Après : passée, le mot nous a été rayé
2. Sans indication de lieu, mais probablement de Paris; — du 2 décembre 1792 (dimanche). — ^I. Maury a publié cette lettre, en indiquant qu'elle se trouvait à la Bibliothèque du Havre; nos recherches pour la trouver, ainsi que celles de M. le Conservateur, sont restées infructueuses. — C'est donc le texte imprimé par M. Maury (p. 192) que nous publions.
nation plus heureuse t'offrait sans cesse à ma mémoire. Quand tu occupes tout entière ton amie, peut-elle espérer avoir quelquefois attiré ton attention, c'est ce qu'il me serait bien doux d'apprendre. Avec raison je pourrais peut-être me fâcher de ne pas avoir reçu de fes nouvelles, depuis je ne sais combien de jours que je ne t'ai pas vu. Mais suis-je en droit de gronder quand tu embellis tous les moments de ma vie? La nuit même ne me prive pas de cette jouissance, car tu me fais naître les songes les plus agréables et tu ajoutes un nouveau prix à mon repos. Je suis on ne peut plus frappée de celui dont je t'ai parlé dans ma dernière. Pardonne-moi, mon ami, mon enfantillage, mais j'ai quelque croyance à ces charmants rêves. Je les prends pour d'heureux augures; enfin je sais quel pressentiment semble m'assurer que je ne me trompe pas à l'égard de celui-ci. Je veux te donner à juger si je n'ai pas lieu d'être charmée. Il me semblait qu'après avoir reçu ma dernière lettre, pénétré des reproches qu'elle contenait, tu étais passé à la maison, dans le moment où un peu fatiguée j'étais montée me reposer, mais toi n'en sachant rien, tu étais venu à ma chambre me chercher, et m'ayant trouvée endormie, pour prouver que tu respectais mes avis, ainsi que mon sommeil, tu avais imaginé d'orner ma chambre de guirlandes des plus jolies fleurs, et je ne sais par quel miracle, tu avais fait du parquet le plus charmant tapis de
verdure où les fleurs, son plus bel ornement, n'étaient pas épargnées.
Vois, mon ami, d'après le bonheur dont je dois jouir, si je n'ai pas lieu d'espérer (qu'unie à toi par des liens aussi doux que des guirlandes) de te voir embellir mes jours, comme tu embellissais ce tapis des fleurs les mieux choisies. Voilà mon futur époux et mon ami bien présent, les idées dont mon amitié se nourrit (illisible). Encore un autre songe non moins fait pour me plaire, me représentant ta charmante retraite achevée de la manière la plus agréable où tu me conduisais avec toute la tendresse dont je te connais capable. En attendant ce suprême bonheur, mon heureuse étoile doit me conduire aujourd'hui chez toi où, si tu t'y prêtes, je pourrai te remettre cet écrit, en te serrant la main aussi tendrement que je t'aime.