‹ AminteChapitre 11 sur 90 · V PREFACE · texte numérisé non relu

V PREFACE

vent tous les caractères de la poésie pastorale telle qu'on l'entendait alors.

Un essai plus sérieux est celui de Giraldi, qui composa en i 545, à Fer rare, une comédie pastorale. Églé. où figurent les personnages obligés de ce genre de pièce, des nymphes, des faunes et des satyres. Toutes les thèses sur l'amour, les avantages et les inconvénients de cette passion, sont discutés par Églé , qui s'exprime en véritable docteur. Mais ce sont là des demi-dieux, qui ont le droit d'avoir étudié, et qui ont parlé de tout temps un langage supérieur à celui des bergers.

Ceux-ci apparaissent de nouveau, avec Agostino Boccari, dans le Sacrifice. C'est encore à Ferrare que la pièce fut représentée, en 1 587. pour célébrer les mariages du marquis de Cadorno avec Bene delta Pia et de Marco Pia avec Clelia Farnese. La scène est en Arcadie. Il s'agit de trois bergers et de trois nymphes dont les amours sont traversés par un satyre.

Quelques années plus tard Ferrare vit encore représenter l'Àretusa , pastorale d'Alberto Lallio [i563). et la Sfortunata

PREFACE i,v

d'Agostino Argenti (1567). Ces pièces étaient ornées de chœurs mis en musique par un artiste alors célèbre, Alphonse de La Viola. Elles eurent le plus grand succès et attirèrent un grand nombre de spectateurs, parmi lesquels se trouvait le Tasse lui-même.

Sur ces pièces, aujourd'hui oubliées, nous ne ferons que quelques observations : elles étaient remplies d'imitations empruntées à l'antiquité ; c'est seulement à travers les poètes grecs et latins que leurs auteurs entrevoyaient la nature ; ils ne pouvaient donc que la défigurer, et ils étaient poussés malgré eux à remplacer la nàiveté par le pédantisme. Ces scènes pastorales, transportées sur le théâtre, ne pouvaient pas non plus avoir la simplicité des anciennes églogues. Le théâtre, par la loi même de la perspective, grossit et les événements et les caractères ; il pousse à V exagération et les sentiments et la voix de ceux quil fait parler. Enfin le concours de la musique et de la danse transforme ces pièces en véritables opéras , ce qui suffirait pour en bannir le naturel et la simplicité.

Page 1