‹ Amour de têteChapitre 31 sur 41 · RUN · texte numérisé non relu

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vierge, l'idée re 4 l acte DR parée qu Mile en ! avait, plus qu'elle peut-être, la peur. |

À cette remarque son cœur s'émut; car une ” ë harmonie analogue à celle de l’autre soir, quiavait provoqué la première émotion vraie, était pres- … sentie. Mais ce pressentiment remua ses récentes théories de la déchéance intellectuelle d’une jeune fille qui devient femme, et lui inspira un dédain de Suzanne d'autant plus âpre qu'il se vit sur le point lui-même de mériter un pareil dédain. II lui parut que déjà « elle déteignait sur lui » et qu'il allait avoir à protéger contre elle sa précieuse originalité. Elle disparut au même instant dans la. chambre et l’abandonna dans le boudoir sans lui dire un mot. Une colère acheva l’émotion déjà. compromise. Cela était ridicule, à la fin... Mais elle reparut, sans chapeau et sans manteau, moins . contrainte. Elle s'installa dans un fauteuil avec une placidité, avec je ne sais quelle impertinence, avec l'air de lui dire : «Ce n’est pas à moi de com- … ‘| mencer, n'est-ce pas? Vous, vous savez votre “ rôle, et je n’ai aucune idée du mien. » Il eut le sang fouetté : « Mais elle est exquise ! » Il sourit. Il pensa, comme ce matin, aux comédies de salon. Il poussa, d’un geste scénique, une chaise près du fauteuil où Suzanne était assise. Il songeait : « Nous nous entendrons fort bien. » Malheureusement, tout se rapportait pour lui à la question des actes matériels prochains ; et partant, même des sensations aussi vivement savoureuses qué celles-ci demeuraient sans conséquence pour le …

Ur suis très fatiguée. »

Il comprit qu'elle avait peur du a et uen ut peur comme elle. Ses impressions d’internat se répétérent. Elles ressemblaient de trop près . celles qui attristaient Suzanne pour que Marcel ne subît point l'influence de cette nouvelle harmonie ; mais il lui sembla que de tels accords, qui avaient pu naguère être utiles, et dont les effets se servaient peut-être pour l'avenir, perdaient à présent, tant que la glace ne serait pas rompue, toute leur efficacité. Il importait peu que leurs imes fussent identiques, puisqu'elles ne communiquaient pas entre elles. En attendant, comme le sentiment d’une sympathie voulait naître chez Marcel et n’y réussissait point, cette peine, com-. parable à celle du cœur qui fait de vaines tentatives pour être ému, ressuscita par analogie la ouffrance organique de l’amour de tête, et Marcel en supporta les crampes et les vertiges en même emps que cette mélancolie horrible d'être dé-

ysé ici comme un nouveau dans un collège.

Quelque temps il se divertit de ses tortures, Û

quelque chose à dire, et par la lutte qu'il dut sounir avec lui-même avant de se décider à parler, | 16

| 242 | di | AMOUR. DE TÊTE

Il ie pat interrogations : « | Étude hésie | reuse?.… Ne regrettez-vous rien? » Elle répon-

dait vaguement, après des pauses, et quelquefois

d’un seul mot pour plusieurs questions diverses. M'aimez-vous? » Pouvait-elle répondre autre

chose que oui? Savait-elle si, oui ou non, elle

l’aimait? Leur dialogue était imposé par les cir-

constances aussi bien que leurs émotions, et par

suite devenait pour eux une cause encore d’émotions uniquement occasionnelles. Celles-ci affectaient Marcel tour à tour suivant deux modes opposés : tantôt il les éprouvait réellement, mais résumées en une certaine douceur triste de mélancolie ; tantôt celles qui étaient trop précisé-

ment des battements du cœur et des détentes nerveuses, lui étaient seulement présentées à l’ima-.

gination comme intelligibles mais irréalisables, comme celles qu’il aurait dû ressentir mais qu’il ne ressentait point. De sorte que, tantôt son cœur entrait fiévreuSement en action, mais avec la

conscience humiliante de ne point agir par ses .

