‹ Amidisme chinois et japonais [microform]Chapitre 18 sur 20 · XX. Disciples. Vicissitudes · texte numérisé non relu

XX. Disciples. Vicissitudes

Tandis que ses amis le glorifiaient, ses ennemis, les moines du mont Hiei et de Nara, travaillèrent à éteindre sa mémoire. Ils obtinrent plusieurs décrets, condamnant sa doctrine comme exclusive, offensive des autres écoles, et le blâmant d'avoir fait une secte particulière de l'Amidisme qui est le bien commun de tous. Ils résolurent de profaner sa tombe. Les disciples de Hônen déterrèrent à temps et brûlèrent son corps. L'urne cinéraire fut déposée dans le temple de Saga, en 1233. Plus tard les Amidistes se partagèrent ces reliques. — Le temple ^ JB. t^ Chion-in à Kyôtô, est celui qui a le plus fidèlement gardé la mémoire de Hônen. C'est lui qui a édité sa biographie, de laquelle j'ai tiré ces notes.

Il me reste à parler de quelques disciples de Hônen, fidèles ou infidèles. Leurs faits et gestes illustrent sa doctrine, laquelle n'est d'ailleurs guère douteuse.

^ yt W Shôkôbô tint le nemhutsu pour l'unique pratique nécessaire, insistant pour que la formule fût répétée chaque fois avec la ferveur qu'y mettrait un mourant. Il mourut en 1237.

1^ "^ Ryûkwan Vint aussi \e nembutsu pour l'unique pratique nécessaire, insistant pour que chaque invocation fût faite avec plus de ferveur que toutes celles qui avaient précédé, chacune produisant ainsi un karma durable pins parfait. Mort en 1227.

Au moine g ^ }^ Zenshôhô, Hônen dit: « Pour être assuré d'arriver à la foi absolue requise pour la renaissance, il faut se confier entièrement au salut fj^ -jj par autrui, et renoncer entièrement au salut jg jj par soi-même. Pour qui s'appuie sur soi, les vacillations sont inévitables. Je juge le mélange d'autres pratiques, l'invocation d'autres Buddhas, plutôt défavorable au nembutsu, parce que l'intention s'éparpille. Le mieux est de mépriser cette terre et d'aspirer à celle d'Amida... puis d'invoquer son nom souvent. L'invocation doit être sincère; il n'est pas requis qu'elle soit intelligente. » — ZensJiôbô mourut en 1258. Hônen lui apparut cinq jours avant son passage, et Amida vint cueillir son âme, dit la tradition.

Le moine % ^l ^ Zennebô qui relisait le texte de Zendô jour et nuit, prêchait ceci: «Ne mêlez rien au nembulsu. Que votre cœur soit comme une planchette blanche {tabula rasa). Aucune autre pratique que celle de l'invocation, aucun autre désir que celui de la renaissance. Vivez ainsi dans l'étreinte, dansl'embrassement d'Amida (sic). Les hommes de ce temps ne sont plus capables d'ascétisme. De la boue universelle, seul le lotus {nembuLsu) émerge. Vivez en relation intime, continuelle, avec Amida, par l'invocation sans cesse répétée de son nom. Alors la glorieuse lumière qui émane d'Amida, pénétrera tout votre être, n'y laissant subsister rien d'obscur ou d'impur.».. Ceci est mieux que Hônen. Zennebô mourut en 1247.

Enfin %l ^ Sliinran, né en 1173, mort en 1262, modifia la doctrine de Hônen... F^elit ou grand nombre d'invocations, ou même une invocation unique seulement, en quelque temps que ce soit, peu importe. Car c'est Vinvocation faite au moment où la confiance absolue en Amida s'épanoitil dans Vâme, et

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celle-là seule, qui sauve, en remplaçant l'ancieD karma du pécheur, par un karma nouveau de renaissance dans la Terre Pure. Alors le salut est fait. Il est bon de renouveler ensuite les invocalions, non pour obtenir le salut, mais pour remercier de l'avoir obtenu. Après avoir reçu le don d'Amida, il suffit de vivre en brave homme et bon citoyen. On est prédestiné, et la renaissance dans la Terre Pure est assurée.

j^ in Rennyo (mort en 1499) chercha à mieux définir la vie bonne exigée par Shinran, et déclara que c'était la pratique de la morale de Confucius. Il bâtit, en 1480, près de Kyôtô, le célèbre temple '^ Jl^ ^ Hongwanji, qui est maintenant le centre de la secte amidiste définitive ^ Shin, la plus nombreuse au Japon, comptant prés de 14 millions d'âmes, les Amidistes japonais se montant à 16 millions en tout (recensement officiel de l'an 1923).

