‹ AminteChapitre 45 sur 90 · ACTE /, SC EXE II · texte numérisé non relu

ACTE /, SC EXE II

bres et de sales, ont voix et langue, et caquettent perpétuellement. Là les bayes, transformées en petites filles, vont follastrant ça et là, et, si un muet y entroit, un muet y babilleroit maigre' ses dents. Mais tout cela, c'est le moindre mal qui t'en pourroit arriver : le pis est que de là tu courrois fortune d'estre changé en arbre, en beste, en eau ou en feu, en eau de pleurs et en feu de souspirs. » Il ne me menassoit de rien moins que de cela; et moy, avec ses beaux advertissemens, je m'en vay tout soucieux à la ville, et, comme il plust au Ciel favorable, je passe devant ce palais bienheureux. De là sortoit une infinité de voix douces et claires, de cynes, de nimphes et de serenes célestes; de là sortoit le son d'une musique tant harmonieuse, avec tant d'autres plaisirs, que, tout ravy de joye et de merveille, je m'arrestay un long temps là devant. Sur l'entrée de la porte estoit quasi comme posé en garde un homme de façon brave et plein de magesté, duquel, selon que j'ay sceu depuis, l'on met en égale ballance l'extrême valeur et la sage conduitte. Ces-

tui-cv. avec un visage plein de douceur et de gravité, avec une royale courtoisie, m'invita d'entrer au dedans, luy grand et renommé, moy qui ne suis, au respect de luy, qu'un petit ver de terre. Entré que je fuz, Dieux ! qu'est-ce que je vy et que j'olïy ? Je vy des déesses célestes, des nimphes belles en perfection, de nouveaux Orfées, des deitez nouvelles et quelques-unes entre autres toutes semblables à la pucelle Aurore, lorsque sans aucun voile de nuages elle se treuve en la compagnie des Dieux immortels en sa grandeur et beauté naturelle, respandant parmy l'air ses rayons dorez et sa rosée argentine; et Phœbus qui suivait après, remplissant tous les lieux d'alentour de sa divine clarté. Là aussi estoient les Muses, et au milieu d'elles Elpin estoit assis, et moy-mesme, a l'instant je me senty je ne sçay comment plus grand que de coustume : lors, enflé de nouvelle vertu et de divinité, mesprisant les chansons rustiques, je commençay à chanter les armes et les roys. Et de là vient que, encores que par le commandement d'autruy je retournasse en ces forests, si re-

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