ACTE III, SCENE I Ji
gracieuseté , au dehors de sa personne, oubliant à la pourveoir au dedans de toutes les autres bonnes parties? Ha! le pauvret ! où peut-il estre? Il se sera tue soy-mesme. Il ne paroist point; helas ! il y a trois heures que je le cherche icy où je l'avois laissé et par tout aux environs, et si je n'en appoint de nouvelles, ny n'en treuve pas seulement une piste. Ha ! mon Dieu ! il se sera tué, pour certain. Il faut veoir demander à ces bergers que voila. Ho ! mes amis, avez-vous point veu Aminte, ou d'avanture oiiy de ses nouvelles?
ASSEMBLÉE
Tu nous semblés tout effrayé; qu'as-tu ? d'où viens- tu ainsi hors d'haleine et tout en eau comme tu es? qu'y a-il de nouveau ? Fais-nous-en part.
TIRSIS
Je crains qu'il ne soit arrivé quelque malencontre au pauvre Aminte ; l'avezvous point veu?
ASSEMBLÉE
Nous ne l'avons point veu depuis qu'il est parti d'icy avecques'toy, il y a assez long temps ; mais pourquoy en as-tu peur :
T1RSIS.
Je crains qu'il ne se soit tué de sa main propre.
ASSEMBLÉE
Tue' de sa main propre ! Et pourquoy : quel suget en peut-il avoir?
TIRSIS
Amour et haine.
ASSEMBLÉE
Ce sont deux puissans ennemis ensemble : il n'y a rien qu'ils ne puissent; mais parle un peu plus clairement.
TIRSIS
Le trop d'amour qu'il porte a une nimphe, et la haine qu'elle luy porte en recompense.
ASSEMBLÉE
Hé ! je te prie, conte-nous cecy ; voicy un grand chemin, et peut-estre que, ce pendant, il arrivera quelqu'un qui t'en dira des nouvelles, et paraventure qu'il y pourroit bien arriver luy-mesme.
TIRSIS
Je vous le diray tres-volontiers : car il n'est pas raisonnable qu'une si estrange et si vilaine ingratitude soit mise en oublv et