Times, 8 octobre
3. Cf. en particulier Tinterview de Mr. L. E. Wright, ex-ambassadeur des États-Unis au Japon, TimeSi 8 octobre 1907. La presse de New-YoriL a souvent discuté Tattitude possible de TAngleterre en cas de guerre entre les États-Unis et le Japon. Vers la mi-janvier 1908, le NeuhYork Sun déclarait qu^une alliance offensive et défensive entre TAngleterre et les Ëtats-Unis serait accueillie par les Américains avec allégresse.
Tokyo comme à Londres, sur un moi d'ordre officiel, on atténuait Tincideni : il était, disait-on, bien moins grave que les incidents de San Francisco. Japonais et Anglais, de leur côté, remarquèrent que ces troubles de Vancouver organisés à l'instigation d'agitateurs américains réjouissaient vraiment trop les Yankees.
Sèchement et avec une certaine impatience le Times signifia aux Américains que sans doute la question japonaise présentait pour les Anglais et les Américains certaines analogies de détail, mais que si on Tétudiait en « ses plus larges aspects il était faux de parler de TAngleterre et TÂmérique « being in the same boat » :
Les Japonais sont les alliés de TAngleterre : les deux peuples se sont liés par traité solennel pour des raisons de grande et durable importance. Cette seule considération devrait convaincre tous les hommes de sens commun que dans cette question de Timmigration japonaise nous ne pouvons avoir la même attitude que les Etats-Unis... Si quelque chose peut empêcher ou retarder la solution de cette affaire, c'est la dangereuse affirmation, impliquée dans maints articles et propos sur ce sujet en Amérique, que le Japon accepterait comme une chose qui va de soi, d'arrêter Témigration vers TAmérique, si l'Amérique et l'Angleterre le lui demandaient.
A la veille du départ de la flotte pour le Pacifiquei cette critique anglaise et aussi ce parti pris anglais de leur fausser compagnie a désappointé et froissé beaucoup d'Américains. Il ote faut pas attacher trop d'importance à la sortie violente que fit M. Hearat, le démagogue millionnaire, contre l'opinion anglaise : au correspondant du Times en Amérique qui avait
écrit que M. Hearst et son New-York American étaient responsables de la guerre hispano-américaine et qu'ils poussaient les États-Unis à une guerre avec le Japon, M. Hearst répondit que TEsfiagne fut seule responsable de la guerre de 1 898 et que si une nouvelle guerre était imposée à une nation aussi pacifique que la nation américaine, le Japon en serait responsable, appuyé peut-être et secrètement encouragé par l'Angleterre.
a Les Américains, ajoutait-il, ont toujours très bien compris quelle est la véritable attitude de r Angleterre envers les États-Unis, malgré toutes les protestations d'amitié... Cette amitié de la Grande- Bretagne pour notre pays est une « amitié de banquet » ; elle commence avec le sherry et finit avec le Champagne... Je n'ai jamais vu la main des Anglais tendue vers notre pays autrement que pour nous jeter des pierres. » Et il dénonçait les secrètes influences et les actes perfides de 1' « ennemi historique ». Manœuvre électorale à la veille des élections municipales de New-York en novembre 1907, destinée sans doute à capter le vote irlandais, cette diatribe fut toutefois le symptôme d'un certain revirement dans les esprits américains à l'égard de l'Angleterre : M. Hearst ne l'aurait certainement pas risquée s'il n'avait cru qu'une partie de l'opinion y était favo-rable. Il a joué de l'anglophobie populaire qui était de tradition aux États-Unis, il y a dix ans encore, de la haine de l'Anglais, l'ancien maître, l'envahisseur de la guerre de 1812, le partisan du Sud pendant la guerre i^ivile. Mais depuis une décade, l'Allemagne étant devenue impopulaire, l'Angleterre, à force de soins, d'attentions, avait conquis l'amitié officielle
▲MilUGàXMS IT MPOMA». S6
40S ABIÉRIGAINB IT JAPONAIS
des États-Unis : M, Chamberlain célébrait les affinités des races anglosaxonnes et réservait à Timpé*rialisme américain une place d'honneur dans le gouvernement du monde, sur le môme rang que Timpé^ rialisme anglais. La diplomatie de lord Salisbury s'était montrée extrêmement conciliante dans l'affaire du Venezuela que Tintransigeance patriotique du pré^ aident Cleveland et de son secrétaire d'État Olney faillit faire dégénérer en conflit armé.
