‹ Âmes héroïquesChapitre 54 sur 85 · IV. ECRIVAINS · texte numérisé non relu

IV. ECRIVAINS

« qu'il a fait une action sublime, et n'aspirant, après la récom- « pense du Ciel, qu'à une seule récompense en ce monde, celle « de voir enfin un acte de l'autorité religieuse et de l'autorité « civile réaliser son espérance, et rendre à sa chère église le « titre de succursale, depuis si longtemps perdu... Plus d'une « fois j'ai eu l'honneur de lui serrer la main. Il s'appelle Ga- « héry, et sa paroisse s'appellera Etrigé (i). »

Je ne puis qu'indiquer le chapitre consacré à raconter la courte vie et la glorieuse mort du marquis Hélion de Villeneuve-Tiaus, ce brave et charmant jeune homme qui mourut en héros chrétien au siège de Sébastopol. M. de Ségur était son intime ami, et c'est en témoin qu'il raconte tout ce qu'il y avait de vertu dans ce cœur héroïque et bon. On devine l'accent que l'amitié doit donner à une âme si naturellement et si constamment émue au spectacle de toute beauté morale. M. de Ségur voyait réunies en celui qu'il aimait les deux choses qu'il admire par dessus tout, la foi chrétienne et le courage militaire.

Dans le chapitre intitulé Notre-Dame de Paris, il décrit l'effet produit par les mémorables Conférences du Père Lacordaire sur la jeunesse qui se pressait pour les écouter ; et sans y songer il dit en même temps comment son cœur s'est formé tel qu'il nous apparaît dans cette confession ingénue, plein de ferveur, aimant Dieu, ardent à toute sorte de bien. La merveilleuse éloquence du Père Lacordaire a reçu d'éclatants hommages ; il n'en est point certainement qui puisse, je ne dis pas le flatter, il est au-dessus de ce vulgaire sentiment, mais exciter autant sa reconnaissance envers Dieu, qui lui a permis de développer de tels cœurs. M. de Ségur analyse d'ailleurs avec beaucoup de sagacité le mérite incomparable du Père Lacordaire ; il donne à respirer cette inénarrable fleur de poésie qui s'épanouit également sous sa plume et sur ses lèvres, et qui ouvre à la fois l'oreille et l'esprit : « O conférences, gran- « des et chères conférences de Notre-Dame, qui avez tenu ma « jeunesse captive sous cette parole inspirée, je ne vous oublie- « rai jamais î Jamais je n'oublierai ces tressaillements qui cou- « raient d'un bout à l'autre de l'immense auditoire, ces émo- « tions qui nous forçaient à nous soulever à demi sur nos bancs, « où nous retombions comme épuisés d'admiration ! Non, il « n'est point de plaisir, il n'est point de passions assouvies qui « soient comparables à ces joies célestes de l'intelligence chré- « tienne, s'abreuvant dans un vase d'or pur, de lumière et de « vérité ! »

(1) Diocèse de Seez.

I ■'.('» EL — kMES UKiso'iol

H est arrivé à M. de Ségur de voir un miracle, ou peu m eu faut. Il a l'ait le voyage du Tyrol pour visiler les deux célèbres Stigmatisées, Maria de Mœrl et Domenica Lazzari ; il les a vues l'une et Vautre, la première dans le ravissement à peu près perpétuel où elle contemple la gloire de Dieu ; la seconde dans la perpétuelle agonie de la passion de Notre-Seigneur, dont elle ressentait les souffrances. Il ajoute son témoignage à tant d'autres ; je me contente de l'indiquer à ceux qui voudraient nier encore ces faits si contestés, que la religion explique et devant lesquels la science se confesse impuissante. Pour arriver au Tyrol, le narrateur passe par Genève et Milan. Il y trouve des figures de connaissances, les unes que les chrétiens aiment toujours à revoir, les autres qu'ils ont toujours intérêt à montrer. A Genève, il y a Galvin, Théodore de Bèze, Rousseau, Voltaire et saint François de Sales ; à Milan, saint Charles Borromée, saint Ambroise, etc. M. de Ségur ne néglige pas les occasions que lui offrent ces contrastes et n'en abuse pas. Il les caractérise en suivant sa route, l'une des plus agréables qu'on puisse faire au monde, route de montagnes, de glaciers, de lacs, de sombres précipices et les vallons charmants. Il a le même enthousiasme pour la belle nature et pour les belles âmes ; il admire, il prie, il aime ; admirations, prières, tendresses, tout vient si naturellement sous sa plume, que l'on croit être avec lui.

Le dernier chapitre est une description de la chambre des martyrs au séminaire des Missions étrangères, à Paris. C'est bien finir. Là sont les grands témoignages et les grands souvenirs ; témoignages des martyrs d'aujourd'hui, perpétuant le souvenir des martyrs de la primitive Eglise, par une même férocité chez les bourreaux, par une même constance chez les victimes, par le renouvellement des mêmes miracles, par l'assurance des mêmes triomphes. Ces saintes reliques, rassemblées là dans une chambre d'une simple maison de Paris, sous la garde de quelques pauvres prêtres et de quelques jeunes lévites auxquels elles communiquent la folie de la croix, ces ossements et ces instrument de supplices sont les premières pierres et les trésors futurs des cathédrales qui s'élèveront dans l'extrême Orient à la gloire de Jésus-Christ, vainqueur du monde.

Lorsque le livre de M. de Ségur a paru, nous avons cité les pages vraiment belles qu'il a rapportées de la chambre des martyrs, et nos lecteurs ne les ont pas oubliées.

Je termine ici ce compte rendu. Et la part de la critique ? dira-t-on. Que voulez-vous que je critique ? Je pense en tout comme l'auteur, j'admire tout ce qu'il admire, j'aime tout ce

Page 1