‹ AminteChapitre 38 sur 90 · CTE I. SCENE I · texte numérisé non relu

CTE I. SCENE I

SILVIE

Mais que tit Lycoris pour tout cela, et qu'y respondit-elle?

DAFNÉ.

Tu n'as pas soin de ton propre faict, et veux sçavoir les affaires d'autruy. Elle luy respondit avec les yeux.

SILVIE

Et comment luy peust-elle respondre avec les yeux ?

DAFNE

Ses yeux tournez devers Elpin,sousrians doucement, luy respondirent : « Le cœur et nous sommes du tout tiens, et te contente de cela, car nostre maistresse ne te peut donner davantage. » Voila ce qu'ils respondirent; et certes cela seul suffi soit pour contenter ce chaste et discret amoureux, s'il eust donné créance aux yeux de sa dame, et s'il les eust estimez aussi véritables que beaux.

SILVIE

Et pourquoy ne les croioit-il pas?

DAFNÉ.

Ne sçais-tu donc pas ce que Tirsis en escrivit une fois, lors qu'il estoit si for-

cené d'amour qu'il en couroit les champs, faisant rire et pleurer de pitié tout ensemble tous les bergers et les nimphes qui le voyoient? Car, encores qu'il fist des choses dignes de risée, si en escrivoit-il qui n'estoient nullement dignes de risée. Il l'escrivit dedans l'escorce de mille arbrisseaux, et les arbrisseaux et ses vers creurent ensemble. Il y avoit ainsi en l'un :

Trompeurs miroirs du cœur, lumières infidèles. Je ne descouvre en vous que fraude et trahison: Mais quoy ! puis-je éviter vos embusches mortelles. Si l'Amour m'en empesche et m'oste la raison?

SJLVIE.

Je pers icy le temps à causer, et ne me souvient pas qu'il y a aujourd'huy partie faicte pour aller à la chasse au bois des yeuses. S'il te plaît de m'attendre, je me vay baigner à la fontaine que tu sçais : car je suis encore toute couverte de sueur et de poudre, pour avoir hier longuement suivy un chevreuil que je tuay finalement.

DAFNÉ.

Je t'attendray, et peut-estre encore me baigneray-je moy-mesme, mais il faut que je face un tour jusques chez nous premie-

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