‹ Âmes héroïquesChapitre 27 sur 85 · LE SERGENT GUERRIER DE DUMAST · texte numérisé non relu

LE SERGENT GUERRIER DE DUMAST

(m. Ie s. vi, 662)

17 juillet 1855.

Un écrivain de talent, que nous nous honorons de compter parmi nos amis et nos maîtres, M. le baron Guerrier de Dumast, vient de perdre son fils aîné, fourrier au 3e de zouaves. Ce brave jeune homme est de ceux qui ont payé de leur vie la prise du Mamelon- Vert. Son colonel a écrit à M. de Dumast : « Il est tombé en donnant l'exemple du plus brillant courage. » Il avait vingt-cinq ans. Les nombreux amis de M. de Dumast s'uniront aux prières qu'il offre à Dieu pour l'âme de son fils. C'est le secours que nous devons à sa douleur et le tribut qui récompensera de longs et dévoués services rendus à la caustv catholique. M. de Dumast la servait efficacement par ses études, par ses écrits, par son zèle à une époque où elle comptait encore peu de défenseurs. Il fut des premiers à dégager la religion des intérêts de parti, et son nom ne sera pas oublié dans l'histoire du mouvement religieux de notre époque.

Puisque c'est aussi la condition humaine et l'arrêt souverainement juste de Dieu, que souvent les pères survivent à leurs enfants ; après la consolation de les voir emporter au ciel leur sainte innocence, il n'y en a point de plus grande que de les voir tomber en chrétiens dans ce noble holocauste de la guerre, pressés autour du drapeau, le cœur plein de généreuses pensées, le front tout rayonnant des meilleures ardeurs do la vie, comptant pour rien tant de belles années qu'ils offrent à

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la mort. La palme que saisit leur main défaillante est l>elle et vaut tout ce que peut promettre la plus longue et la plus heureuse carrière.

Né d'une famille vraiment chrétienne, Maurice de Dumast n'a pu manquer de se souvenir du Dieu de son père et de sa mère et de tourner vers Lui en même temps que vers eux, au moment d'affronter la mort, ce simple et confiant regard qui, partout et toujours, sait le trouver, et qui, partout et toujour-. le trouve miséricordieux : apud Dominum misericordia. Si quelque surplus est nécessaire, c'est aux vivants de venir au secours de ceux qui sont morts pour la cause publique ; c'est aux parents et aux amis de prier, d'offrir ces douleurs sacrées qui germent des tombeaux comme des fruits précieux destinés à racheter la vie. Non, nous ne les avons pas perdus, nos valeureux enfants qui se sont marqués avant le combat du signe de la croix ; et leur vaste cimetière labouré par la guerre, mais béni de leur propre sang, n'est pas inconnu des anges qui présideront à la résurrection éternelle. Loin de la patrie, leurs ossements sont près des regards de Dieu, près de nos cœurs ; ils reposent, sous la garde de nos prières, à portée du sang divin qui purifie les âmes jusque dans le séjour de l'expiation ; ils se lèveront glorifiés par leur sacrifice et par l'amour de Dieu. Visi sunt oculis insipientium m.ori: Mi autem sunt in pace.

FERDINAND LEFA1VRE

Lieutenant au 85e de Ligne

(m. ie s. vi, 664)

17 décembre 1855.

Ferdinand Lefaivre, officier de vingt-cinq ans, tombé au début de sa première campagne, n'a rien fait que combattre et mourir comme tant d'autres, simplement et chrétiennement. Mais, d'une part, il appartenait à ce que nous pouvons appeler la famille du journal, et, d'un autre côté, la connaissance plus intime que nous avions de son caractère, de ses sentiments, de la manière dont il a pris sa blessure, et bientôt après la mori, nous fait croire qu'en parlant de lui nous louerons, suivant notre pouvoir, la plupart de ces nobles enfants qui, là-bas, en si grand nombre, ont pensé comme lui, ont vécu, ont succombé comme lui. Un coup d'œil jeté sur cette seule âme nous montrera toutes ces âmes si bonnes, si valeureuses, si naïves, qui sont sur la terre notre armée d'Orient, c'est-à-dire notre principale force, notre meilleure gloire ; et qui, suivant l'enseignement de la foi catholique, ayant quitté cette vie par la porte auguste du sacrifice, en confessant le Christ immortel et en lui demandant la rémission de leurs péchés, sont bien plus encore notre armée forte et glorieuse dans le ciel, où ils prieni pour nous après avoir combattu pour nous.

Ferdinand Lefaivre, fils du colonel du génie qui défendit Badajoz, était à la tranchée devant Malakoff, la nuit du 27

~i\ H. — \MES HÉROÏQUES

au 28 juillet II s'y trouvait, on peut le dire, par >a volonté, n'ayant obtenu quïi force de longues instances la permission d'être détaché de son régiment pour faire la campagne. Un éclat de bombe l'atteignit à la tête pendant qu'il observait, debout, le feu de l'ennemi. Il s'écria : O ma mère ! et tomba, baigné de sang. Son capitaine et ses soldats se précipitèrent vers lui ; il était aimé de chacun. « Capitaine, dit-il, écrivez « à mon père que je meurs à mon poste, en soldat et en chrétien. » Son père, sa mère, son devoir envers la patrie et envers Dieu, le voilà tout entier.

Néanmoins, sa blessure ne parut pas mortelle et ne l'était pas. Soutenu par deux hommes, il put se rendre à l'ambulance. Le lendemain, il se trouva assez de force pour écrire. Sa lettre commence gaîment, pour rassurer ceux qui vont recevoir la nouvelle redoutée : des frères, un père, une sœur, une mère ! Nous connaissons presque tous, à présent, ces scènes de famille, et nos soldats blessés se les représentent avec toutes leurs pâleurs, tous leurs déchirements et toutes leurs larmes. « Chers « parents, dit-il d'abord, j'ai une chance admirable : un éclat « de bombe à la tête, ce qui rend de suite un homme intéres- « sant ; et la blessure n'est rien. Rassurez-vous donc. Vous « voyez bien que mon écriture est toujours illisible. Ah ! si « mes lettres avaient la forme réglementaire, vous pourriez me « croire malade, mais il n'en est rien. » Il entre, suivant sa coutume, dans les détails des travaux du siège, afin que son père se rende bien compte de tout ; il loue ses amis qui ont vaillamment fait leur devoir ; enfin, il arrive au coup, qui fut affreux, dit-il, sur le premier moment :

« Je dis adieu à mes hommes, en leur recommandant de ne pas se troubler. J'avais tout mon sang-froid. Cependant je sentais ma tête s'alourdir. Appuyé sur mes deux ordonnances, je regagnai ma tente, non sans trouver le temps bien long. Au jour, le médecin sonda la plaie ; formalité peu récréative ! L'os n'est pas attaqué, le projectile s'est contenté de le racler. Bientôt le colonel, mon chef de bataillon, l'adjudant-major, crui étaient restés au camp, sont venus me voir. Ma tente avait été inondée le matin ; le capitaine voulut me mettre dans la sienne, il m'y installa. Tous mes camarades du bataillon, des sous-officiers et même des soldats sont venus pour savoir de mes nouvelles et me tenir compagnie. Mon capitaine me fit rougir en disant que j'avais donné le meilleur exemple... La journée du .28 se passa parfaitement. Les camarades, voyant que la distraction me faisait du bien, eurent soin de ne pas me laisser seul. La nuit fut bonne. Mon soldat devint mon infir-

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