volontés particulières et d’être agi par les circonstances, tantôt c'était l'impuissance et la paralysie, avec une espèce de supplice de Tantale. Lorsque le” jour décidément tomba, la conscience de Marcel s’appropria aux ambiguïîtés du crépuscule, et cette distinction fut moins tranchée. Imaginait-il, avec le désespoir de ne les point goûter, les séductions de cette heure mys-

térieuse et ses voluptés de demi-teinte, ou savou- : rait-il en effet des jouissances imperceptibles qui .

AMOUR DE m TE.

| tnt qu'à leur A ténna tion exquise et à ’évanouissement de toute lumière leur charme irréalité? La vie universelle était engourdie autour d'eux. Tout s’éteignait, les bourdonnements comme les vibrations, et leurs voix aussi ’étaient tues. Très peu de mouvement suffisait jour exister encore : toutes les énergies disponibles de Marcel étaient employées, simplement jarce qu'il avait un bras passé à la taille de Suzanne et qu’il sentait la tiédeur de sa chair d’une façon continue.

. On frappa. Ils ne tressautèrent qu'un instant \ après, comme si les impressions étaient plus len-

ommeil. Marcel, brusquement, s’écarta et dit d’une voix claire : « Entrez ! » De l'effort qu'il fit jour articuler ce mot, ses yeux se piquèrent. Il

agitation fut prodigieuse ; une vague unique de ‘frisson, une espèce de mascaret remonta tout son corps, depuis l'extrémité des membres jusqu’à a gorge qui étrangla. Et une voix cria en lui comme Hamlet : « Des lumières! Des lumières ! Des lumières ! »

La femme de chambre, silhouette éclaircie de quelques blancheurs de linge dans le trou d'ombre de la porte ouverte, parla, demanda à quelle heure Monsieur et Madame désiraient que le dîner fût servi.

— Mais, tout de suite, n'est-ce pas, Suzanne? dit Marcel.

| -— Si vous voulez...

Il répondit, sans aucune ation Ve ept heures et demie. » Le sens de la durée était chez lui d’une extraordinaire justesse : car la demi sonna au même instant. di Il y eut encore à descendre l'escalier, Suzanne

pe sa main sur l'ayant. ne Ensuite ils FO An dans la salle à manger, assis côte à côte au bout de la table trop grande, ayant en face d'eux une véranda, dont les vitres permettaient. la trop brutale et déplaisante comparaison des plantes au gaz de l'appartement, et des grands arbres extérieurs noyés de nuit. ia Ce contraste fit à Marcel l'effet d'une allégorie qu'il s’appliqua. Il lui sembla que sa conscience, artificiellement ragaillardie par le gaz, entre voyait à travers des vitres brouillées les régions nocturnes de son âme où un por obscur se | k déroulait. :

Il était congestionné par cette lumière subite, comme par le saisissement et la réaction d'une chaleur de pièce trop chaude après une longue course dans le froid. Il s'était assis à table sans appétit; mais, dès les premières cuillerées de potage, il fut pris d’une fringale de souper. Suzanne refusa des hors-d'œuvre.

— Vous n'avez pas faim? dit-il, consterné.

— Pass | Fu

"au plat d'entrée, visiblement sans goût, par crainte de lui déplaire. Cette marque de soumission toucha Marcel à tel point qu'il en eut l’appétit subitement coupé. Tous deux convinrent alors qu’on pourrait se dispenser de servir le dernier plat, et après quelques friandises, un peu familiarisés malgré tout par ce repas pris en commun, ils remontèrent, lents, nonchalants, avec des balancements où leurs vêtements se frôlaient.

