‹ Amour de têteChapitre 32 sur 41 · à Suzanne de s'endormir parce qu'il craignait lui · texte numérisé non relu

à Suzanne de s'endormir parce qu'il craignait lui

même de succomber au sommeil, il se trouva plus

éveillé qu'auparavant. Il était cependant bien

: à las, il avait grand besoin de ce repos que sa pensée impitoyablement active lui refusait, et

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… c'était un supplice pour lui de constater l’insomnie inévitable, une détresse de pressentir + l'aube déjà prochaine. Cette ambiance lui imposa … une mélancolie, qui, sans motifs justifiables, prit … une teinte de repentir. La nécessité d’un examen de conscience lui apparut, et alors il désira être seul, il fut importuné d’avoir contre lui cette femme, il eut l’idée de la mort et il songea que | jamais plus il ne serait seul, même la nuit, jusqu’à Ja mort. Ensuite, il détesta l’ombre, et il souffrit

affreusement de ne pas voir clair.

Cette impression de ne pas voir se transforma,

- … par une légère déviation, en celle de ne pas avoir ‘prévu. Il jugea que tous les événements de cette

nuit avaient tourné contre ses prévisions, ce qui ne manquait point d'un certain charme : mais

son orgueil intellectuel en était humilié. Ramené

ainsi à l’aveu d’un désarroi dans sa conscience, il fut assailli par des souvenirs d'émotions violentes qu'il ne pouvait nier. Il en suspectait du moins la sincérité, sans toutefois se croire bien autorisé à les taxer d’hallucinatoires. Et taquiné par un puéril souci de trancher et de conclure,

qui pourtant lui était inhabituel, il s’irritait de

‘la rancune de plusieurs froissements AO e Mais il soupçonna que la période où il entrait 4 . serait signalée par de plus graves encore et plus | inextricables complications : et comme il n’en pouvait plus, comme tout son être, surmené dans les organes de la pensée aussi bien que dans les

organes du sentiment, demandait grâce, il faill

pleurer de faiblesse ; ses pâles yeux bleus luisirent

dans la nuit. à

Jamais peut-être sa conscience n’avait donné une plus frappante preuve de son exactitude qu’e réussissant ainsi à enregistrer et à discerner, au hasard de l’ordre chronologique, toute la diver-

sité des impressions qui l’affectaient. C'était déjà

un rare effort, et il semblaït difficile qu’elle poussât #

plus loin, jusqu’à opérer la synthèse explicative des faits qu’elle avait relevés. Comment donc,

à moins de connaître l'avenir, Marcel eût-il deviné que cette scène à embranchements de la nuit de noces, continuait tout à la fois les séries d'états d'âme inaugurées en lui précédemment, et en

inaugurait encore de nouvelles? pe D'abord l'amour de tête se poursuivait ! oil | venait de trouver inopinément, dans les demisensualités de la nuit de noces, une espèce de satisfaction qui traduisait, pour ainsi dire, en

naguère au pétrarquisme. Puis la vie commune | allait précipiter ce travail d'imagination et de . mémoire, entamé à la minute même où Marcel | avait oui prononcer le nom de Mlle Gaildraud pour la première fois, et qui consistait à réserver dans la caisse d'épargne de l’amour futur tout ce qui pouvait être inscrit à l'actif de Suzanne. Or la nuit de noces venait d'ouvrir la période ‘ultime et décisive de ce travail.

… Suivant un autre procès, de sens contraire, la malveillance consciente ou non de Marcel recueilait tous les menus faits aptes à lui déprécier . Suzanne ; et de même la vie commune allait fournir

de noces en ouvrait la suprême période.

. Ce qui achevait de rendre presque irrémédiablement rebelle à toute analyse cet imbroglio psychologique, c'est que chacune des impressions ressenties en cette nuit, au lieu d’appartenir en propre à l’une ou l’autre des trois actions qui s'y combinaient, appartenait aussi bien à toutes les trois. Enfin, suivant un système de balancement dont la loi fut applicable à partir de cette soirée, tantôt les contingences favorables ou défavorables à la prochaine éclosion d’un sentiment amoureux atteignaient la sensibilité seule, et presque tou- | jours à l’insu de la conscience dont toutes les inter- . prétations dès lors étaient le contre-pied de la .… vérité ; et tantôt elles devenaient matière à pen- . Sées et à réflexions, ou même elles mettaient la

plus ample matière à ce travail, de même la nuit

volonté en jeu, ce qui leur faisait perdre toute,

influence que leur réalité.

En ce moment tournée au pire, c'est aux faits préparatoires de haine conjugale que s ’attachait. la conscience, acharnée comme pour se venger. d’avoir été plusieurs fois cette nuit leurrée ou … surprise. Elle se plaisait à raviver les sensations d’internat. Elle refusait d'admettre comme com-! | pensatrices les rares émotions bonnes éprouvées … | depuis la veille, et elle les jugeait totalement. gâtées par leur caractère angoisseux et leur excès de violence intolérable. Jouant vis-à-vis d’ elle-même la comédie, elle se montrait confuse avec. exagération de n'être point restée l'impassible observatrice qu’elle s'était juré d’être. Elle s’accusait d’avoir eu, durant quelques heures, une. préoccupation .de l'acte prochäin, aussi féminine ‘ que celle qui était fixe dans l’âme de la vierge; et elle profitait, en connaissance de cause, de la loi jésuitique d’association qui faisait de son remords propre une prévention contre Suzanne. Ramené par cette comparaison et ce dédain à sa : thèse favorite d’une radicale différence intel : tuelle entre le mâle et la femme, Marcel concluait à l'impossibilité d’une possession absolue et telle | qu'il l’avait rêvée, à l'impossibilité par 0e 4 d’un désir de possession, c’est-à-dire d’un sentiment véritable ; il n’admettait plus, de l’homme à … la femme, qu’un peu de pitié tendre avec de l'éréthisme. Et l’orgueil alors affluait en lui. Il voyait

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Cote virginité, il était hautement heureux de

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