La guerre d'Espagne révéla aux Américains que sauf rAngleterre, ils n'avaient pas en Europe de vrais amis; depuis, il fut souvent question de « handa across the sea » et de « blood thicker than water ». Manifestations plus sérieuses : l'Angleterre a gêné* reusement abandonné ses droits sur Panama, et dans toutes les négociations concernant des ques* tions de frontières en Alaska, des droits de pêche en Newfoundland, elle a été violemment accusée par les Canadiens de partialité en faveur des États-Unis» La Cour et la haute société de Londres se sont tou^ jours mises en frais pour fêter l'ambassadeur des États* Unis, les milliardaires américains, leurs femmes et leurs filles devenues duchesses par leur mariage aveo des nobles anglais. Sir Mortimer Durand, ambassadeur de la Grande-Bretagne à Washington, fut subitement rappelé à la fin de 1906 parce qu'on trouvait qu'il ne réussissait pas assez brillamment à Washington, qu'il n'y était pas aussi popular que son collègue l'ambassadeur allemand. Lors de l'incident de la Jamaïque entre le gouverneur sir A. Swettenham et l'amiral américain, le gouvernement anglais pour calmer tout de suite l'amour-propre des Yankees donna tort à son agent, sans attendre ses explications.
LES iTAT8-UNIS, LE JAPON ET LES PUISSANCES 403
Gomme les Américains depuis quelques années avaient toujours trouvé les Anglais dociles à les servir et à leur plaire, et qu'ils s'étaient habitués aux hommages et flatteries, ils ressentirent vivement la précaution anglaise de ne pas liguer tous les intérêts anglo-saxons contre le Japon ^
1. Les Américains de sens rassis ne méconnaissent pas les réels services que PAngleterre leur a rendus. Mais entre Anglais et Américains, une différence de tempéraments empoche une entière sympathie. Les Américains, nerveux, imaginatifis, expansifis, sont très sensibles aux manières spontanées et en dehors. Us reprochent aux Anglais de ne pas savoir se faire aimer des étrangers, d'être sophisticated, d'être incapables de trouvailles de gestes et de mots qui sur-le-champ charment et conquièrent.
La signature de l'accord franco-japonais*, le 20 juin 1907, au moment même où les difficultés pendantes entre les États-Unis et le Japon décidaient le président Roosevelt à envoyer la flotte dans le Pacifique, contribua aussi à énerver Topinion américaine. Ce traité fut sûrement inopportun.
Ce n'est pas que Ton doive méconnaître l'utilité de bons rapports entre le Japon et la France : ces bons rapports étaient de tradition, avant que notre alliance avec la Russie, trop complaisamment étendue à l'Extrême-Orient, vînt fausser cette tradition pendant la guerre russo-japonaise. Le comte Hayashi, ministre des Affaires étrangères, dans son discours du !•' juillet 1907 prononcé à l'occasion de la conclusion de l'accord, avait raison de rappeler « que de l'établissement de relations entre le Japon et la France, notamment vers la deuxième moitié du xix* siècle alors que la France envoyait au Japon tant d'instructeurs de grand mérite, les deux pays tiraient un bénéfice mutuel tant au point de vue économique qu'au point de vue intellectuel ». Félicitons-nous que de
bons rapports puissent se renouer entre les deux peuples. Mais Taccord conclu était-il bien utile? Depuis sa victoire sur la Russie, le Japon, occupé en Corée, en Mandchourie et en Chine, ne convoite pas rindo-Chine : battu il eût été plus dangereux pour notre colonie, car repoussé définitivement de l'Asie du Nord il eût cherché une revanche dans le Sud; or rindo-Chine était à prendre. Au reste c'est notre entente cordiale avec l'Angleterre, alliée du Japon, qui continuera, après comme avant notre accord avec le Japon, de protéger réellement l'Indo-Chine *.
1. « On peut assigner comme causes à cet accord, d'une part les sympathies projaponaises du cabinet Clemenceau et d'autre part la politique pacifiste du cabinet Saionji. Mais la cause principale en est le rapprochement de la France et de l'Angleterre. » Ji}i Shimpo,
L'accord garantit aux Japonais en Indo-Chine des avantages dont ils sont hommes à tirer parti. « Afin d'élargir les relations des deux pays, les gouvernements ont publié une déclaration qui assure le traitement de la nation la plus favorisée aux sujets et fonctionnaires du Japon en Indo-Chine et aux sujets et protégés de rindo-Gbine dans l'Empire du Japon. Jusqu'à présent, comme les Asiatique» ne jouissaient pas des mêmes privilèges que les Européens en Indo-Chine, les Japonais qui résident dans cette colonie ont eu à payer la capitation, l'impôt sur les animaux domestiques et à subir par ailleurs divers désagréments. 11 y a quelques années, lorsque des Japonais furent envoyés par le ministère des Finances pour étudier le fonctionnement des douanes en Indo-Chine, on s'opposa à leur débarquement, et ils durent passer plusieurs jours en quarantaine. Pécheurs de nacre dans le golfe du Tonkin, nos compatriotes, assimilés aux Chinois, ont eu jusqu'à présent à subir des tracasseries de la part des autorités; et Ton n'avait pas fait droit aux réclamations de notre gouvernement. La déclaration met heureusement fin à cet état de choses. » Jiji Shimpo, Et le Yomiuri Shimbun déclare : « Le Tonkin, grâce au développement du programme inauguré par MM. de Lanessan et Doumer, va devenir une mine de richesses digne d'être comparée à l'Inde, et un marché ouvert à la nation amie. » C'est également l'opinion du Manchyo, quoiqu'il l'exprime avec mauvaise humeur : « Y a-t-il vraiment lieu de crier tant de
