ACTE IV, SC EXE I ci
avec la gueule be'e et sanglante; je l'atten de pied ferme avec un javelot que j'avois en la main : tu sçaisbien si je m'en sçais aider, et que je ne tire guère en vain. Quand je l'ay veu à la portée du javelot, j'ay tiré mon coup ; mais, ou par ma faute ou de malheur, je l'ay failly et ay donné dedans un arbre. Voila ce loup à moy plus furieux que jamais ; et, le voyant si proche que je ne me pouvois aider de mon arc qui me restoit pour toutes armes, j'ay recours a mes jambes, et de fuir, et luy après moy. Voicy le mal'heur : une partie du voile que j'avois sur la teste en courant s'est desveloppée, et voletant s'est aggraffée à une branche; je sens je ne scay quoy qui m'arreste, et moy, de peur de mourir, je m'efforce, et la branche tient ferme : à la lin je tire si fort que j'y laisse le voile, et encore avec le voile quelque peu de mes cheveux; et, comme si la peur m'eust attaché un million d'celles aux talons, je me remets à fuir de telle vistesse que ce vilain animal ne m'a peu attraper, et que je suis sortie du bois saine et sauve; et puis, retournant à mon logis, je t'ay rencontrée
ci 2 A MIXTE
toute troublée, et m'estonnois de te voir si esbahie à mon arrivée.
DAFNÉ.
Helas! tu es en vie, mais un autre ne l'est pas.
SILVIE
Que dis-tu? Es-tu marrie que je sois vivante? Me veux-tu tant de mal?
DAFNÉ.
Je suis tres-aise de te veoir en vie, mais j'ay un extrême regret en la mort d'un autre.
SILVIE
Quelle mort?
DAFNÉ.
A la mort d'Aminte.
SILVIE
Helas! comment est-il mort:
DAFNÉ.
Je ne te sçaurois dire comment, et ne te voudrois pas asseurer qu'il fût vray, mais je le croy fermement.
SILVIE
Qu'est-ce que tu me dis? Que penses-tu qui soit cause de sa mort?
DAFNÉ.
La tienne.