimentation, habil-

lement, la Californie remporte sur les pays d'Europe ; pour sa civilisation intellectuelle, cet État est en retard sur le Japon. La Californie ressemble à l'Hokkaïdo : c'est une terre neuve, encore inexploitée. Les capitalistes californiens sont non pas des gentlemen, mais des spéculateurs ; les ouvriers californiens sont des vagabonds, venus on ne sait comment d'Irlande, d'Italie, d'Allemagne. Les Californiens sont grossiers ; leur caractère est vil ; ils n'ont devant les yeux que le veau d'or. Des Japonais entrent-ils à leur service? A leur tour, ils deviennent des gens sans aveu. Loin de se civiliser, ils se perdent aux États-Unis ^

Les Japonais qui ont encouragé l'émigration aux États- Unis sont des criminels. Chaque mois, en faisant valoir les avantages de l'Amérique, ils trompent des jeunes gens, qui, au Japon, auraient réussi. Pour avoir écouté ces conseilleurs, en Amérique, ils deviennent esclaves de caractère ; leur cœur devient léger, ils pensent aux femmes, à l'alcool, au jeu; enfin ils deviennent des vagabonds... Sans autre idée que d'acquérir de l'or, ils sont gardiens d'enfants, cuisiniers, chez des Américains. Pour 50 ou 60 dollars, ils se font appeler John, Mary, sont traités en esclaves et jusque dans leur parler deviennent esclaves... Ils vont en une semaine dépenser dans la ville chinoise l'argent amassé trois mois durant. Aux Etats-Unis, il n'y a pas de règle pour les Japonais. Si des hommes de trente à quarante ans qui portent moustache se conduisent mai parce qu'ils trouvent un endroit où tout est permis, à plus forte raison les jeunes. Ces jeunes gens, qui, malgré père, mère, fi*ères, voisins et amis, ont peine à se bien conduire au Japon, sitôt qu'ils arrivent aux États-Unis où aucune règle n'existe, où ils n'ont plus ni père, ni mère, ni maîtres, ni voisins, mais seulement des amis vagabonds, on comprend qu'ils ne réussissent pas... -Pour le développement des sciences, de l'instruction, des universités, la Californie est inférieure au Japon... Lorsque les étudiants japonais ont

1. S/unfcoron, n"* 0. La . Civilisation en Golifornie est moins avancée qu'au Japon.

achevé leurs études dans les universités californiennes et qu'ils rentrent au Japon, à peine peuvent-ils prétendre à la place d'interprète dans un hôtel pour étrangers *... Sur la terre du Nouveau Japon, il n*y a pas de gens plus gênants que les demi-étudiants. La plupart sont venus aux États- Unis par caprice. S*ils veulent faire leurs études, ils n*ont pas assez d'argent. S'ils désirent travailler, leur corps se refuse aux besognes pénibles. Ils n'ont ni l'endurance ni l'énergie nécessaires pour entreprendre des travaux diffi* ciles ; ils tombent dans un désespoir sans issue ; les jeunes gens d'avenir deviennent d'incorrigibles joueurs. La réputation des Japonais est ainsi avilie par des gens ayant de Tinstruction *.

Les semi-étudiants, même au Japon, forment la partie la moins intéressante dé la population. À peine adolescents, les voilà orgueilleux, turbulents, infaillibles, qui tranchent sur tout. Ouvertement ils méprisent les Européens et la civilisation occidentale, qu'ils travaillent pourtant à acquérir; ils se mettent en grève et se révoltent contre leurs maîtres, posent des conditions aux officiels qui les dirigent, sont difficiles à manier et à contenir. Comment au loin, livrés à eux-mêmes, pourraient-ils faire grand honneur au Japon?

Plus généralement, c'est un fait, depuis longtemps constaté, que le Japonais du commun ne s'améliore pas quand il vit hors de son pays. Sitôt qu'à l'étranger il est affranchi de la stricte discipline de la famille et de l'État japonais, sitôt qu'il ne vit plus dans ses tles et que les paysages évocateurs de tout le passé de sa race ne lui parlent plus, ne l'encadrent plus, il s'éman-

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