‹ AminteChapitre 51 sur 90 · ACTE II. SC EXE I · texte numérisé non relu

ACTE II. SC EXE I

produise de ses ondes. Mais pourquoy me tourmente-je en vain? Je voy que toutes créatures se prévalent des armes que la nature leur a données pour leur deffence. Le cerf se fie en sa vistesse, et le lion en ses griffes; les sangliers baveux s'arment de leurs deffences ; les femmes ont aussi leurs armes particulières, qui sont la beauté et la bonne grâce ; et moy, pourquoy n'useray-je pas de force et de violence, si la nature m'a donné les forces propres à la violence et à la rapine? Non, non, je forceray, je raviray ce que ceste ingrate me refuse en recompense de l'amour que je luy porte : car, à ce que j'ay présentement entendu par un chevrier qui a bien espié ses allées et venues, elle a de coustume de s'aler souvent rafraischir en une fontaine icy prez. Je suis résolu de l'y attendre, couché sur le ventre parmy les ronses et buissons qui sont là autour, et, comme elle y viendra, de luy courir sus en sursaut. Quelle résistance pourra taire ou à la course ou avec les bras une simple fille et foiblette , contre moy qui suis si viste et si puissant? Au partir de là elle a

beau pleurer et souspirer, qu'elle use de tous les efforts de beauté et de pitié qu'elle pourra, que si je la puis une fois happer aux cheveux, elle ne me partira des mains que premièrement je n'aye rougy mes armes dedans son sang, pour vengeance de tant de maux qu'elle m'a faict souffrir.

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