En haut, dans le boudoir, ils retrouvèrent la nuit. On avait oublié d'allumer une lampe. Marcel fit un geste d'humeur qui ne put échapper à Suzanne. Elle murmura : « Oh! » simplement, et il fut calme, un peu gêné. Il ferma la porte. Il enveloppa Suzanne de ses bras et la baisa aufront longuement. Elle tressaillit, elle se crispa, puis elle n’eut plus aucune force et elle pesa aux “bras qui la soutenaient. Des larmes montèrent aux yeux de Marcel. Il crut qu'il allait aimer. Mais ce qui s’abattit sur lui comme sur elle, ce fut une immense tristesse et une immense résignation.

Après longtemps — car il la tenait toujours, elle n’osait pas prendre la liberté de se dégager — après fort longtemps, Marcel sentit de furtifs désirs, qui à fleur de son épiderme agacé lui couraient comme des souffles tièdes. Alors il adressa la parole à Suzanne, et d’une voix posée, sans intonation de prière, 1l lui donna, comme aux enfants qui auraient la manie de se coucher tard, le paternel conseil de ne pas oublier que cette

journée avait été pour elle pleine de fatigues. |

Tenait-elle bien à rester ici plus longtemps? Dési-

rait-elle que l’on y apportât des lumières? Elle

répondit : « Non » et se dégagea cette fois résolument, puis elle fit un pas vers la chambre. Neuf heures sonnaïent. Elle s'arrêta comme pour écouter. Marcel fut troublé : « Vous n’avez pas peur? » dit-il. Elle répondit : « Non » âprement, et elle entra dans la chambre, poussa la porte.

Marcel eut de nouveau l'impression de commencement. Puis son cœur se mit à battre avec une violence telle que cette: émotion, non comprise entre les degrés extrêmes de la douleur et de la joie, ne pouvait plus être rapportée ni à l’une ni à l’autre, et semblait qualifiée uniquement par son exceptionnelle quantité. Dans les grands troubles du cerveau, la conscience atteint quelquefois l'identité des pensées et des mouvements, en ce sens qu'elle n’est plus consciente que de bouillonnements et de vibrations : de même en cette révolution sentimentale, Marcel. Dehaynin saisissait dans sa réalité ultime la passion qui n’est qu’une affection du cœur et des organes, en ce sens qu’il ne percevait que des crispations, des battements et des spasmes.

Tout à coup l’affolement du cœur amena un désordre circulatoire général, pénible surtout au visage, où le sang piquetait la peau par dedans comme avec des milliers d’épingles. En même temps la respiration manqua, la poitrine dut faire, pour se dilater, d'énormes efforts ; et il

sy ER DS 5 HER

% nerveux ne remontait jusqu'aux parties nobles de l’encéphale : là s’agitaient ces larves d'idées métaphysiques enfantées par le besoin de vastes généralisations qui nous tourmente dans les grandes crises de la vie; idées très sévères, empreintes d’une religiosité vague, et sur lesquelles se reflétaient les grandes ombres du parc machinalement contemplé à travers la fenêtre close ; idées d’une complète imprécision d'images, idées indescriptibles ; idées appropriées à ce confus pessimisme, à ce désir vertigineux de l’anéantissement qui s'empare de nous aux heures proches des unions physiques, et qui est comme la protestation désespérée d’un démon de la ‘contradiction que nous porterions en nous, contre la fécondité des possessions imminentes.

La métamorphose de son émotion en matière à pensée, procurait à Marcel une minute de calme physique. Il lui sembla que le silence des choses était entré en lui pour son apaisement, êt il lui plut de constater que le silence partout était absolu. Puis retombant soudain du général au particulier, il remarqua spécialement le silence . de la chambre nuptiale. Distraite un moment “il

ie son idée fixe } par un réveil de la du

sentit qu'il pouvait entrer à présent chez celle qui était sa femme.

