SCENE PREMIERE
DAFNÉ, SILVIE.
DAFNE
eux-tu doncques, Silvie , tousjours esloignée des doux esbattemens de Venus, passer ainsi misérablement ta belle jeunesse?
veux-tu point estre appellée du doux nom de mère? Et ne verras-tu jamais tes petis
enfans folastrer mignardement alentour de toy? Change d'advis, je te prie, change d'advis, folette que tu es.
SILVIE
Suyve les plaisirs d'amour qui voudra, si toutesfois il y a quelque plaisir en amour; quant à moy, ma condition me plaist, et tout mon desduit est d'avoir soin de mon arc et de mes flèches, de suivre les bestes fuyardes et de terrasser les plus farouches; et, si les flèches ne manquent en ma trousse et les bestes es forests, je n'ay pas peur de manquer de passetemps.
DAFNÉ.
O maigres passetemps et misérable vie ! car, s'il est ainsi que elle te plaise, c'est seulement par ce que tu n'en as point essayé d'autre. Ainsi les premiers hommes qui vesquirent au monde, simples et comme encores en enfance, prenoient le gland et l'eau pour délicate viande et pour douce boisson. Et maintenant l'eau et le gland sont viande et breuvage des bestes, depuis que le bled et le vin sont venuz en usage. Aussi peut estre que, si tu venois jamais à gouster de la milliesme partie des