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Voioi donc le bilan, de nos gains : rindo-Chinè n'était pas menacée; les Japonais s'engagent à la respecter. Nous n'avions pas intention de démembrer la Chine; nous nous joignons au Japon pour y proclamer le statu quo et, par une clause obscure et peut-être dangereuse, nous nous engageons à nous appuyer mutuellement pour assurer la paix et la sécurité dans les régions de l'empire chinois, voisines des territoires où nous avons des droits de souverai* neté, de protection ou d'occupation *. Appui diploma-
vivats à M. Hayashi? Le Japon ne nourrissait point de convoitises à regard du Tonkin. Dès lors* il n'était pas si pressant de garantir cette colonie contre une agression imaginaire... Le Japon a besoin d'une expansion économique dans les régions du Sud; or on remet & plus tard la signature d'une convention de commerce, sous prétexte qu'il faut l'assentiment des Chambres françaises. Notre demande n'a pourtant rien que de juste, et ne cache aucun dessein secret... »/Gité par la Revue Indo- Chinoise, 15 octobre 1907. Dans le Bulletin économique de VTndo^ Chine, août 1907, on lit : « Depuis deux mois, des ingénieurs, des armateurs^ des industriels et des commerçants japonais sont venus étudier les productions diverses de la colonie; avant peu, une ligne de navigation japonaise touchera à Haïphong et à Saigon et des usines construites avec des capitaux japonais 8'élèveront au Tonkin. » Si cette activité japonaise en Indo- Chine détermine un renouveau d'entreprise française, elle profitera à notre colonie, mais il serait dangereux de laisser prendre aux Japonais, — associés, dit-on, à des capitalistes allemands, — dans les affaires minières un monopole analogue à celui qu'ont les Chinois pour l'exportation du riz. Au surplus ces entrepreneurs japonais ont l'intention d'importer une main-d'œuvre Japonaise. Il faudra surveiller de près cette immigration.
i. Voici l'interprétation du traité par le JijiShimpo : «En vertu de l'entente, si des troubles éclataient en Mandchourie, voisine de la Corée et du Kouang-toung,*Du au Yunnan, voisin de l'Indo- Chine, ou dans la province de Canton, contiguê à la baie de Kouang-tchéou, aussi bien que dans le Fokien, situé vis-à-vis de Formose, les deux parties contractantes s'engagent à s'appuyer mutuellement pour assurer la paix et la sécurité dans ces régions. » Un tel engagement peut avoir des suites graves alors
tique? appui militaire? On ne sait. Trompe-rœil colonial à coup sûr, Taccord ne nous rapporte rien que nous n'eussions déjà, et en échange, ouvre rindo-Chine aux commerçants japonais et notre marché financier au crédit japonais ^
que le Japon paratt décidé à ne plus ménager la Chine déjà remuée par des mouvements antiétrangers et anti mandchous. Notre intérêt eût plutôt été de garder notre liberté d'action. La Chine, inquiétée par le Japon, cherchera des appuis auprès des puissances européennes et des États-Unis.
1. Les résultats financiers de cet accord avec la France sont ainsi appréciés par la presse Japonaise : « La France est le pays des capitaux, et le Japon en manque. L'intérêt de Targent à la Banque de France après être monté à 3 1 12 p. 100 est en train de redescendre à 3 p. 100. De plus Timpét sur le revenu décide beaucoup de rentiers à placer leurs capitaux & Tétranger... L'occasion est propice pour faire appel aux capitaux français. On ne s'en tiendra pas, nous l'espérons, & une alliance commerciale; nos industriels et nos commerçants ne sont pas hommes à cela. » {Bocki.) Le Jiji Shîn^o signale que la France & elle seule a souscrit plus de la moitié des emprunts japonais & 4 et & 4 1 /2 p. 100 émis à l'étranger en octobre 1906 et au printemps 1907. « Et encore, beaucoup de Français ont été retenus par la crainte chimérique d'une invasion possible des Japonais en Indo- Chine. Maintenant que ces défiances sont dissipées, si nos gouvernants savent s*y prendre, il ne sera pas difficile d'attirer au Japon les capitaux français. • Le Yomiuri Shimbun détrompe ses compatriotes qui croient que les Anglais sont le peuple le plus riche en capitaux disponibles. « Non, leur dit-il, ce sont les Français. D'après une enquête récente, les capitaux placés par la France à l'étranger s'élèvent à trente milliards...» Le Yomiuri, avant la publication du traité, invitait les chambres de commerce, de concert avec « nos amis français » du Japon» à prendre l'initiative d'une « alliance d'intérêt ». Pour favoriser les relations financières, il demandait que la Bourse de Tôkyô instituât un Comité chargé d'étudier le moyen d'introduire les valeurs japonaises sur le marché de Paris. « U ne s'agit pas de se croiser les bras, concluait-il, il faut profiter de l'aubaine. • Depuis deux ans, deux emprunts, l'un de 12 millions délivres sterling 4 p. 100, l'autre de U millions 1/2 de livres sterling 5 p. 100 ont été souscrits par le marché français. Le premier a été affecté au remboursement de 200 millions de yen de bons du Trésor p. 100 émis au Japon. Le second, celui de