Cette résolution prise, après un geste di np tience, remit le cœur en branle, mais plus lentement. Puis les formalités prévues de l’entrée dans la chambre, le petit coup à la porte, resté sans réponse, la station obligée au bord du lit pour. demander à Suzanne la permission de venir dormi auprès d'elle, tout cela le fit choir une fois encore dans la banalité, et la série des états d'âme de circonstance recommença. Marcel, entièrement. libre d’esprit, se rappela qu'il ne fallait pas faire une faute : il était d’ailleurs, maintenant, sûr. de lui; il se sentait très habile joueur, avec des. qualités de tact et de coup d’œil si extraordinaires qu’il ne pouvait les devoir qu’à une hyperesthésie. de certains sens, due elle-même à l'excitation anormale de tout son système nerveux.

L’obscurité de la chambre, qui interdisait la vue de Suzanne, ayant supprimé le saisissement de voir Suzanne dans un lit, Marcel, que nulle

. nouveauté d'émotion ne frappait, ne put d’abord se persuader qu’il se passât, en cet instant même, quelque chose de nouveau entre elle et lui. Au

prudence. L'émotion ue était trop forte

c les émotions : mais à peine eut-il effleuré la

une fille que ses sens, plus rapides que ses désirs

1 | es, s'égarèrent. Il s’immobilisa, il ferma les 5 < dans une brève syncope.

on cerveau disposait d’une énergie insolite. fl |

de moralité, aux bontés surhumaines. Mais il

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refusait d'attribuer cette transfiguration, comme un simple fait naturel, à la loi d'équivalence des forces, et à cause de l’extase antécédente, il en

donnait une espèce d'explication miraculeuse.

L'impossibilité de porter immédiatement les

mains sur cette vierge, et la nécessité d'imposer

à ses sens le supplice de la modération, lui sug-

gérèrent une estime très haute à la fois de luimême et de la vierge qu'il n'osait toucher. Une timidité voluptueusement chaste, un orgueil qui empruntait à la conscience de l'énergie refoulée

certain caractère spécialement physique, évoca-

teur des plastiques et athlétiques souvenirs de … ‘4

l’antiquité, un attendrissement triste qui exprimait toute la mysticité de la nuit, envahirent Marcel. Il lui sembla que ses émotions, au lieu de demeurer chacune cantonnées dans les organes

qu'elles affectaient, se diffusaient par tout son 5

corps, et qu'en particulier la virginité de Suzanne, triomphant même de son sexe brut, y suscitait, au lieu des ardeurs coutumières, une sensualité mélancolique.

L’excès même de son respect pour Suzanne fit qu’il eut honte d’être couché avec elle comme

avec une fille; et cette honte, grâce à l’injuste

logique des sentiments, rejaïllit sur Suzanne, qui.

en fut un instant dépréciée. Mais les trésors de

bonté que recélait le cœur de Marcel étaient inépuisables. Il fut cette fois indulgent. [1 voulut

bien ne pas reprocher à Suzanne de s'être livrée

à merci. Il songea que cet abandon était l'œuvre

d Lu invraisemblable HO DE durite Tout à coup, avec je ne sais quoi de théâtral

tête d'expression. tee rappel de sa déchéance ne pue Marcel qu'e en ad Il eut vers elle un

ne ne ne LR qu’à demi les comprendre ; ie ss eut pourtant, assez nette, l'idée d un sursis, et il

d'être terrible, du moment qu'elle était différée. uis, maintenant qu'elle avait mis à l'épreuve la

inévitablement pour une vierge l’homme à qui

dité en fut vaincue. Elle se rapprocha de he un instinct de femme l’avertissait qu’elle ne pou

triste, était déjà voluptueuse, relevée aussi par la conscience morale de l'effort et du devoir qu eh D Peer

passait, elle ne savait plus si Marcel était là contr elle, et 1l lui semblait plutôt que les sensation extraordinaires qui s’éveillaient en elle s’y éveillaient spontanément. Des ondes lentes parcou: raient toute l'étendue de ses nerfs. Elle était comme dans ce balancement qu'on rêve, la nui qui suit une traversée. Puis, après beaucoup d temps, elle s’aperçut que, de nouveau, elle était allongée immobile, et que Marcel était de mêm allongé à côté d’elle et immobile ; elle ne se rap pelait rien, et elle ne savait même pas senti qu’elle restait inassouvie. |

