‹ Amour de têteChapitre 35 sur 41 · FAN · texte numérisé non relu

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leurs de fruit. | Dee sans bruit, 1l disparut. IL :

u S échapper de l'étude, et qui alors, tout ét ; uite, est allé se cacher dans le parc : car, avant lentrer ici, la sévérité de ces grands arbres

épouvantait, mais depuis qu'il y est enfermé, rest eux les seuls camarades, les seuls confidents t les seuls consolateurs.

Marcel cependant ne pouvait prendre un pas de poneece Il marchait comme un fou. Il Lie ’entêtait à s’examiner la conscience et il ny parvenait point. Toute sa cervelle bouillonnait. Tout à coup, il s'arrêta court : Suzanne l’ap- Fu pelait, d’une voix altérée. Elle avait ouvert la fr Ponêtre, et elle était certainement elle-même in- à nsciente du ton autoritaire et de la détresse 1 de son appel. Elle souriait, maintenant qu’elle -apercevait son mari. Il ne pouvait plus sortir de : son ombre sans qu’elle sentît tout lui manquer. | répondit simplement : « Je viens.

Il s’excusa en entrant : 1l avait L. tête lourde. Ile se plaignit de même. Ce furent quelques ots. Elle quitta la chaise longue .et se rassit \ ts ins un fauteuil, lui dans l’autre, vis-à-vis. Et ju interminable épreuve recommença.

Ce n’était plus à présent la sensation de l’inernat, mais celle du collage. Marcel se révolta contre cette malséante sensation, de tout son respect pour le mariage et pour sa femme. Mais t état d'âme ne dura point. Au contraire, arcel se ranimait, du sang frais et subtil affluait son cerveau. Toutes les idées basses et bour-

n’était pas le collage, car 1l eût secoué sans de une telle servitude et ne se fût jugé tenu qu'à correction : au lieu que ce cri d’inconsciente dé tresse lui criait son devoir d’aimer. k Si Marcel s'était alors trouvé en pleine posse sion de ses moyens intellectuels, il se fût expliqu bien froidement à lui-même l'impossibilité d’aime par devoir; mais comme un‘peu de vague lu restait, une confusion ayant des aspects de syn thèse put s'établir dans son esprit entre l'id morale et celle du sentiment. Ce jugement, que Marcel ne soumit à aucune critique, lui donna uné certaine impression de grandeur, car il lui parut que son âme s’élargissait pour le contenir. P contre-coup, Marcel fut aussitôt et totalemen ME il se SeRTRIE en outre très résolu, sans.

d’ailleurs savoir à quoi. vi:

Alors des heures vides passèrent encore. M Marcel acceptait maintenant, sans ennui et san remords 1 ARAEPIRE, certe AOIOR me

Marcel s’opposa, par une sorte de surdité volonire, aux sensations d'internat que le repas faillit

mait presque. Ensuite ils furent aux bras l’un e l’autre comme hier soir. Leurs sens eurent sursaut d’ardeur. Et aussitôt après ils s’enormirent, d'un sommeil réparateur pour le corps comme pour le cerveau, car ce fut l’anéantisseent complet, sans rêves.

… Souvent, après ces sommeils absolus, les premMières impressions du réveil font rigoureusement suite aux dernières de la veille, comme si la série n'avait été que suspendue. C’est ainsi ‘que Marcel Dehaynin s’éveilla sur cette même impression fortifiante de résolution et de moraté. Il se demanda confusément ce qui avait bien pu lui arriver d’heureux hier soir. Après un effort il se rappela, et même en précisant plus qu’hier, e ferme propos d'aimer sa femme. Cette découverte, au lieu de le désappointer, ne fit que le réconforter davantage, et il éprouva la noble joie qu'éprouvent les êtres de noble race, à sentir qu'ils s'élèvent en moralité.

20 0 dl AMOUR DE ITEID d AN

affections naturelles et obligées. Il affirmait toujours que l'opinion de ceux-là ne repose sur aucun fond solide et provient de leur ignorance uni-

quement. Mais peut-être que la sienne, trop dia-

métralement opposée, provenait d’une intransi-

geance excessive; peut-être qu’au fond de cette opinion d’ignorants, il y avait un instinct mal démêlé de vérité, que lui avait eu le tort de né- "0

gliger dans son enquête.

