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ACTE II, SCEXE I

en as dedans le sein de plus belles et de plus fresches; et, si je te présente le miel de mes ruches, tu le mesprises despiteuse, par ce que celuy que l'on recueilliroit dessus tes lèvres le surpasse en douceur. Mais, si ma pauvreté ne te peut donner chose qui ne soit en toy plus douce et plus belle, je te fay présent de moy mesme. Mais pourquoy, mauvaise, as -tu ce présent à desdain et en horreur? Si ne suis-je pas tant à desdaigner, si je ne me trompay l'autre jour, me voyant dedans le calme de la mer, lorsque les vents estoient tranquilles. Ceste face vermeille et ces espaules larges, ces bras gros et nerveux, cet estomach velu et ces cuisses toutes couvertes de poil, sont tous signes de force et de verdeur, et, si tu ne m'en veux croire, fais en l'essay. Que veux-tu faire de ces petits mignons à qui le poil folet à peine couvre encore le menton, et qui se frisent et relèvent les cheveux avec tant d'artifice?

Croy-moy, ce ne sont que femmes et au semblant et en effect. Qu'ainsi ne soit, j'en voudrois bien veoir un qui te suivist par les bois et par les montagnes, et qui se

mist au devant de toy contre les ours ou contre les sangliers. Non, non, ce n'est pas pour estre laid ou de mauvaise grâce que tu me dédaignes, ce n'est seulement que pour ma pauvreté. Helas! que les petits vilages commencent bien à suivre l'exemple des grandes citez! Nous sommes vrayement retournez à l'aage d'or, puisque l'or aujourd'huy l'emporte par tout et commande en toute chose. Quiconque tu fuz qui donnas le premier l'exemple de vendre l'amour, que maudite sait la cendre de ta sépulture, et les froides reliques de tes os ! Qu'il ne se trouve jamais nymphe ny berger qui leur die en passant : « Demeures en paix » ; mais qu'ils soyent tousjours baignez de pluye, et la tempeste les batte incessamment ! que les estrangers les desterrent, et le bergeail les foule salement aux pieds ! Tu as honteusement souillé et deshonoré tout ce qui estoit de plus noble en amour, et tourné toute son aggreable douceur en amertume. L'amour vénal , l'amour esclave de l'avarice, est le plus grand, le plus vilain et le plus abominable monstre que la terre porte, ou que la mer

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