Mais, si ce premier effleurement ne suffisait pas pour consommer la métamorphose physique de la jeune fille en femme, il exerça du moins sur les facultés de son esprit une influence immédiate et

| e ette nuit, ne Re se disperser parmi une de variété d'objets, dans l’état vague qui it son éréthisme inapaisé elle ne se fit qu’une abstraite et très confuse de cette simplificaon de toutes choses. Puis, à mesure que, se resis ssant elle-même, elle eut plus besoin de former es pensées nettes, cette espèce de catégorie noude son entendement s’appliqua, d’une façon lus en plus rigoureuse, aux choses de sa situaprésente.

lui sembla que l’inintelligible et le chimée disparaissaient de sa vie; et c'était pour une joie neuve, une joie de femme : car les

femmes, jusque dans la passion, sont étonnantes d'esprit positif et pratique, et elles ne doivent leur réputation usurpée d’idéalisme qu’à la con-

tinuelle prédominance, chez elles, de la logique :

du sentiment sur celle du cerveau.

Elle eut, plus précisément, l’impression d’être rentrée dans le cadre général : autre jouissance pour la femme, qui, avec son aperception très fine: des complexités apparentes et superficielles, avec son intelligence nulle des complexités réelles et fondamentales, goûte parfois l’excentricité, mais a la haïne instinctive de l’exception et de l'originalité vraie. |

Enfin, outre ces impressions heureuses uniquement dues à la relative imperfection et au sexe de son âme, à ce que Marcel avait appelé sa déchéance intellectuelle, elle éprouvait une autre joie qui n’en dépendait point, la joie de sentir obscurément qu'elle se complétait ; ce qui est proprement la joie en elle-même, par définition.

Il se glissait alors en Suzanne un dédain souriant et malicieux de la jeune fille qu’elle était hier ; car elle ne soupçonnait point combien, en un certain sens, cette jeune fille lui était supé- | rieure, quelle exquise et moderne créature c'était.

. Même, son intelligence, une fois la métamorphose M

accomplie, ne pouvait plus rien concevoir aux choses de son passé : ainsi, les êtres qui se transforment, et qui d’une période à l’autre de leur vie passent d’un milieu dans un autre, ne sauraient plus trouver dans celui où leur existence antécé-

frs

nte avait rencontré son équilibre, aucune des

| son impression première d’être enfin retombée du chimérique dans le réel.

de reporter sur wn autre toutes ces pensées qui se rapportaient à elle-même trop exclusivement : elle avait déjà, ainsi que toutes les femmes, l'instinct de l’appareillement et du partage, mêtne lorsqu'il s'agissait de pures idées. :

. Cet autre fut nécessairement son mari, qui devint dès lors le pôle uñique de toutes ses pensées ;

mais elle n’y prit même pas garde, car il lui resait quelque souvenance du travail imaginatif qui naguère avait transfiguré à ses yeux Marcel Dehaynin en‘#archétype de l’amour, et elle crut que ce travail venait tout simplement de reprendre. Quelle erreur! Naguère, discernant par des analyses quelquefois viriles tous les éléments divers de cette véritable maladie qui l’affectait, elle souffrait du moins moralement, et quelquefois intellectuellement, des contradictions où elle se débattait entre l’antipathie sincère et l'illusion

"aimer ; La encore, elle avait le tact de

nn faisait le fonds même de son qe elle n’avait plus de l’amour qu’une vision syncré tique et vague, où la sensualité se confondai avec le sentiment et les émotions mêmes avec le travail imaginatif ; et si Marcel reprenait son rôle ancien d’aimé indispensable, de seul aimé possible et d’archétype de l’amour, bien que l’imagina tion ou la raison seules en fussent comme autrefois les causes, le cœur ne pouvait plus demeurer hostile ni même désintéressé.