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Assez peu avantageux pour nous, ce traité fut inopportun. Il nous a valu de justes réclamations de la Chine dont il a excité gratuitement les susceptibilités antiétrangères. Surtout ne risquait-il pas de nous aliéner un peu de Tamitié des Américains qui, elle aussi, est de tradition chez nous, et qui nous a toujours servi intellectuellement à répandre outremer notre langue et nos idées, économiquement à fournir de luxe leurs classes riches, et politiquement à Algésiras quand le président Roosevelt personnellement auprès de Tempereur d'Allemagne, et son ambassadeur, Mr. White, auprès de la conférence, surent plaider notre cause? Était-il bien opportun de choisir le moment où les États-Unis s'inquiétaient de leur différend avec le Japon, pour nous lier officiellement avec lui par un accord formel? Notre appui financier, notre promesse de respecter l'intégrité chinoise, et de coopérer avec le Japon pour assurer la paix dans les régions chinoises voisines du Tonkin en cas de troubles, notre promesse d'aider à maintenir la situation et les droits territoriaux du Japon sur le continent asiatique : tout cela n'était-il pas de grande valeur pour le Japon, au
février 1907, a servi à rembourser un emprunt de 6 p. 100 émis en Angleterre, et garanti par les recettes des chemins de fer japonais : le Japon nous a emprunté de l'argent sans garantie spéciale, et à 5 p. 100. En échange, le Japon n'a placé en France aucune des commandes de matériaux pour l'armée, la marine, les chemins de fer, qu'il est obligé de faire à Tétranger. En 1006- 1907 ces commandes se sont élevées & 60 millions de francs en Angleterre, à 118 millions en Allemagne, et 120 millions aux États-Unis. Le Temps (16 janvier 1908), bien que très partisan de l'accord franco-japonais, est obligé de constater qu'il ne nous est guère avantageux. Les Japonais, s'ils estiment la France comme prêteuse d'argent, n'ont qu'une médiocre estime pour son industrie.
cas OÙ il aurait songé à un conflit avec les États-Unis? En Taidant à se libérer du souci chinois *, ne contribuions-nous pas à lui assurer ses derrières? Après cet accord, la situation en Extrême-Orient n'était plus la même^pour les États-Unis. Admettons la possibilité d'une guerre et d'une victoire de TAmérique; l'accord franco-japonais ne limite-t-il pas les chances que les États-Unis auraient de profiter de cette victoire? Qu'ils disent alors : Installés aux Philippines, nous ne voulons plus des Japonais comme voisins; que les Chinois reprennent Formose; la France ne serait-elle pas obligée, au moins diplomatiquement, de s'entremettre pour que les droits territoriaux du Japon en Extrême-Orient fussent respectés? On dira : Les Anglais sont encore plus gênés que nous pour concilier leurs obligations envers le Japon et leur amitié américaine. C'est possible, mais ils avaient resserré leurs obligations envers le Japon avant que le différend japonais-américain fût prévisible. Nous, nous nous sommes liés au Japon en pleine crise et sans qu'aucune raison importante nous forçât alors à partager dans Topinion américaine la défiance que son alliance japonaise a valu à TAngleterre. A peine ce traité conclu, nous sentîmes^si bien qu'il ne nous vaudrait pas de nouvelles sympathies yankees, que nous offrîmes nos bons offices aux États-Unis pour
1. Le Chao dit que Tentente franco-japonaise a pour père le traité anglo-japonais, et pour mère Tentente anglo-française, et voit déjà réalisée la quadruple alliance anglo-franco-russo-japonaise. « Désormais, ajoute-t-il, la Chine ne pourra plus profiter de la division des puissances pour excercer la politique d'entraves : car elle se trouvera non plus en face d'un pays isolé et tenu en échec par les rivalités des autres, mais devant quatre nations unies et puissantes. »
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leur assurer un accord avec le Japon. En quoi pouvions-nous aider les Étais-Unis à régler chez eux rimmigraiion japonaise? Le gouvernement de Washington répondit qu'il appréciait l'intérêt que la France lui témoignait, mais qu'il ne voyait rien dans les relations passées ou présentes des États-Unis et du Japon qui les empêchât de s'entendre directement ^
1 » Certains journaux américains» le N^w- York Herald par exemple, se sont plaints, en novembre 1907, du peu d^empressement que la Banque de France aurait mis à aider les banques américaines qui sollicitaient d*6lle des envois d'or pour atténuer la crise monétaire des États-Unis. En janvier 1908, les feuilles de New-York tirèrent prétexte des exagérations de certains journaux français à propos du conflit américain-japonais pour accuser Topinion française de pousser à la guerre et d'y encourager le Japon. Cette mauvaise humeur n*a pas cependant empêché, en février 1908, la conclusion d'un accord commercial entre Les deux pays et la signature d'un traité d'arbitrage.
