ACTE IV, SC EXE II ioj
folle resolution, j'ay avancé la main; mais, comme a voulu sa dure destine'e, je n'ay pris que ceste ceinture de taftas qu'il portoit, qui, n'ayant pas la force de soustenir l'impétuosité ny la pesanteur du corps, m'est demeurée en pièces en la main.
ASSEMBLÉE
Et qu'est devenu le misérable corps?
ERGASTE
Je ne vous en sçaurois que dire : car j'avois le cœur si serré que je n'euz pas le courage de regarder en bas, de peur de le voir en pièces.
ASSEMBLÉE
Ha! Dieu! la piteuse advanture!
SILVIE
Ne suis-je pas vrayementun rocher, puis que le récit d'une si triste nouvelle ne me faict pas mourir? Helas! si la feinte mort de celle qui luy vouloit tant de mal l'a conduit à la mort si cruelle, n'est-il pas plus raisonnable que le trespas asseuré de celuy qui m'a tant aymée me face perdre la vie ? Et certes il le fera, et, si la force de la douleur n'a ceste puissance, le poignard au moins ne me manquera pas, ou
bien ce reste de ceinture qui n'a pas suivy, non sans quelque secret mistere, la ruine et la cheute de son cher maistre, mais expressément est demeurée pour prendre sur moy la vengeance de ma cruelle rigueur et de sa mort misérable. Ceinture infortunée! ceinture d'un maistre encore plus infortuné ! ne te fasche point d'estre mise en lieu si odieux que mon sein; je te garde pour instrument de vengeance et de peine. Je devois, à la vérité, je devois estre en ce monde compagne d'Aminte; mais, puis que je ne. l'ay pas voulu quand il en estoit temps, je seray par ton moyen sa compagne aux enfers.
ASSEMBLÉE
Console-toy, pauvrette, c'est la fortune qui est accusable de ce desastre, et non pas toy.