II. — HOMMES D ETAT
l'impossibilité d'être autre chose ne leur manquent. Ils sont seulement trop nombreux pour vivre plantureusement.
Il y a longtemps que nous avons parlé pour la première fois de la bête d'encre. M. de Bismarck nous a pris le mot, il en avait le droit après avoir tant perfectionné la chose et la manière de s'en servir. Voici un mot qui peint l'espèce. « Espérons que nous n'entendrons plus parler de Garcia Moreno « et que les cléricaux ne nous en rabattront plus les oreilles. » C'est cela ! Non que la bête d'encre rougisse d'injurier toujours tant d'hommes de bien, qui n'ont fait de mal à rien de bon, mais elle finit par les haïr pour son compte et par se fatiguer de les voir toujours dans l'honneur, où elle n'est jamais. Elle en éprouve un certain malaise. Ils lui assurent de quoi vivre, pourtant, mais cette chair irrite ses gencives. Que c'est dur à mordre l'homme de bien ! Que cela résiste ! Que ce nom blesse nos oreilles.
Ainsi, ces pauvres diables sont persécutés et demandent qu'on les délivre. Mais comme nos moyens nous permettent ce plaisir et ce devoir, nous continuerons de parler de Garcia Moreno ; devant d'autres nous nous taisons. Devant ce nom c'est à d'autres qu'il appartient de se taire. Il nous sert à prouver qu'un président de république pourrait être le modèle des rois, si des républicains pouvaient faire une république pour un tel président.