La sympathie des Américains pour la France est certaine, mais il serait peut-être naxf de notre part de croire que pour conserver cette sympathie il nous suffit & tout propos d'évoquer Téternelle reconnaissance qui est due à Rochambeau et à La Fayette* Des titres aussi souvent rappelés à la reconnaissance perdent leur valeur à la longue. Entre les Américains et nous, il y a de grandes affinités de caractère : notre vie, nos idées leur plaisent. L'amitié américaine peut grandement servir la politique française; l'Américain comme fournisseur et comme client est indispensable à notre prospérité. Réciproquement, les Américains ont besoin de nous, de notre culture, de nos capitaux. Un peu moins d'histoire et plus d'esprit positif, voil& ce qui convient à l'entretien de cette traditionnelle amitié.
Le bénéfice de Tembarras de rAngleieire et du faux mouvement de la France n'a pas été perdu par rÂllemagne. Comme T Angleterre depuis dix années, TAllemagne aussi s'est montrée empressée à plaire aux Yankees : visite du prince Henri aux États-Unis en 1902, télégrammes impériaux au président Roose^ velt, cadeau d'un grand Frédéric en bronze, don à rUniversité Harvard d'un Musée d'art germanique, aménités du Kaiser pour les milliardaires yankees de passage à Kiel ou à Berlin... Des Allemands, aussi bien que des Anglais, les Américains acceptaient hommages, flatteries et adulations, sans se croire tenus à beaucoup de reconnaissance. Parfois même, à l'adresse des Allemands trop obséquieux, les rebuffades ne manquaient pas : on mit plusieurs années à trouver l'emplacement du grand Frédéric en bronze. L'attitude de l'amiral allemand Diedrichs en face de l'amiral Dewey aux Philippines, l'activité du Deutschium dans le sud du Brésil avaient désigné TAllemagne comme l'ennemi éventuel : c'est à une guerre contre l'Allemagne que depuis dix années
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officiers et équipages de la flotte américaine s'entraînaient; Faugmentation de cette flotte était réglée sur les progrès de la marine allemande ; le président Roosevelt déclarait que les États-Unis ne toléreraient jamais que l'Allemagne s'emparât d'un territoire dans la province de Rio-Grande do Sul ou dans toute autre partie de l'hémisphère Ouest, — Antilles danoises, ports vénézuéliens ou colombiens. A certain dîner donné il y a quelques années à la Maison Blanche en l'honneur de l'amiral anglais Charles Beresford, l'amiral Dewey et le président Roosevelt parlèrent ouvertement d'une guerre fatale entre les États-Unis et l'Allemagne:
Et pourtant un rapprochement ameiicaîn^allemand qui, il y a deux ans, paraissait impossible, est à moitié chose faite. L'ennemi national des Américains, puisque aussi bien depuis la victoire sur l'Espagne il faut à ce peuple un ennemi national, c'est non plus l'Allemand mais le Japonais. De toutes les puissances asiatiques, l'Allemagne est la seule avec les États- Unis à n'avoir pas signé de traité ou d'accords avec le Japon : les deux délaissés se rapprochent. Puisque l'Angleterre est fidèle à ses obligations japonaises et que la France s'en crée d,e nouvelles, les États-Unis se tournent vers l'Allemagne : ils n'avaient pas assez aliéné leur liberté, pour qu'il leur en coûtât de prendre un nouvel ami, mieux disposé à les servir que les anciens. Depuis dix années les Allemands n'ont pas témoigné de nouveau le désir de prendre les Philippines; l'échec du mouvement pangermanique dans les colonies allemandes du Brésil qui, comme les groupements allemands de l'Amérique du Nord, se laissent gagner pai* l'attrait d'une terre neuve et
d'une ^e plus large, a rassuré Topinion américaine sur les chances qu'avaient les Allemands d'installer une colonie indépendante dans l'Amérique du Sud. Détachés de leur patrie, de leur gouvernement et de leurs ligues pangermaniques, ces Allemands exilés dans les Amériques sont de bons éléments de population. Sobres, patients, travailleurs, disciplinés, très vite assimilés et s*attachant au sol qu'ils cultivent, ce sont des exemples dignes d'être proposés à la mollesse, à la paresse, à l'instabilité des Latins de l'Amérique du Sud. Aux États-Unis, ces Deutsch-Amerikaner sont d'excellent§ citoyens ; par millions, ils ont contribué à former la nation américaine, à build up the Middle-West; ils ont vaillamment lutté dans les rangs du Nord anti-esclavagiste et républicain lors de la guerre de Sécession : les Yankees de descendance anglo-saxonne, tout en se gaussant de ces Allemands immigrés, n'en méconnaissent pas les qualités.
