PROLOGUE
AMOUR, vestu en berger.
ui croiroit que souz une forme humaine et souz ces habillemens de berger un dieu fust caché : non pas un petit dieu sauvage ou du vulgaire des dieux, mais le plus puissant entre les grans dieux célestes, qui fait souvent tomber des mains la sanglante cspe'e au dieu des batailles, le grand trident à
Neptune esbranleur de la terre, et les foudres éternels au grand Jupiter mesme?
Certes à peine Venus ma mère me recognoistra pour son fils Amour en cet équipage et déguise' comme je suis. Il m'est force de m'en fuir d'avec elle et de m'en cacher : car elle veut disposer de moy et de mes flèches à son plaisir, et, comme femme qu'elle est, et comme ambitieuse et pleine de vanité', me veut confiner es cours royalles parmy les coronnes et les sceptres, et veut que j'employe là tout mon temps et mon sçavoir, ne permettant qu'à mes cadets d'aller à l'esbat parmy les forests, et d'exercer leurs armes contre les cœurs grossiers des simples paysans. Moy qui ne suis pas enfant, encore que j'en aye le visage et la façon, je veux disposer de moy à mon plaisir : car le flambeau tout puissant et l'arc dore' me furent donnez en partage, et non pas à elle. Voila pourquoy je me sauve parmy les bois et dedans les chaumines des pauvres gens pour me cacher et fuir, non pas ses commandemens, car elle n'en a point sur moy. mais ses prières, qui n'ont que trop de force, venans de la part