Mais la transformation que Suzanne VE à subir se trouvait trop avancée déjà pour qu’ un instinct de l’achever ne la tourmentât point. | L'acte physique à peine encore soupçonné 14 préoccupa de nouveau, cette fois avec le désir inavoué que Marcel ne le différât plus. La peur se réveilla bien un peu, mais elle ne détermina qu’une résolution courageuse d’en finir. Et puis, Suzanne était impatiente de devenir une femme tout à fait.

C’est elle qui rompit le silence ; et comme tout l’acquis artificiel de son éducation, qui apparte nait plus spécialement à la jeune fille, se trouvait éliminé par le fait de son initiation rudimentaire, - comme ses caractères de naturel et de sauvagerie s’exagéraient momentanément jusqu’à la suppression même de la pudeur qui en somme est toujours un sentiment conventionnel, ce fut avec une sorte de jolie obscénité mutine dans les mots

PO { pa : CHEN R AMOUR DE TÊTE

qu’elle osa demander à Marcel ce qu’elle ignorait encore. |

Depuis qu'il l'avait si délicieusement et si vai- .nement tenue entre ses bras, Marcel, ainsi qu’ellemême, était resté immobile à la renverse. Une Seconde fois le cerveau profitait des énergies accumulées par le désir, et demeurées inutiles, et qu'il était urgent de dépenser. Mais au lieu de les employer comme précédemment à la production des idées grandioses, sans doute influencé par DAppieute excessive de l'état nerveux général, c’est à des subtilités et à des raffinements, cest à des créations d’infiniment petits qu'il utilisait sa puissance d'emprunt. & … Cette ambiguité même de l'énervement, Marcel voulait se hâter d'en jouir afin de n’en pas souf-' “frir. De parti pris il s’en détaillait les délices, affirmant que ces agaceries étaient savoureuses Comme jadis celles du dilettantisme amoureux sans amour, de la religion amoureuse sans foi. Il rappelait ainsi l'amour de tête, qui faisait sa première apparition en cette nuit de noces, et qui ne pouvait plus d’ailleurs être évité après tous les efforts que Marcel avait dû faire pour rester de sang-froid : car la fatalité voulait que le sangfroid fût presque un devoir, à l'heure même‘où Marcel semblait près de le perdre enfin!

Les questions de Suzanne en cette occurrence eurent un effet désastreux : elles choquèrent Marcel horriblement, et lui suggérèrent de nou- | veaux dédains. Il regretta toutes ses délicatesses,

no nouveau contre D privilège “h te que l’on prétend réserver aux femmes, et il fit, à cet égard, entre Suzanne et lui-même, une compa- … Taison qui fut avantageuse pour lui. Un peu récon- fe cilié avec elle par la satisfaction de vanité qu ps en tira, il se trouva de meilleure humeur pour savourer le vicieux plaisir de faire l'éducation ÿ théorique d’une vierge. Cette perversité n’inquiéta point sa conscience aujourd’hui si ombra- . geuse, grâce à des idées plus nobles de paternité éducatrice qui la travestirent à propos. ce

Cette antinomie d'i impressions détermina un retour plus décisif du pétrarquisme et du rena- ne nisme amoureux ; et Marcel en subit les influences continues, tandis qu’il faisait enfin à Suzanne des révélations, avec une finesse et un esprit qui lui. procuraient à lui-même des jouissances littéraires.

Elle s'était dès les premiers mots réfugiée entre ses bras. Et ils demeuraient ainsi, perpétuant la délicieuse exaspération de ces caresses À la fois trop hardies et trop chastes. Et Mers ep longtemps ne parlait plus, quand il crut pe s’apercevoir que Suzanne était accablée de sommeil, et qu’elle se forçait à ne pas dormir, parce | qu'elle s’imaginait naïvement que cela ne se’ + devait point. La pendule sonna trois heures. | Marcel dit : « Dormez. » Les yeux de Suzanne se … fermérent, et presque aussitôt elle dormit, comme e

PR Lette dernière série de fines impressions rendait toute sa lucidité : et après avoir ordonné

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