Des Allemands d'Allemagne, on n'aime ni l'ambition accapareuse ^, ni la mauvaise foi, ni l'amitié qui
1. Un article du Journal of Commerce, paru en février 1906, donne le ton moyen de la germanophobie d'alors. Il dénonce « le rôle perturbateur de TAlIemagne parmi les nations, en raison des ambitions mondiales qu'eUe nourrit et dont elle cherche la réalisation par des méthodes dont on n*est point certain qu'elles ne mèneront pas à de graves difflcultés internationales ou môme à la violence ». Se demandant si l'Allemagne ne cherchait pas une grande guerre européenne ou un conflit avec les Etats-Unis, le journal ajoute : « Il est temps que les gouvernements et les peuples sachent d'une façon un peu définie ce que le turbulent et aventureux empereur d'Allemagne leur prépare. » Le ton violent de ces diatribes indique que le problème allemand a toujours éveillé la curiosité des Américains. L'effort de l'Allemagne pour conquérir la place qui lui revient dans le monde, sa volonté d'expansion qu'exaspère la résistance de ses rivaux déjà pourvus, le rang que les
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B^impose lourdement, mais on les respecte : ce sont les Yankees de FEurope, aussi audacieux en affaires que ceux d'outre-mer, n'hésitant pas à lancer de grandes entreprises avec un crédit insuffisant, gros produc** teurs industriels, et commerçants incomparables : avec TAllemand en certaines affaires telles que Télec» tricité, le fil de fer, TÂméricain est obligé de compter et cherche à s'entendre pour partager les marchés du monde; ce sont les compagnies allemandes de navigation qui ont mis en échec le Trust américain de rOoéan; dans FAmérique du Sud c'est le commerce allemand qui fait la concurrence la plus ftpre au commerce des États-Unis. La victoire aile* mande, la force allemande, le romantisme du Kaiser, la culture allemande S la méthode allemande que la
statistiques lui donnent parmi les nations du monde les iniiniôtent. L'énergie comprimée de ce peuple de 60 millions de Blancs, que dirige un Empereur friand de coups de théâtre, leur fait craindre des explosions.
i. Le professeur américain Burgess h Touverture de son cours à rUniversité de Berlin,, en octobre 1006, lut en présence de TEmpe^ reur une lettre du président Roosevelt qui avait pris Tinitiative d*un échange de professeurs entre les États-Unis et TAUemagne. Il rappela Tamitié traditionnelle entre les États-Unis et la Prusse, amitié remontant à Washington et à Frédéric le Grand, le traité de commerce que la Prusse, seule de tous les États européens, conclut avec les États-Unis pendant le temps des rudes épreuves de 1783 à 1787; il dit aussi ce que rAmérique doit à Témign* tion allemande et à la culture allemande que tant de jeunes Am^ ricains viennent chercher dans les universités de l'Empire : « C'est ce sentiment d*admiration pour la science allemande qui a donné naissance à cet échange de professeurs entre les deux pays. > Et à propos d'une visite à l'Université Harward, le préii* dent Roosevelt adressait au Kaiser ce télégramme : « Je viens da visiter le musée germanique dont la fondation doit être dans nna très large mesure attribuée k Tintérét que vous lui avei manifesté. Je saisis cette occasion pour vous remercier et remereier, par votre intermédiaire, le peuple allemand pour les nombreux aetet df
plupart des professeurs américains d'histoire, d'éco-* nomie politique et de philosophie ont été chercher en Allemagne, imposent aussi le respect. Et puis FAllemand admire tant le Yankee I Cela flatte les États-Unis, Depuis le Kaiser jusqu'au moindre clerk en passant par M. Ballin ou M. Demburg, qu'il soit dans l'industrie ou dans la haute finance, l'Allemand a les yeux fixés sur New-York. Combinaisons gigantesques, trusts ou cartells, faces rasées, coupes des vêtements, importance donnée au confort, luxe un peu gros et tapageur, respect de l'argent, appétit de jouissance, volonté de puissance, goût du colossal — tout en Amérique plaît à l'Allemand qui imite et reproduit au petit pied dans ses villes et dans sa vie les merveilles « des land der unbegrenzten môglichkeiten ».
Le rapprochement avec les États-Unis que ces Allemands mendient depuis des années, comment ne Taccepteraient-ils pas présentement avec enthousiasme, alors qu'il s'agit de prendre parti contre des Jaunes, contre les Japonais si dangereux pour Kiaotchéou; — territoire à bail qu'un accord ne peut garantir à l'Allemagne, — alors qu'il s'agit de profiter de l'embarras de l'Angleterre et d'une erreur de la France. Un rapprochement avec les États-Unis, n'est-ce pas la meilleure réponse à tous ces accords conclus sans l'Allemagne entre les puissances asiatiques, Japon, Angleterre, France, Russie, bref à la politique de Tentente cordiale qui a su profiter du
courtoisie et d^amabilité qui ont, pendant ces dernières années,
rapproché gradueUement les peuples d'Amérique et d'Allemagne. »
Depuis un an ou deux, on remarquait quelque atténuation dans la
germanophobie du président Roosevelt et de la majorité de Topinion.
