‹ Amour de philosopheChapitre 70 sur 194 · DE BERNARDLX DE SAINT-PIERRE · texte numérisé non relu

DE BERNARDLX DE SAINT-PIERRE

Ta lettre m'est arrivée lundi matin, au moment où l'on m'apportait du lait pour mon déjeuner. Elle a mis du lait dans mes veines ; tu es pour moi la Coupe de la Félicité.

J'ai passé ici des jours assez tristes, A mon arrivée dans mon île, ton frère y est arrivé ^. Il m'a salué et je lui ai rendu son salut ; il s'est ensuite approché de moi et il a adressé la parole à Cadet avec lequel j'étais. Il lui a parlé d'échelle, et jugeant qu'il ne s'était approché que pour lui parler d'ouvrages, je me suis éloigné, à quelques pas de là ^ Ton frère bientôt après a quitté Cadet et s'en est allé. Peut-être attendait-il que je lui adressasse la parole, mais je me suis rappelé qu'il n'avait pas répondu à ma lettre, et cette réflexion m'a empêché de hasarder une seconde démarche, ou peut-être de répondre à la sienne, car j'ai ignoré son intention. Quoi qu'il en soit, je ne l'ai

1. Sans indicalion de lieu, ni de date; mais d'Iîssonnes, et de février ou mars 1703; — pas signée; — sans adresse; — pas olililérée; — publiée dans la Revue des Deux Mondes, avec le n" 15. — Cette lettre a le n" 48 dans la collection Géiis-Didot,

2, C'est de Léger Didot que Bernardin veut parler; ils fiaient déjà brouillés.

.3. On lit : non, en marge de ce passage.

pas revu, car je me suis abstenu d'aller à la papeterie, où je n'ai été qu'une fois pour affaires.

Au reste, j'ai employé presque tout mon temps à régler mes travaux et mes ouvriers, qui me coûtent beaucoup et qui avancent peu. Chaque fois que je viens ici il faut augmenter les prix, ou des matériaux ou de ceux qui les emploient. J'ai cependant fait plusieurs économies, et préparé mes provisions de bois de menuiserie. Je suis assez content de mon voyage quant aux affaires, et fort peu quant à mes plaisirs, quoique très fêté chez le Cit. Goubert et ses voisins, qui m'ont donné l'hospitalité. Mais celui de tous qui m'aurait le plus intéressé s'est éloigné de moi et moi de lui, par sa mauvaise honte ou par la mienne.

J'attends de toi de nouveaux dédommagements. Je suis aussi empressé que toi, et si je diffère c'est ' par la ^ crainte de mettre trop de publicité. Trouve-moi des expédients, et malgré la position des affaires publiques qui ajoutent encore à mon embarras, je ne m'occuperai que de ton bonheur et du mien.

Je t'embrasse, mon aimable enfant, en attendant le plaisir de te remettre moi-même la présente. Tranquillise ton esprit pour recouvrer ta santé.

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