‹ Ames soudanaises. Préf. de Paul AdamChapitre 14 sur 46 · Sorte d'amulette ou de talisman · texte numérisé non relu

Sorte d'amulette ou de talisman

pect fort disparate. La nature s'est plu à camper cette tête de mignarde laideur sur un corps d'harmonieuse perfection.

Une inquiétude prend Aitcha; elle interpelle Aminata, qui se trouve à ses côtés :

— (( Tu sais le compliment, toi ? »

Aminata cligne des yeux, fait une moue de sa lèvre épaisse, hausse ses fortes épaules. Que lui veut Aitcha avec ses perpétuelles jacasseries ?

Certes, elles sont toutes deux de race bambara, ont été captives ensemble, ont toujours vécu côte à côte. Mais enfin, cette petite a pour mari un simple tirailleur, Sambo Badié, le plus vieux de tous ; elle est toujours la gamine d'autrefois, sans hanches, sans croupe, sans seins développés; elle est frappée de stérilité.

Elle, Aminata, est une personne d'importance, femme du beau sergent Dara Koubi et mère de deux négrillons. Elle est de taille élevée, a pris du corps. Ses mamelles

énormes s'étalent écrasées par les bandes d'étoffes qui tiennent son dernier-né à cheval sur le renflement de sa croupe somptueuse. Son faciès impose le respect; il est lourd, entièrement celui de sa race, fait des bourrelets et des épaisseurs du nez, des lèvres et des paupières.

Elle a à son service un boy * qui porte ses calebasses. Ses gris-gris sont plus nombreux, plus riches, en argent, en cuivre, en cuir ouvragé; plus puissants aussi : ils renferment des talismans, des écrits venus de saints marabouts. Et toute nue qu'elle est sur les bords du fleuve, elle reste « Madame Sergent » et ne parle que lorsqu'elle le veut.

Pourquoi répondrait-elle? Certes, elle le sait, et sûrement mieux que cette folle d'Aitcha, le compliment au Gouverneur.

D'un coup de reins, elle remet son petit en bonne assiette. Delà main, elle écarte son autre bambin, Keita, un négrillon de trois

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