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désir témoigné par la Russie ^ de renoncer à beaucoup de ses rêves asiatiques, — rêves sur le Pacifique, rêves coréens, rêves chinois, rêves afghans, thibétains et persans, — et de replier sa grande politique sur l'Europe? Politique toute contraire à celle que rAllemagne conseilla naguère aux Russes : des aventures en Extrême-Orient dont TAUemagne profitait pour prendre Kiao-tchéou ; une abstention en Europe qui débarrassait du péril russe la frontière orientale de TÂllemagne et Texpansion allemande à Constantinople et en Asie mineure.
Comment TAllemagne ne saisirait-elle pas Toccasion d'un rapprochement politique pour améliorer ses relations commerciales avec les États-Unis, son fournisseur de coton, de cuivre et de pétrole? La convention douanière qui existait entre les deux pays depuis 1900 a été dénoncée par l'Allemagne en novembre 1905, car elle ne pouvait subsister en présence du nouveau tarif douanier de l'Empire qui
1. Les Russes, si impopulaires aux États-Unis pendant la guerre contre le Japon, sont dans les meilleures termes avec les Américains depuis le traité de Portsmoutb. De Vladivostock & Saint-Pétersbourg, M. Taft, quand il revint des Pbilippines et du Japon par la Sibérie et la Russie, fut très féié; il fut reçu par le Tsar. La Russie n'est pas assez remise de sa défaite et de ses troubles intérieurs pour profiter du différend entre Américains et Japonais : elle a cédé au Japon sur les règlements de frontières, sur les droits de pêcbe le long des côtes de la Sibérie^ et résiste mollement & la poussée japonaise vers Kbarbine, & Vladivostock; elle parait avoir accepté le traité de Portsmoutb et au moins temporairement s'accommoder du quadruple rapprochement si souhaité par Tôkyô entre les Anglais^ les Russes, les Français et les Japonais. Cependant, le gouvernement russe a de grands projets stratégiques en Extrême-Orient : doublement de la voie du transsibérien, construction d'un chemin de fer qui ira de Kertschinsk à Khabarovsk le long de l'Amour, entreprises en Mongolie, construction d'une grande escadre pour le Pacifique.
entrait en vigueur le 1"^' mars 1906. Au début de 1906 chacune des deux parties criait très haut que l'autre ferait les frais de la guerre de tarifs, mais, prudemment, avant le V^ mars une convention provisoire fut conclue pour un an. L'Allemagne importe des États-Unis pour un milliard de marks environ : « Nous ne pouvons pas nous passer, disait le ministre du commerce, M. Delbruck, des produits américains, notamment de coton et de cuivre. » Les exportations de TÂllemagne aux États-Unis atteignent seulement 500 mil-* lions de marks, principalement en objets manufacturés que les Américains, tout fiers de leur monopole en matières premières, déclaraient bien haut pouvoir se procurer aussi bien en Belgique et en Angleterre qu'en Allemagne. Le désir de l'Allemagne de conclure avec les États-Unis un traité de commerce s'étant heurté au refus des républicains protectionnistes du Congrès américain, l'application de son tarif minimum aux importations américaines a été prolongée d'une année à partir du 30 juin 1907; en échange, les États- Unis, mieux disposés cette année qu'il y a un an à l'égard de l'Allemagne, lui ont concédé une réduction de taxes et de droits sur les vins mousseux, cognacs et autres articles, faisant partie delà section 3 du tarif des douanes, et aussi la permission d'indiquer sur les marchandises importées l'estimation de ses Chambres de commerce, — avantage notable, car d'après le TimeSy (8 novembre 1907) les Américains s'aperçoivent par les écarts des valeurs attribuées à certaines marchandises que les Chambres de commerce allemandes fixent des valeurs aussi basses que possible pour obtenir les droits minima. Quel gain pour l'Allemagne, si comme le bruit en court, l'accord pro-
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visoire réglant ses relations commerciales avec son principal fournisseur et Tun de ses meilleurs clients allait, grâce à de meilleures relations politiques, se transformer en un traité de commerce de longue durée M
Dès le moment où Tenvoi de la flotte américaine dans le Pacifique fut officiellement annoncé, on s'est demandé aux États-Unis de quelle nature pouvait être Tentente qui était sûrement intervenue entre le président des États-Unis et Fempereur d'Allemagne? Si la flotte quitte TÂtlantique, il faut non seulement que TAllemagne ne soit plus Tennemie mais encore qu'elle soit Tamie des États-Unis. Pour que le président laisse la côte de FÂtlantique à la merci de n'importe quelle escadre éb*angère, il faut admettre ou bien que le danger sur la côte du Pacifique est tel qu'il vaut encore mieux courir le risque de laisser la côte atlantique sans défense ou bien que cette côte orientale en l'absence de la flotte serait protégée en cas de nécessité par la flotte d'un pouvoir ami, disposé à prêter main-forte? Ce n'est pas l'Angleterre mais c'est l'Allemagne que l'opinion a désignée comme ce pouvoir ami. M. Hearst a fait une campagne dans sa presse jaune en faveur d'une alliance des États-Unis avec l'Allemagne* Beaucoup de gens annoncèrent que quand la flotte serait partie, une escadre allemande viendrait patrouiller à sa place
1. Dans son message du 3 décembre 1007 le président Roosevelt explique que les droits de douanes étaient fixés d*une façon nuisible pour rAUemagne; ils seront désormais fixés de façon plus rationnelle.
