ACTE II, SCENE II
alliances mesmes. Mais laissons apart ces discours, et me dy si tu ne veux pas faire tant qu'Aminte puisse une fois parler à Silvie de seul à seul, ou, pour le moins, en présence de toy seule?
DAFNÉ.
Je ne sçay, Silvie est sauvage outre mesure.
TIRSIS
Et luy respectueux outre mesure.
DAFNÉ.
Oste-moy ces amans respectueux , c'est faict de luy s'il en est là loge' : conseilleluy plustost tout le contraire, puis qu'il est si nouveau qu'il luy faut apprendre sa leçon; qu'il quitte là tous les respects, qu'il soit entreprenant, qu'il demande effrontément, qu'il soit pressant et importun. Et, pour la fin, qu'il use de force et ravissement, si les autres moyens n'y suffisent. Quoy! ne sçais-tu pas encore de quelle humeur la femme est compose'e? Elle fuira tousjours, mais en fuïant elle veut estre attrapée ; elle refusera, mais, en le refusant, elle veut que l'on le prene ; elle débattra assez, et veut toutesfois en débattant estre
vaincue. Voy-tu, Tirsis, je parle pavement avec toy, mais ne va point dire puis après que je t'en aye parlé, et surtout ne me couche point en tes rimes: car tu sçais bien si je te sçaurois rendre ton change et donner un revers à tes vers.
TIRSIS
Tu n'as point d'occasion de souspçonner de moy que je voulusse jamais dire chose qui te fust ennuieuse. Mais je te prie, ma Damé, par la douce mémoire de ta belle jeunesse, que tum'aydesà secourir Aminte qui se meurt, le pauvret.
DAFNÉ.
Mais, je vous prie! la plaisante conjuration que ce badin est allé trouver, de me ramentevoirma jeunesse, et quant et quant le plaisir du passé et le regret du présent ! Mais que veux-tu que je face?
TIRSIS
Tu ne manques d'invention ny de conseil, pourveu que tu y apportes un peu de bonne volonté.
DAFNÉ.
Et bien, je te diray : nous devons aller, Silvie et mov. à la fontaine de Diane, où