‹ AminteChapitre 57 sur 90 · ACTE 11, SCEXE 11 DD · texte numérisé non relu

ACTE 11, SCEXE 11 DD

ce grand plane qui couvre ses cleres ea'ùes invite les nimphes au retour de la chasse à se reposer a la fraischeur de son ombrage, et là je suis asseurée qu'elle se baignera toute nlie.

TIRSIS

Mais quoy pour tout cela?

DAFNÉ.

Quoy pour tout cela? Lourdaut que tu es, à bon entendeur faut-il tant de paroles ?

TIRSIS

J'enten bien, mais je ne sçay s'il aura le courage d'y aller.

DAFNÉ.

S'il ne l'a, son dam : attend il point qu'elle l'aile chercher?

TIRSIS

Quand tout est dit, il est bien tel qu'il le mérite.

Mais ne voulons-nous point un peu parler de toy, Tirsis? Ne veux tu point faire de maistresse? Tu es encore jeune, et, si j'ay bonne mémoire de ton aage, tu n'as pas encore vingtneuf ans passez. Quoy ! veux-tu vivre solitaire et sans plaisir en ce

monde ? car l'homme ne sçait que c'est de plaisir s'il n'est amoureux.

TIRSIS

Celuy qui fuit amour ne quitte pas pourtant sa part des plaisirs de Venus; mais, au contraire, il recueille toute la douceur d'amour, sans gouster de l'amertume.

DAFNÉ.

Ouy; mais la douceur est fade qui n'est mesle'e d'un peu d'amer, et si l'on s'en saoule bien tost.

TJRSIS.

Il vaut beaucoup mieux s'en saouler que d'estre tousjours affamé, et en mangeant et apre's avoir mange'.

DAFNÉ.

Non faict pas, si nous avons la viande à commandement, et que l'appétit croisse à mesure que l'on en mange.

TIRSIS

Mais qui est celuy qui a ce qu'il ayme bien tant à commandement qu'il en puisse manger quand il luy en prend envie?

DAFNÉ.

Mais qui est-ce qui treuvera le bien s'il ne le cherche :

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