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Spectator, 13 juillet

LES iTATS-UNIS, LE JAPON ET LES PUISSANCES 397

maiie anglaise n'avance-t-elle en cette afTaire qu'avec une extrême prudence ; elle jure que tout s'arrangera et prêche le calme. Alliée du Japon et comptant parmi ses sujets des centaines de millions d'Asiatiques, la Grande-Bretagne, ne peut prendre ouvertement contre les Asiatiques le parti des États-Unis : à l'exemple des Japonais, les Hindous protestent violemment contre les traitements que leur réservent le Canada et le Transvaal, dépendances de l'Empire, traitements aussi durs que ceux qu'ils ont à subir aux États-Unis. Mais au Canada, en Australie, les intérêts de l'Empire britannique, sur cette question de l'immigration asiatique, le rapprochent au contraire des États-Unis *.

En cas de guerre entre les Américains et les Japonais, il serait très difficile aux Anglais de garder une absolue neutralité; ils auraient « to keep the ring ». Quel que soit le vainqueur, l'Angleterrre risquerait de perdre un ami ou un allié, les deux peut-être, que sa neutralité aurait fâchés. Japonaise ou Américaine, la marine victorieuse gagnerait en puissance, en prestige, or l'Angleterre préfère de nombreuses marines moyennes à une très forte marine rivale.

Bien que son alliance avec le Japon n'ait plus la même valeur depuis l'accord anglo-russe, l'Angleterre occupée en Europe par l'Allemagne a besoin d'un allié dans le Pacifique : elle ne pourrait donc souhaiter la défaite du Japon. Mais elle n'aurait non plus aucun intérêt à ce que les États-Unis fussent battus; le Canada et l'Australie manifesteraient très haut leurs sympathies pour la cause américaine : c'est leur

i. M. Deakin» premier ministre auBtralien, a invité la flotte amé< ricaine à visiter l'Australie. L'invitation a été acceptée*

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guerre que livreraient les Étals-Unis. Et cette guerre à laquelle Fempîre anglais ne prendrait pas part réglerait cette question de Témigration des Jaunes qui le touche de si près I Vainqueurs, les Japonais obtiendraient du même coup pour leurs nationaux rentrée libre dans toutes les communautés anglo-saxonnes du Pacifique, États-Unis, Canada et Australie ; battus ils verraient s'aggraver contre eux les rigueurs des lois d'immigration : à de telles solutions extrêmes mais instables, les Anglais préfèrent un compromis. Voisin des États-Unis au Canada et aux Antilles, concurrent du Japon en Extrême-Orient, les Anglais auraient tout à craindre, pour leur influence économique et politique en Amérique ou en Asie, de la victoire des États-Unis ou du Japon : l'impérialisme de l'Amérique est sorti de sa victoire sur l'Espagne; l'impéralisme du Japon de sa victoire sur la Russie. Les compagnies de navigation anglaises, les constructeurs de bateaux, les filateurs de coton se plaignent déjà de la concurrence japonaise en Extrême-Orient, dans la Chine du nord, en Mandchourie et en Corée à moitié fermés désormais au commerce anglaise

La nouvelle des troubles antiasiatiques de Vancouver ne déplut pas aux Américains ; les journaux yankees s'écrièrent : « C'est bien le tour des Anglais qui nous ont tant sermonnés I » Les Anglais, en effet, intéressés à amenuiser le conflit, n'ont jamais été tendres pour le jingoïsme américain et se sont montrés très hostiles au départ de la flotte. Il est

1. Cf. les plaintes de sir Thomas Sutherland à rassemblée ansueUe de la Peninsular and Oriental 8team Navigation Co., de M. F. A. Mo. Kenzie, eto.

absurde et dangereux d'essayer d'intimider le Japon par une telle mesure d'agression, disait Ed. Dicey dans YEmpire Revlew^, et le Times déclarait : « La question sera résolue à Famiable, non pas à cause mais en dépit de Tenvoi de la flotte dans le Pacifique*. »

L'entrée comme tiers dans cette mauvaise affaire de l'Anglais donneur de conseils fut agréable aux Américains, qui crurent que, se substituant à eux, il allait prendre l'affaire en mains. Si l'Angleterre obtenait des Japonais, ses alliés, qu'ils reconnussent son droit à régler l'immigration au Canada, comment le refuseraient-ils aux Américains qui, plus avisés que les Canadiens, avaient expressément réservé ce droit dans leur traité avec le Japon?

Articles de journaux et interviews • aux États-Unis annoncèrent à l'envi que depuis les émeutes de Vancouver les États-Unis et l'Angleterre « were in the same boat ». Nous sommes partners^ s'écriait-on : « l'arrangement du problème de l'immigration ne doit pas être au-dessus des forces de la diplomatie anglo-américaine ».

Mais assez vite les Américains s'aperçurent que ces troubles de Vancouver ne les servaient ni auprès du Japon ni auprès de l'Angleterre. Us sentirent qu'à

i. Novembre 1907.

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