Son enquête, il venait, pour son malheur, de la pousser au plus loin, en passant par toutes les

phases de l’amour de tête. Il y avait vu les émo-" tions de l’amour imitées par des hallucinations,

où certainement la volonté jouait un rôle. À

défaut d’une action directe de la volonté sur le cœur, laquelle ne saurait peut-être déterminer

que des émotions hallucinatoires, un connaisseur à ‘âmes tel que Marcel ne pouvait-il discrètement

user de subterfuges volontaires pour ménager autour de lui toutes les circonstances favorables : à la naissance d’un sentiment, pour susciter au besoin les stimulants connus de l'émotion qu’il souhaitait ? |

Une idée semblable ne devait venir qu’à un

homme d’une ignorance entière ou d’une intellectualité transcendante : et Marcel en concevait un

orgueil immense, car il savait bien que la pre-

mière de ces deux hypothèses ne pouvait s’ap- M

pliquer à lui. Il n'avait d’ailleurs qu’à demi 4 confiance dans l'efficacité des tentatives qu’il méditait, et il revenait ainsi au sceptique dilettan-

“ee cet amour de tête entrait dans une nouvelle : dernière . celle des résultats, et ue

mesure de l’opérer, Marcel, gonflé encore de s d’orgueil, se considéra lui-même comme le e de la génération véritablement moderne. Et cette occasion il se la définit : à la fois très tellectuelle, à cause du, progrès des sciences, et très morale parce que ses facultés esthétiques sont puissantes et que la morale n’est qu'une sthétique des actions; très sceptique, très ironique, très dilettante, parce qu’elle à une longue ligne d’ancêtres, et qu’elle est foncièrement vieille, riche d’acquêts héréditaires ; mais pleine de foi nthousiaste et d'espérance en l'avenir, parce qu’elle est aussi, grâce à une révolution complète

encement de l’humanité : très idéaliste et très | positive, non par un niais éclectisme, mais par ‘une souveraine intelligence des contraires.

Pour satisfaire à cette dernière condition de on

DA éd comparable à que Marcel consumait toute son énergie nerv u dans l'anxieuse attente d’une crispation,

able HARMONIE tete

Le lendemain, pour réfléchir à l’aise, et. Le

chaine nuit. 1 Enfin il rentra : il était resté dehors une der #e

lans Ja même nas où il l'avait laissée, et bsolument oisive, comme si elle s'était arrêtée e vivre à partir de la minute où son mari la ittait : « Elle m'aime donc? » se dit-il. Cela lui fit aucun plaisir, car le plaisir est d'aimer, a passion qu'on inspire n'importe guère. Marcel, 1 souhaitait vainement d'aimer, ne pouvait envier Suzanne d’être plus heureuse que lui.

eut pleinement conscience de cette envie extradinaire, et il s’en désespéra. Il cacha son visage ns la poitrine de Suzanne. Mais alors le désir du sexe cria si haut que toutes les autres voix rent étouflées.

Les Tres nobles de son âme, qui s’occuient à vouloir aimer, gardaient de cet éréthisme minateur une rancune contre Suzanne. Alors, e soir, le lendemain, les jours qui suivirent, ous les menus faits de nature à froisser et à riter, froissèrent et irritèrent Marcel. Aucune étille ne lui échappa. L’inopportunité d’un mot,

r, avec cette continuité d'action que seule permet la vie commune, la rancune ou l’antipathie ée le matin est une haine adulte le soir : la plus éxaspérée de toutes les haines, la haine intime, haine conjugale.

… Malheureusement ce travail de haine, bien qu’il fût en dernière analyse l'effet de causes identiques, n'était plus dirigé, ainsi que pendant la nuit de noces, par cette hostilité consciente et … voulue qui en avait fait un jeu purement idéolo-

un sourire, d’un geste, le mettait hors de lui.

M Rb Ti A A AMOUR DE TÊTE

gique, dénué de toute efficacité sentimentale. A 54 présent toute la volonté était employée à vouloir .

l'amour, et si la haine s’insinuait dans le cœur

de Marcel, c'était hélas! malgré lui et spontané-

ment. Il constatait avec épouvante ce résultat :

dérisoire de ses louables efforts.