2. Sur ceci cf. National Reoiew, oetober 1007. Maurice Low, American Affaires.
sur le littoral occidental de rAmérique, et citèrent un précédent : en 1863, durant la guerre de Sécession, alors que TÂngleterre était favorable au parti du Sud, la flotte russe séjourna en face New- York, laissant croire qu'elle interviendrait au besoin. Le Kaiser protecteur de la doctrine de Monroe sur TÂtlantique; le big stick, dont on le menaçait, confié à ses cuirassés, quel sacrifice de leurs traditions cette affaire japonaise et le transfert de la flotte auraient pu exiger des Américains I
On a parlé d'un traité secret entre le président Roosevelt et l'empereur d'Allemagne. Constitutionnellement un traité secret est impossible aux États- Unis : un traité n'y est « the suprême law of the land » qu'autant qu'il a été ratifié pai' le Congrès, mais on a parlé entre le président Roosevelt et le Kaiser d'un « gentleman's agreement » I Plus d'une fois déjà ils ont correspondu privément : la situation personnelle de M. Roosevelt n'équivaut-elle pas à celle du Kaiser?
II y a trois ans, avant le traité de Portsmouth, à défaut d'alliances que leur situation géographique et leur tradition de splendide isolement rendaient inutiles, les États-Unis avaient des amitiés, amitié japonaise, amitié anglaise, amitié française. L'ennemi éventuel c'était surtout l'Allemagne dont l'ambition menaçait la doctrine de Monroe, c'était aussi la Russie qui avait voulu fermer la Mandchourie au commerce américain. Aujourd'hui, aux États-Unis, le péril japonais hante les imaginations; l'amitié pour l'Angleterre et l'amitié pour la France ne sont peut-être plus aussi confiantes; les Russes sont assez populaires et aussi les Allemands. La défense de la doctrine de Monroe et du panaméricanisme contre l'Allemagne passe au second plan, c'est la côte du Pacifique que la flotte nationale est allée protéger.
Et les États-Unis sont décidés à pousser leurs armements but terre et sur mer. C'est en vain qu'à Tôkyô le secrétaire Taft a parlé de l'horreur de son pays pour une paix armée : « Pourquoi les États-Unis désireraient-ils la guerre? En une année elle ferait de
LES ÉTATS-UNIS, LE JAPON ET LES PUISSANCES é%i
nous une nation militaire. Nos grandes ressources seraient gâchées en immenses préparatifs, qui ne serviraient aucun bon dessein et la nation serait attirée vers une politique guerrière. »
Il y a dix ans, leur victoire sur FEspagne et la prise des Philippines vouèrent les États-Unis à Timpérialisme. Avant cette guerre la force de Tarmée régulière était de 28500 hommes, elle est aujourd'hui de 68951 hommes, non compris les 5 208 scouts philippins et les 574 hommes du régiment portoricain. La force minima de Farmée vient d'être portée de 62 666 hommes à 68 951. Cet accroissement de 6 300 hommes est dû à Tapplication de la nouvelle loi qui augmente Tartillerie de campagne et de côte et l'organise en régiments.
L'enrôlement maximum à la discrétion du président est de 100000 hommes : la loi de 1901 donne au pouvoir exécutif le droit qu'il n'avait jamais possédé, d'accroître ou de diminuer l'armée dans ces limites, comme il le juge convenable. On veut ainsi lui permettre de placer les divers régiments sur le pied de guerre en cas d'alerte, sans attendre la décision du Congrès. En moins de dix années, grâce à cette loi, l'armée a doublé et le pourcentage d'accroissement des hommes et des officiers est encore plus grand dans la marine. « Pourtant ni l'armée de mer ni l'armée de terre ne sont satisfaites. La cavalerie se lamente d'être moins nombreuse aujourd'hui que l'artillerie'. »
Dans son message du 3 décembre 1907, le président Roosevelt a constaté qu'aucun grand pays n'avait