‹ Âmes héroïquesChapitre 25 sur 85 · III. — SOLDATS · texte numérisé non relu

III. — SOLDATS

de bataille, paraîtra toujours plus respectacle et sera toujours placé dans l'opinion infiniment plus haut que le stérile troupeau des esprits forts.

Au camp de Traktir, sur la Tchernaïna, près Sébaslopol,

le 30 juin 1855.

« Mon cher Veuillot,

« Vous allez être bien surpris de recevoir une lettre de moi, et bien plus encore quand vous aurez pris connaissance de son contenu.

« Je ne puis entrer dans beaucoup de détails sur ce que j'ai à vous dire ; c'est un vœu que j'accomplis aujourd'hui ; je vous laisse le soin de deviner ce que le manque de temps me force d'omettre.

« Je recevais ici, l'hiver dernier, un journal d'Orléans, dans lequel j'ai lu avec beaucoup d'intérêt le compte-rendu des fêtes de l 'Immaculée-Conception, qui ont eu lieu à Rome à cette époque. J'ai même conservé les numéros du journal où se trouvent les lettres qui donnent tous les détails de cette imposante solennité, et je les ai relus fréquemment, sans trop savoir pourquoi, je vous l'avoue.

« Le 7 de ce mois, j'attendais, vers six heures du soir, dans le ravin de Karabelnaïa, l'ordre de monter, avec ma brigade, à l'assaut du Mamelon- Vert, quand le courrier de France me fut apporté. Le passage suivant, que je trouvai dans l'une des lettres de Mme Vergé, attira singulièrement mon attention : « Toul, 23 mai i855. Voulez-vous me promettre de faire un « vœu à la Sainte- Vierge, pour qu'elle continue à vous couvrir « de son égide et vous rende à toute notre affection ? » Je fis vœu immédiatement de reconnaître hautement le dogme de rimmaculée-Gonception, si je revenais sain et sauf de la bataille qui allait s'engager.

« Au même instant, j'entendis la fusillade se rapprocher, et je reçus l'ordre de repousser les Russes qui s'avançaient sur nos parallèles. Je pris alors le pas de course, l'ennemi fut refoulé, le Mamelon- Vert repris, trente-deux bouches à feu restèrent en notre pouvoir, et pendant trente-six heures que je suis

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demeuré dans cette redoute ennemie, sous une pluie d'obus, de lxmlets, de bombes et de mitraille, qui a décimé officiers et soldais, je n'ai pas reçu la moindre blessure.

« J'accomplis donc mon vœu, en vous envoyant le sonnet à la Sainte Vierge, que vous trouverez ci-contre.

« Votre ancien et dévoué camarade,

« Général Ch. Vergé, 2° divis., 2e corps. »

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