CHAPITRE II
Dès le lever, la conscience de Marcel devint
tatillonne et malveillante. Tout le détail de cette.
première matinée ressuscita l'impression de n'être
pas chez soi, qui, cette nuit du moins, avait emprunté au décor et aux circonstances le caractère.
d’une tristesse presque grandiose, et qui, ce matin, s’'émiettait pour ainsi dire en vulgaires taquineries.
Des contrariétés insignifiantes usurpèrent, à la suite d’associations d'idées ou d’interpréta-
tions symboliques, la gravité d'événements calamiteux ou de menaces pour l'avenir : c’est ainsi que la mesquine gêne de ne point posséder en propre un cabinet de toilette séparé où il püt tirer les verrous, fut pour Marcel la plus saisissante preuve de sa condamnation irrévocable au supplice de la vie sans recueillement, sans réserve et sans solitude.
Il revêtit un costume d'intérieur qu'il s'était commandé exprès, et attendant Suzanne, il erra, irrité du neuf de ce costume. Quand à son tour elle fut prête, ils s’établirent dans le boudoir.
S1 tard qu'ils se fussent levés, une heure au moins .
leur restait à perdre avant le déjeuner. Marcel
prendre l'air, mais il ne pouvait
ne distance l’un de l’autre, comme si, ayant présent les nuits pour aimer, ils n’osaient plus > toucher une fois le jour. La ressource des
t l’interminable perspective s'ouvrit à son imaination, d’une période de vie qui serait sa vie éntière, énervante désormais et lente à vivre. Il eut, en sa muette détresse, l’accès de folie qui uggère la pensée du divorce au lendemain du riage, comme celle de la désertion au lendeain de l’engagement volontaire.
Qu'était donc la nuit de noces, que depuis des maines, des mois, Marcel imaginait dans un uchemar, auprès de ce lendemain qui résume avenir, et quil avait omis d'appréhender? La uit de noces, ce n'est que l'épreuve du lit : la urnée du lendemain, c’est l'épreuve de la vie ommune. On se tire de la première avec des ens, tandis qu’il est besoin pour l’autre d'amour éel et d'intimité vraie. | ni Ces désolantes pensées se combinaient avec ie e fatigue de lendemain de bal, avec le pessi- | sme sans restrictions qui suit un souper, une
draud plutôt qu'au service usité chez les k haynin.
phroune eut la fantaisie de prendre le café : at
l’un contre l’autre. Ensuite ils se décidèrent à. remonter dans le boudoir, et lui pensa : « Nous voilà enfermés ici pour jusqu’à ce soir. » chi: Le sommeil l’envahissait. I] était tombé sans. forces dans son due et Suzanne avait TRPrIS
l’autre ne se décidait à parler n1 jh S 'étonner c silence, Ils étaient tellement las qu’ils ne vou
les ots.. 1 ne due ete point d’ailleurs an :
ecouer cette veulerie, qui, ainsi que tous les ts vagues, était ne et ne manquait point
d D Ja veille. Et de plus en plus cette journée ressemblait aux lendemains de bal, qui sont moroses, et toutefois égayés de la gaieté latente d'un reflet des lumières et d’un écho des musiques. Le ciel fut gris, encore plus gris. Et Marcel ne regretta plus l'extérieur et le grand air; mais eusement heureux de se sentir à l'abri, il eut Vimpression de tiède retraite, 1l oublia celle de prison ou de cloître. Les autres sensations d’internat furent également supprimées ou attéées, parce qu’en son indifférence et en son isiveté absolue, il ne faisait plus attention aux objets qui les lui eussent rappelées. Toute sa sé sensibilité était isolée des objets comme durant e sommeil, comme cette nuit quand il avait se dormi peut-être. Le ciel fut gris, encore plus | ne gris. Et Marcel très endormi, très puéril, Marcel abandonné de sa haute raison, se figura sérieunent qu'une providence paternelle tirait, à te heure de plein midi, sur le couple lassé par mour, le rideau d’un crépuscule exceptionnel et raculeux. | Derrière les épais stores, Marcel et Suzanne étaient pareils à deux ombres. Il la vit qui se levait. Elle quittait son fauteuil pour aller se
grande fatigue il avait de ainsi dan:
pres Et il lui semblait déjà que ce serait
était très vivante dans le Tir avec dE fré- is