Mais d’autre part sa conscience, trop exclusi-

vement attentive à guetter les problématiques effets de l’amour volontaire, ne s’apercevait pas qu’en dépit de l’antipathie grandissante, chaque jour quelques économies étaient déposées à cette . fameuse caisse d'épargne de l’amour futur. Les efforts de Marcel pour aimer de parti pris res-

taient vains : mais son cœur allait à l'amour

par une autre voie. La vie commune produisait

à DE

normalement ses effet doubles et opposés, fomen-

tant la haine, mais préparant tous les éléments w

de l'amour qui ne sont pas la pure émotion, et

ménageant même des commodités d'émotion.

Jusque dans cette obsession du sexe qui fai-

sait de Suzanne un besoin pour Marcel, il y avait

un germe d'amour. Malgré les comparaisons pessimistes de Marcel, le servage réciproque où la

fatalité de cet appétit les réduisait tous les deux … n’était pas un collage d’homme à fille : car la

sexualité même entre eux ne pouvait jamais être

absolument brute. Suzanne jouissait à cet égard

d’un privilège que toute femme mariée possède

également. Elle avait inspiré dès le premier soir |

à Marcel qui ne s’en doutait guère, le désir chaque jour renouvelé de la virginité dans l’amour. Voilà

“à tout ja : une femme est toujours vire

riellement, F6 se don à lui hors mariage, perdrait par cet acte même le caractère moral ‘et le bénéfice de sa virginité. Cette anomalie ne 1ent Det qu’au préjugé social : mais le œur n’y regarde pas de si près.

Ainsi l’action même sensuelle qu’une femme erce Sur son mari à un contre-coup au cereau, où tantôt elle flatte les instincts esthétiques tantôt les instincts de moralité. IL n’est pas

e s'idéalise en impression de puissance calme réglée, de primitive nature et de matérialité astique. Comme tous ces plaisirs plus raffinés viennent un impérieux besoin pour qui les a oûtés une fois, l'appétit même du sexe ne sauait plus se rassasier désormais sans cet assaionnement de cérébralité, et la femme qui seule est à même de le promettre devient indispensable + seule possible.

Mais outre ces avantages communs à toutes s. femmes qui ne connaissent qu’un seul homme, uzanne avait révélé d’abord de séduisantes oriin alités, un art exquis de se donner en artiste. sul est vrai qu'à cet âge, et avec cette qualité d’être

| vierge, tout ce que tente une femme tourne à

Du. ce i. est seule capable d’y satisfaire

usqu'à la conscience d’une régularité saine qui

habiletés, nie ons du Dee sa réserve € un indice de sa dre ses hardiesses ons

de Mattel ce juge mal prévenu, se fondait de plus effectives qualités : avec cette physiono

sérail dont il Air trouvé les portraits impréc is en des livres. Toujours diverse dans les nuits successives, par une fantaisie de la coiffure, p le jeu d’une lueur, par rien, Suzanne mettait dans le lit de Marcel toutes les époques et tous les pay C’est par là qu’elle le tenait, et il avait to d’en rougir, car une telle domination ne s’exer point sur les âmes vulgaires : mais Marcel e interprétait à faux la genèse, et ne voulait vo des marques de sa distinction que dans son ch mérique projet d'aimer par devoir et à force d'efforts délibérés. | Sa persévérance toutefois finit par se laser Un jour il eut une velléité de révolte contre les a qu'il s “était HERÈRE créées gré

Tares once extérieurs, et que du reste elle bein tout maintenant par à peu près, elle supposa q: e c'était cela le remue-ménage, nouveau pour elle, de la passion. Mais cette revendication de berté, ce libertinage de son mari, se manifesta oudainement par quelque chose de si frondeur, e si impie dans les allures, dans le geste et dans \ voix, qu'elle eut cette fois l'intuition immélate du danger.

