‹ Amour de philosopheChapitre 55 sur 194 · DE BERNARDIN DE SAINT-PIERRE · texte numérisé non relu

DE BERNARDIN DE SAINT-PIERRE

Votre dernière lettre m'avait fait de la peine, parce que la mienne semblait ne vous avoir pas fait de plaisir; il me semblait y démêler un peu de gronderie. Je suis touché du désir que vous me témoignez si tendrement de vous conformer toujours à mes goûts. Puissé-je moi-même remplir tous les vôtres. L'amour, mon enfant, te rend plus jolie. Il y a dans toute ta personne un air de contentement bien plus intéressant que tous les éclats de la joie. Si je désire quelque chose c'est que tu ne changes point. [Crains de devenir trop grasse. Trop d'embonpoint sied mal aux jeunes personnes; il gâte la taille, c'est un obstacle même à la maternité] '. Reste au point où tu es, et tu en viendras aisément à bout en mangeant un peu moins, surtout des aliments qui engraissent.

[Ce que je désire encore, c'est qu'en redoublant de confiance pour moi qui dois être ton époux, tu diminues un peu avec les autres de cette familiarité que le cousinage, l'enfance, le voisinage, rendent sans conséquence pour une âme indifférente, mais

Page 1