‹ Âmes héroïquesChapitre 56 sur 85 · LES CONTES DE MADAME DE SÉGUR · texte numérisé non relu

LES CONTES DE MADAME DE SÉGUR

31 décembre 1859.

Chacun connaît la rareté de ce que l'on appelle les bons livres. Ce n'est pas qu'il ne s'en confectionne beaucoup. Si l'on jette les yeux sur la page d'annonces du premier journal venu, toutes les librairies sont autant de Belles Jardinières de la littérature morale, où l'on trouve tout ce qu'il y a de mieux et de plus nouveau pour orner sainement l'esprit et le cœur, à juste prix. Tous les journaux d'images en offrent autant. Il y a des librairies spéciales, qui travaillent pour la morale et pour la vertu non seulement aux approches du jour de l'an, mais toute l'année. Là, du moins, on ne peut pas nier les bonnes intentions ; auteurs et librairies veulent sincèrement et en conscience produire de bons livres. Malheureusement il y a presque toujours quelque chose, et quelque grosse chose, à reprendre. Le bon livre manque de simplicité, ou il est trop simple ; il manque d'intérêt, ou il tombe dans le drame et dans le mélodrame ; il manque de style, il est plat ou enflé, rarement correct, même dans la platitude. Par-dessus tout, le bon livre manque de morale. Certainement, il combat le vice et il honore la vertu ; mais cette pauvre vertu se ravale dans des conditions si vulgaires, elle est si bête, elle fait tant de phrases, que tous ses malheurs sont trop justifiés. Si belle était la vertu lorsqu'elle apparut à Hercule au début de la vie, assurément le héros ne l'a pas suivie pour l'avoir trouvée plus belle ! Dans un mouvement de bon cœur, il s'est mis à sa suite afin de lui assurer le

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