‹ Amour de philosopheChapitre 69 sur 194 · DE BERNARDIN DE SAINT-PIERRE · texte numérisé non relu

DE BERNARDIN DE SAINT-PIERRE

Vos sentiments, ma chère Félicité, me remplissent pour vous de la plus parfaite estime et de la plus

1. Sans indication de lieu, ni de date; mais probablement d'Essonnes, et de janvier 1703; — pas signée; — sans adresse; — pas oblitérée; — entièrement publiée par Aimé Martin, qui la cite comme la dernière des lettres écrites avant le mariage : il n'a donc pas eu connaissance des missives envoyées postérieurement. — Celle lettre porte le n" 9 dans la Correspondance imprimée et dans la collection Gélis-Didot.

tendre amitié. Vous avez mal jugé des miens *. Je vous proteste que je vous ai fait entrer comme ^ une portion de mon bonheur dans les plans de retraite et de repos dont j'aimais à embellir mon avenir. C'est dans cette intention que j'ai désiré une correspondance intime avec vous, afin que nos âmes pussent se connaître et se convenir. Mais les malheurs publics portés à leur comble m'empêchent de m'occuper de mon bonheur particuher. Je vais à Paris pour tâcher de sauver quelques débris de ma faible fortune, d'une anarchie dont les progrès augmentent chaque jour; je pourvoirai ^ aussi aux devoirs de ma place et si je peux me préparer quelques sem.aines de repos, je viendrai en jouir dans votre retraite. Je vous exhorte, en attendant, à rester ici, et à servir de consolation à votre bonne Maman. Faites-lui quelque lecture amusante. Si vous aviez votre harpe, ce serait pour vous deux une agréable distraction. Mais votre propre tranquillité sera le plus agréable concert que vous puissiez lui donner. Calmez-vous, et soyez sûre que la Providence, qui veille aux destins des moineaux, veille aussi à ceux des empires.

Je saisirai les moyens les plus convenables pour vous donner de mes nouvelles, et soyez bien persuadée

1. Le mot : miens a été corrij,'é, Bernardin avait écrit : tiens.

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