Conclusions.

i. L'Amidisme sino-japonais est bien la fleur du mahàyàna, sa forme la plus élégante. Sa genèse par simple évolution est plausible, comme j'ai dit dans la préface.

2. L'Amidisme sino-japonais est très vivant. Dans les deux pays, plus de 30 millions d'âmes y croient et en vivent.

3. Les philosophes amidisles sont des panlhéistes; panthéisme très épuré, mais enfin panthéisme. Heureusement qu'ils sont rares, la secte ne faisant pas cas de la science, et pratiquement inoffensifs.

4. Les fidèles amidistes sont généralement d'excellentes gens. Hommes et femmes doux, réservés, aux goûts simples, au cœur délicat. Leur morale est extraordinairement pure. Leurs actes de contrition ou de désir, leurs confessions et leurs prières, sont merveilleusement sincères et humbles. A les voir, en leur parlant, on sent une conviction sérieuse et profonde, une piété paisible et tendre, qui ne se retrouve dans aucune autre secte païenne.

5. Voici le fondement de cette foi, de cette piété; tout ce que le fidèle am.idiste croit et professe. — Tout être vivant est pécheur, depuis les temps sans origine, c'est-à-dire depuis toujours. Toute âme porte le poids du karma, doit et avoir moral, qu'elle a accumulé au fur et à mesure; poids qui la plonge et la replonge dans des existences successives, entrecoupées de supplices dans les enfers et de repos temporaires dans les cieux. Et cela continuera toujours. — A moins que l'âme s'étant jetée dans le sein d'Amida, celui-ci ne l'enlève de cette terre et ne la transplante dans son astre, le karma et ses suites cessant d'être au moment de l'acte de confiance et d'abandon.

6. J'ai dit, dans son astre, car les Terres des Buddhas semées dans l'espace, y compris la Terre Pure, paraissent bien n'être que les astres du firmament, conception simpliste qui plaît au vulgaire. — J'ai dit que la dette morale cesse d'être. Car il n'y a pas, dans l'Amidisme, rémission des péchés. Qui les remettrait, puisqu'il n'y a pas d'Auteur de la loi morale; puisque le fcarma est, par définition, une loi physique infaillible et inexorable? Cette loi cesse, pour l'Amidiste, au moment où il se donne à Amida. Elle cesse, ofe par le vœu d'Amida, qui a voulu qu'il en fût ainsi.

7. Et voilà le grand mystère, ou la grande folie, selon qu'on l'interprétera. — L'être nettement personnel qui impose ainsi sa volonté à la loi universelle, n'a ni origine connue, ni définition, ni histoire. H est présent partout invisible, se faisant voir quand il lui plaît. Il sait tout, même le secret des cœurs, par lui-même, sans qu'on le lui dise. H peut tout, excepté violenter la liberté des âmes. H cueille lui-même les âmes de ceux qui se sont donnés à lui. On l'appelle Lumière infinie, Vie illimitée, Pureté absolue, grande Miséricorde. Ce sont là des attributs, des noms divins. -- Dans les formules de l'Amidisme, substituez le terme Dieu au terme Amida, et vous aurez une religion sérieuse. Mettez au contraire qu'un être pareil à tous les autres, annule par sa seule volonté la loi cosmique; ce sera pure insanité.

48 Conclusions,

8. Or les Amidistes ne sont pas des gens déraisonnables. Quiconque a vu leur culte public, dit qu'Us ont la -foi (sic); et moi-même, pourtant pas tendre, j'ai été ému jusqu'au fond de l'âme, par des scènes de dévotion privée, dont j'ai été le témoin. L'impression du Chrétien, au contact de ces bonnes petites gens, est qu'il se trouve en famille. Voyons ce qui en est, en réalité. — J'ai exposé ci-dessus ce qu'on peut appeler leur notion de Dieu, notion imparfaite, car Amida ne punit pas le mal et ne récompense pas le bien, ce rôle restant dévolu au karma. Puis, les Amidistes ignorent la création du monde et la provenance des âmes. Ils ignorent, la déchéance et l'origine du mal. Il n'y a pas pour eux, proprement, de genre humain, les âmes éternelles étant autant d'êtres spéciaux, et les corps n'étant que des formes transitoires. Aucune idée, absolument aucune, d'un Médiateur, d'une Rédemption. Amida est un Sauveur, pas un Rédempteur. Il sauve, parce qu'il aime sauver, sans qu'il lui en coûte. Il arrache aux enfers, donne l'hospitalité, fait éduquer et instruire. On peut rester et vivre tranquille chez lui, si on veut, et tant qu'on voudra; mais sans que l'éternilé soit absolument garantie. — C'est tout.

