‹ AminteChapitre 86 sur 90 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

ELPIN, L'ASSEMBLÉE.

ELPIN.

eritablement la loysouz laquelle Amour gouverne son éternel empire n'est ny bisarre ny cruelle, et condamnons à tort ses œuvres pleines de misteres cachez et de prudence. Mais avec quels artifices et par combien de secrets destours conduit -il

l'homme à sa félicite, et le met au milieu des délices de son paradis amoureux, lors qu'il pense estre ensevely en la fondrière de toutes calamitez? Voila Aminte qui, se pensant précipiter, est monte' au feste et au sommet de tout contentement. O bien heureux Aminte, et d'autant plus heureux que tu as esté plus misérable! Maintenant, à ton exemple, il m'est permis d'espérer que tost ou tard ceste belle et cruelle, qui sous un ris doux et gracieux couvre le mortel estoc de sa cruauté', guérira par une vraye pitié la playe qu'elle me fit dedans le cœur par une pitié feinte.

ASSEMBLÉE

C'est le sage Elpin qui vient deçà, et parle d'Aminte, comme s'il estoit plein de vie et de toute félicité. O dure condition des amans! Peut-estre qu'il estime l'amant bien fortuné qui meurt, et, mourant, faict pitié à sa maistresse, et appelle cela paradis d'amour, et vit en espérance de jouir de ce paradis. Mais voyez, je vous prie, de quel salaire ce dieu volage contente ses serviteurs. Comment, Elpin ! es-tu donc en si piteux estât que tu juges la mort du

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