CHŒUR DU (QUATRIÈME ACTE
Ce que la Mort sépare, Amour, tu l'unis. Tu aimes la paix, elle la guerre, et tu triomphes de son triomphe, et tu règnes sur elle. En unissant deux belles âmes et en les liant l'une à l'autre, tu leur fais le ciel sur la terre, que tu ne refuses ni ne dédaignes d'habiter. La colère est inconnue dans ton empire; les esprits des hommes sont par toi calmés; tu éloignes d'eux la haine; tu chasses, puissant maître, les mille fureurs qui viennent troubler la placidité de leurs âmes, et ton pouvoir suprême donne aux choses de ce monde une éternelle harmonie.
On sait qu'Ammre eut en France une vogue extraordinaire, car il y en a bien huit traductions françaises différentes en prose et en vers ; celle du sieur de Reysseguier, accommodée au théâtre françois et imprimée en 1 63 2 , avait été jouée avec succès au théâtre de l'hôtel de Bourgogne.
PRÉFACE
L'Aminte du Tasse est, chef les modernes, le premier modèle de la poésie pastorale. Ce berger amoureux de la fière Sylvie, et qui ne touche son cœur qu'en voulant deux fois mourir pour elle, a eu une nombreuse postérité. Le Tasse est le créateur de ce monde singulier oh se rencontrent les personnages les plus divers : bergers et bergères, nymphes et déesses, satyres, chevaliers , poètes, prêtres pa'iens ou chrétiens, magiciens au besoin, tous réunis pourtant dans une préoccupation commune, l'amour. Telle est en effet la seule loi dont nul ne peut s affranchir. Tous sont amoureux, ou doivent le devenir. Quant à ceux che^ qui l'âge a peu à peu refroidi les feux de cette passion, ils
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favorisent les amours dont ils restent les témoins impuissants, ou s'appliquent à les traverser: ?nais ils ne vivent, eux aussi, que par l'amour ou pour l'amour. Au fond, rien de plus monotone et de plus faux. Ces bergers qui ne s'occupent jamais de leurs moutons, et passent le temps à soupirer des chansons amoureuses; ces bergères qui veulent paraître insensibles, même quand elles sont véritablement éprises; ces satyres ravisseurs dont les violences préparent le dénoûment , en obligeant les bergères à récompenser leurs sauveurs; tous ces personnages de convention, s'exprirnant dans un langage d'une naiveté affectée, semblent faits pour lasser bientôt l'attention et irriter le bon goût. Telle est pourtant la puissance de certains sentiments qu'on ne se fatigue jamais de les voir reproduire. L' amour est une passion que les poètes peuvent chanter sans cesse, et presque dans les mêmes termes, sans épuiser l intérêt, car ils trouvent toujours des cœurs avides d'émotions, ou charmés par le souvenir. Quant aux bergers, j'entends ceux des idylles, nous leur savons
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gré de l'élévation de leurs sentiments, de ï élégance de leur langage, et même de la coquetterie de leurs costumes; ils se mettent ainsi à notre portée, et nous croyons, en nous rapprochant d'eux, revenir à la nature, nature un peu embellie sans doute, idéalisée, mais telle que l'art doit la représenter.
Aussi chaque pays, chaque siècle, a-t-il voulu avoir ses bergers. A /"Aminte du Tasse succède aussitôt, en Italie même, le Pastor fido de Guarini. œuvre en vers, comme la première, également destinée au théâtre. Aussitôt après (i5o4), un gentilhomme napolitain. Sanna^ar. publie TArcadia, un véritable roman pastoral, mêlé de prose et de vers. où. sous le déguisement de bergers et de bergères, il raconte ses propres aventures et celles de quelques-uns de ses amis. Le livre fut immédiatement traduit en espagnol, et.
grâce aux nombreuses relations qui unissaient alors les deux royaumes, provoqua bientôt des imitations nombreuses jusque dans le Portugal. Saa de Miranda est le premier Portugais qui composa des églo-
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gués à l'imitation des Italiens. On y trouve au moins l'amour des champs et le sentiment de la nature. Les animaux euxmêmes y sont traités avec une certaine affection. Saa de Miranda a écrit une partie de ses œuvres en espagnol.
C'est encore à un Portugais. Georges de Montemayor. que revient l honneur d'avoir le premier introduit en Espagne la pastorale en prose. Sa Diane, « Diana enamorada », écrite en bon castillan, mêle, comme PArcadia de Sanna^ar, la vérité et la fiction : nous savons, par exemple, que l'auteur s'est peint lui-même sous le nom du berger Sereno. amoureux de Diane; séparé d'elle par mille obstacles, sacrifié par des parents barbares au berger Delio, le premier mari de Diane, il est enfin récompensé de son amour, et peut épouser Diane devenue veuve. Diane, s'il faut en croire Lope de Vega. aurait aussi vécu : ce serait une dame de la ville de Valence de don Juan, voisine de la cité de Léon.
Sanna^ar mourut sans achever son œuvre, mais il eut deux continuateurs également malheureux dans Antonio Peref et
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Ci les Polo, qui tous deux ajoutèrent encore à la confusion et à l'obscurité du roman si compliqué de Sanna^ar, où se croisent et s'entremêlent les histoires des nombreuses victimes de la prêtresse Félicie. C'est une magicienne qui, à laide de breuvages merveilleux, éteint ou ranime à son gré les flammes de l'amour.
Quoi qu'il en soit, le signal était donné, et V Espagne se précipita dans les pastorales avec autant d'enthousiasme et même de folie qu'elle avait fait pour les romans de chevalerie. Notons rapidement le Pastor de Filida, de Galve^ de Montalvo, compatriote et ami de Cervantes, qui composa peut-être, à son exemple, son roman deG\LATHÉE. L'auteur de Don Quichotte, malgré son bon sens naturel et sa profonde connaissance de la vie réelle, céda un moment à l'entraînement général. Lope de Vega composa, lui aussi, une Arcadie, et, presque en même temps. Cristobal Sitaref, déjà connu par une excellente traduction du Pastor fido, publia sa touchante Amaryllis.
Parmi les Espagnols . il faut encore