ACTE I, SC EXE
certes j'en mourray bien tost, si tu n'y donnes remède. » A ceste parolle, elle baissa la teste, puis une soudaine rougeur et non accoustumée, causée de honte et de colère, luy monta au visage, et ne me rendit pour toute response qu'un silence hagard, plein de cruelles menaces, et, s'ostant de là, jamais depuis ne m'a voulu ny voir ny ouïr; et desja trois fois le courbé moissonneur a seyé les bleds, et autant de fois est tombé par la froidure le feuillage des bois, que j'essaye par tous moiens à faire ma paix, et n'a y plus rien à esprouver que la mort : ce seul moyen me reste pour l'appaiser. Et, certes, je mourray tres-volontiers, pourveu que je sçache qu'elle s'en attriste ou qu'elle s'en rejouisse; et ne sçaurois bonnement dire lequel des deux je désire d'avantage. La pitié seroit bien plus digne loyer de ma foy et plus juste recompense de ma mort; mais je ne dois rien désirer qui puisse troubler la claire lumière de ses beaux yeux, ny le repos de son esprit.
tirsis.
Seroit-il bien possible que, si elle avoit
une fois ouy tes propos, elle se peust empescher de t'aymer?
AMINTB.
Je n'en sçay rien, et ne le puis croire; mais elle ne veut non plus escoutter mes paroles que l'aspic celles de l'enchanteur.
TIRSIS
Courage, le cœur me dit que je fera y tant qu'elle t'escouttera.
Tu n'y gagneras rien ; ou, si tu fais tant qu'elle me vueille escoutter, j e perdray temps de parler à elle.
TIRSIS
Mais pourquoy desesperes-tu ainsi?
Je n'ay que trop de suget de désespérer : car Mopse le sage, long temps a, m'a prédit ceste cruelle destinée ; Mopse qui entend le langage des oiseaux, qui cognoist les vertuz des eaux et des herbes.
TIRSIS
De qui me parles-tu? de ce Mopse qui a tousjours le miel en la bouche et le rasoir sous le manteau? qui fait les doux yeux, et cependant ce n'est que fiel et trahison