9. Et voici que se pose, poignante, angoissante, celte question: L'Amidisme si gentil, si tendre, si délicat, ne serait-il qu'un narcotique diabolique, qui endort des millions d'âmes et les fait glisser doucement vers la géhenne, dans l'euphorie, comme disent les médecins morphineurs modernes?.. Ou peut-on penser que, la grâce divine aidant, un certain nombre d'âmes se sauvent, parmi ces adorateurs de la Lumiére-Vie-Purelé-Miséricorde, qui se repentent si humblement et qui prient avec tant de ferveur? — Leur idée restreinte de la rémunération est-elle suffisante? — Le besoin qui les sollicite, qui les pousse vers la Lumière et la Vie, est-il action intérieure surnaturelle, reprôsente-t-il ce minimum de foi salvifique qui est donné à toute âme docile? —La croyance qu'Amida désire le salut de tous les hommes et a pourvu à réaliser ce désir, suffit-elle comme concept du Dieu- Sauveur? — S'en remettre de leur salut, comme ils font, à la bonté d'Amida et à ses dispositions, est-ce foi implicite au Christ-Rédempteur, donnant participation à l'économie de la rédemption? — - Oh! combien éloquemment l'âme amidiste crie à Amida sa détresse, son désir de sortir du péché, son désir de bien faire. Cet appel jeté à la Miséricorde et à la Providence, va-t-il au Sauveur préparé par la Miséricorde et la Providence, et Jésus invoqué par ignorance sous un autre nom, y répondra-t-il? — Car ignorance il y a, malgré la promulgation de l'Evangile, malgré sa prédication. Il y a ignorance invincible, même pour beaucoup de païens dans la ville desquels il y a des chrétiens. Phénomène qui paraît incroyable, mais que le Missionnaire ne constate que trop souvent... dans le fiévreux affairement oriental, la prédication même publique peut passer inaperçue... et les préjugés nationalistes et autres sont tellement inpénétrables, que l'ignorance peut subsister au contact de la vérité. Un païen chinois converti n'a-t-il pas avoué tout récemment, qu'il avait passé et repassé, durant des années, devant une chapelle des étrangers contiguë à son logis, sans avoir jamais eu l'idée de s'informer de ce qu'on y enseignait. — Enfin, qu'est-ce, au juste, que le don d'Amida; que la vie dans l'étreinte, dans l'embrassemenL d'Amida, que l'Amidiste désire en ce monde?., qu'est-ce que la lumière, la vision d'Amida, qu'il espère dans la Terre Pure, au sortir de la fleur de lotus?.. A qui va le cri de son âme «ô Père très miséricordieux, Sauveur du monde»?.. Tout cela, est-ce soif de Dieu, ou poésie panthéiste?.. Peut-on penser que l'Amidiste repentant et aimant, qui j9rtsse dans l'espoir de la vision, est de l'Eglise qu'il n'a pas connue?— Mystère, me direz-vous... Oui,

Conclusions. 49

mystère, que je soumets à Tétude des théologiens, pour lesquels j'ai groupé dans cet opuscule tous les éléments du problème, le dossier complet de l'Amidisme sino-japonais. Il n'y manque rien. A eux d'examiner, de peser et de juger.

10. Avant de terminer, un mot sur Hônen. Cet homme fut zélé, c'est sûr; mais ce fut un minimiste, race néfaste. En débarrassant le nemhutsu des accessoires ascétiques qui le renforçaient, il l'énerva et en fit un acte machinal sans portée morale. Ses adversaires eurent raison, je pense, de l'accuser d'avoir enlevé à l'Amidisme ce qu'il avait de meilleur, et les Amidistes japonais firent bien de recommencer, peu après sa mort, à prier et à pratiquer comme ils faisaient avant. — J'ai déjà insinué pourquoi le Rev. H. H. Coates a fait de Hônen «a Buddhist Saintj), et lui a décerné un piédestal à côté de celui de Luther. Affaire d'affirmer, une fois de plus, à rencontre des papistes, que la foi sauve sans les œuvres. — Enfin merci à M^ Ryûgaku Ishizuka, d'avoir livré à la science théologique tant et de si précieux textes inconnus auparavant.

Le vœu d'Amida. Texte de Lokaraksha ( 77).

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Le vœu d'Amida. Texte de LoJtaraksha (II).

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