Elle ne réfléchit pas, elle ne raisonna pas : le sentit seulement que le terrain manquait ous elle. Elle eut cette impression d’absolu abandon, d’universelle faillite qui avait déterminé utrefois ses fiançailles, et depuis, à la veille du lariage, son aveu à Marcel du mal étrange qui |, minait. Son regard seul trahit ses indéfinis- Sables inquiétudes : ses pupilles se dilatèrent, ses yeux s'ouvrirent plus grands et se fixèrent = ses yeux si mobiles — dans une stupeur dououreuse.

Alors s ’indiqua pour h première fois la secrète uissance que Suzanne avait acquise déjà sur larcel. Rien qu'avec ce regard, et sans qu'il se dvrât plus qu’elle-même à des réflexions et à des ugements, elle lui bouleversa le cœur d’une immense pitié. C'était dans le silence lourd qui suivait le déjeuner de midi. Tous les deux venaient e s'asseoir en face l’un de l’autre aux deux coins de la cheminée. Marcel Dehaynin crut qu'il

subissait une hallucination amoureuse : et même était-ce bien une hallucination? Il se leva, trè agité... Mais l'heure d'aimer n'avait pas sonné encore. Et cet accès de pitié dans sa présente crise de libertinage moral n'eut pas plus d'effet qu’un. retour offensif de la foi dans une crise d’incrédu- … lité : il ne provoqua qu’un mouvement plus décidé cn de révolte. su Maintenant, Marcel sdmettait comme légitime et fondée cette haine conjugale, qui d’abord. l'avait effaré. Même il en estimait le procès fort. curieux, il en étudiait les détails, il cherchait à en déterminer les lois. Il se faisait une joié perverse d’en observer les progrès heure par heure. I1 sut reconnaître que les effets en devaient être attribués exclusivement aux sensations d’inter- À nat ; et il définit très bien l’odieux essentiel de l'internat, en établissant que le plus cruel pour | les cœurs délicats et tendres, ce n’est pas la privation d'air, de liberté, ni même de recueille ment, mais la nécessité d’être intime avec des . indifférents et des AnupatDique à qui on en veut. va de cette intimité qu'ils volent à d’autres. | Tels étaient donc les éléments de sa haine, qu’ n’essayait même plus de se dissimuler. Maïs, dè qu'il les eut aïnsi dégagés, comme il arrive trè souvent aux faiseurs de théories, au lieu de s’abandonner au hasard et au caprice de son cœur, . il se mit à déduire de ses théories, à chaque mi-. nute du jour, les sentiments qu'il croyait devoir à : éprouver. Il en forçait dès lors la valeur quand

Marcel n'avait pas poussé assez loin son anade l’internat. Il oubliait que, dans la logique péciale du sentiment, les rapports de cause à ffet ne répondant à aucune réalité objective et dépendant que des rencontres de l’imaginaon, peuvent toujours être intervertis : par smple l'intimité, qui est l’un des souhaits de ection, s’allie indissolublement à la représenon d’une amitié, et, si elle en est d'habitude

js un cas même aussi particulier que celui de farcel, où l'intimité engendrait d’abord une

1 sentiment affectueux.

résultat, elle peut au besoin en devenir la cause. jpathie, elle engendrait néanmoins ce même

Même les anciens martyrs de l’internat ren-

rissent d'autant plus qu'ils dsetehs nn passionnément les autres; or le mariage, C est i . dortoir à deux. On n'a véritablement pa

la seule dont l'intimité puisse consoler. Et c'est ainsi que Marcel, invinciblement et peu à pe BEBE attiré vers Suzanne ee Fa po cor

Marcel et Suzanne, qui étaient censés en voyagt : n'avaient reçu personne et étaient à peine sort de chez eux. N'ayant he que de 7 La

br Es

1 4 même dès le premier soir, non par un te de libre arbitre, mais parce que cela était

ut les sensations d’internat que de violentes disractions lui avaient épargnées au début. Elle entit la mélancolie de la transplantation et de Outes les habitudes brisées. Elle souffrit la même

juva rivée à lui dans la souffrance commune dans la rancune mutuelle.

Ces deux victimes tristes et tendres s’appareilaient donc enfin par leurs douleurs comme par eurs aspirations, mais elles ne se pénétraient s, elles ne se devinaient pas encore. Et elles lient leur chemin côte à côte.

uffrance que son compagnon de cellule. Elle se

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