SCÈNE V
Les Mêmes, DUVIVIER, entrant par la droite.
du vivier, avec bonté.
Ah l yous étiez ensemble?
PAULINE
Monsieur...
DUVIVJER.
Vous paraissez bien émue, mon enfant. Allons, remettez-vous ; ne tremblez pas ainsi ; vous êtes une bonne et honnête fille ; vous vous élcsacquis des droits à mon estime, à mon amitié, à ma reconnaissance.
PAULINE
Oh! vous ne me devez rien; ce que j’ai fait, c’est mon cœur qui me l'a dicté; c’est ma tendresse pour Er... pour votre fils...
DU VIVIER
Je ne vous dois rien, dites-vous ? F.sl-ce bien là voire pensée... Ainsi, mon fils occuperait une position brillante, et vous resteriez, vous, une petite ouvrière bien pauvre et sans ressource; non, mon enfant. Je ne suis ni injuste ni ingrat, et j’ai voulu, en fixant l’avenir- de mon fils, fixer aussi le vôtre. Bientôt Ernest sera riche, et je ne veux pas que vous connaissiez le besoin.
PAULINE
Que dit-il ?...
ERNEST
Comment!
DUVtviER, allant au secrétaire, et y prenant un papier plié ’.
Ce matin, j’ai songé à votre bonheur à tous deux ; et en même temps que j’ai assuré sa fortune, j’ai voulu assurer votre sort. Prcuez ce papier, c’est un contrat de rentes.
ERNEST
Grand Dieu !
Pauline, passant rapidement d gaifche **.
De l’argent! de l’argent!
DU VIVIER
Vous pouvez l'accepter sans crainte, car c’est à vous que mon lits devra le brillant mariage qu’il va bientôt contracter.
PAULINE
Que dites-vous? Un mariage?
ERNEST
Un mariage!
DuviviER, jetant un regard sur Pauline , puis sur Ernest.
Avez-vous pu penser...
Pauline, à part.
Un mariage! {Haut.\ Monsieur, me voilà prête à quitter votre fils, a me séparer de lui pour toujours; ma tâche est accomplie, et je vais m’éloigner. Mais gardez, gardez cet argent; la seule récompense que je rêvais, celle que je demandais à Dieu dans mes prières, c’était un peu d’affection de votre part et un peu de tendresse de la
* Duvivier, Pauline, Ernest.
" Pauline, Duvivier, Ernest.
sienne. Fille d'un pauvre soldat, j'ai porté trop haut mon ambition, et vous me l’avez fait cruellement sentir; mais si vous avez le droit de me repousser aujourd'hui, de me fermer votre cœur, j'ai le droit aussi, moi, de refuser vos bienfaits; j’ai le droit de rejeter cet argent que je n’ai pas gagné; non, monsieur, je ne l’ai pas gagné, car je rougirais de le recevoir.
DCVIYIER.
Am : Vaudeville de Taconnel.
Que faites-vous ?
PAU LISE
Ah ! reprenez ce don,
Par un refus dusse-je >ous déplaire.
Je me résigne & mon triste abandon.
Ne me condamnez pas à ce cruel salaire.
A votre fils, dans l’espoir seulement De cet amour que j’en devais attendre,
J’ai pu donner mes jours, mon dévouement.
Jamais, monsieur, je n'ai voulu les vendre.
Jamais, jamais, je u’ai voulu les vendre !
Adieu, monsieur Ernest ; souvenez-vous quelquefois de Pauline.
ernbst, la retenant.
Pauline ! au nom du ciel !
DU VI VI ER, bas.
Pauvre ( lUant ! je ne croyais pas à tant d'amour, à tant de délicatesse.
Air de la Lucia.
Je compatis à vos malheurs.
Mon enfant, du courage.
Et le temps séchera vos pleurs.
Tout s'efface à votre âge.
A Ernest.
Pour calmer sa raison, mon fils,
Auprès d'elle demeure ;
Mais $onge aussi que nos amis Vont venir dans une heure.
ENSEMBLE
Je compatis à vos malheurs, etc., etc.
ERNEST et PAULINE.
Non, rien n'égale mes douleurs ;
Ce cruel mariage,
Malgré moi, fait couler mes pleurs...
Qu’il me faut de courage 1
Duvivier sort par la droite.
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