ACTE IV, SCENE I Ç
SILVIK.
Je n'enten rien à cela, moy.
DAFNÉ.
La dure nouvelle qu'il entendit de ta mort, à laquelle il adjousta trop de foy, luy aura mis ou le poignard ou le licol à la main, ou quelque chose semblable pour se tuer soy-mesme.
S1LVIE.
La peur que tu as de sa mort sera vaine, comme celle que tu as eue pour la mienne : car chacun fuit de mourir au possible.
DAFNÉ.
Ha! Silvie, Silvie ! tunesçais pas et veux encore moins croire combien Amour a de force dedans un cœur de chair, et non pas de roche comme le tien : car, si tu l'eusses creu, tu eusses aymé celuy qui t'aymoit mille fois plus que les chères prunelles de ses yeux, ny que sa propre vie; je le croy comme le sçachant, et le sçay comme l'ayant veu. Je le vy lors que tu t'enfuis de luy, cruelle tigresse, au lieu de l'embrasser amoureusement; je le vy tourner son espieu contre soy-mesme, et se le fourrer en la poitrine ; je retins le coup, mais non
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pas si bien qu'il n'en demeurast fort blesse . et que le fer n'en revinst tout sanglant : mais c'en estoit faict si je ne l'eusse retenu, et sans doute il s'aloit percer le cœur de part en part que tu luy avoisdes-ja plus cruellement perce'. Je l'empeschay pour lors de passer outre. Mais, helas ! ce n'est là qu'une petite preuve de sa rage et de sa constance désespérée, ou bien seulement pour monstrer le chemin à ses armes, afin qu'une autre fois elles passent outre franchement et sans crainte.
SILVIE
Mon Dieu! qu'est-ce que tu me contes?
DAFXÉ.
Je l'ay veu après, à la triste nouvelle de ta mort, tomber pasmé de douleur, puis, estant revenu de pasmoison, comme enragé prendre sa course pour s'aler tuer soymesme, et ne doute point qu'il ne l'aye faict.
SILVIE
Mais est-il possible ?
DAFNÉ.
Je le tiens pour certain.
SILVIE
Helas' que ne le suyvois-tu pour l'en