ERNEST, PAULINE
Pauline, fondant en larme i, en passant à droite. Ah! mon Dieu ! mon Dieu 1 ERNEST.
Pauline! au nom du ciel! calme- toi.
Mai* qu'avait-il besoin de m’abuser; pourquoi m a-t-il bercée d’une vaine espérance; pourquoi m a-t-il écrit... je n’en aurais pas moins été pour vous un guide, une amie, et je ne serais pas aujourd’hui si cruellement détrompée.
ERNEST
Pauline! chère Pauline! je t’en conjure! Écoutemoi, le mariage qui t’afflige ne sc fera pas.
PAULINE
11 ne se fera p $s. dites-vous? Et la volonté de votre père, à laquelle il faudra bien vous soumettre. Oh! je crois que vous m’aimez, Ernest, je vous aime tant, moi, que vous ne pouvez, comme lui, me repousser avec indifférence; mais plus tard, quand on vous défendra de me voir, quand on vous présentera une fiancée belle et riche, vous donnerez peut-être un dernier souvenir, un dernier regret à la pauvre ouvrjère qui D’aura plus qu’à mourir.
ERNEST
Mourir! toi!...
PAULINE
i Et que voulez-vous que je devienne, Ernest, quand je vous aurai perdu; je serai sans appui, sans soutien dans ce monde? il ne me restait que mon père, pauvre soldat mutilé par la mitraille: L'n jour, brisé de douleur, prêt à s'éteindre, il me donna une lettre pour un vieux prêtre qu’il : avait défendu, sauvé dans la révolution. « C’est pour lui, me dit-il, que j'ai reçu l’affreuse blessure qui a détruit ma carrière; va le trouver, mon enfant; dis-lui que tu n'as plus de père, et il t’en servira. » Le lendemain, tout était fini; et lorsque arrivée à Chàlons je cherchais ce bon prêtre, on me dit qu'un héritage, une fortune lui étaient venus, et qu’il,avait quitté le pays. Dieu m’abandonnait de nouveau; j'étais orpheline pour la seconde fois... Enfin j’arrivai à Paris, où je vous ai vu, Ernest; où je vous ai aimé comme j’aurais aimé mon père, ma mère, toute une famille dont vous me tenez lieu... Et quand on nous sépare pour toujours, vous ne comprenez pas que la douleur brise mon ûmc; vous ne comprenez pas que je n'ai plus qu’à mourir. '
ERNEST
Pauline!...
Air du Soleil de ma Bretagne.
Un jour, crois-moi, nos maux pourront finir.
Ne perdons pas à jamais l’espérance...
Toi, me quitter, eu proie à la souffrance !
Sans mon appui que vas-tu devenir ?
PAULINE
A la bonté divine Se confiera Pauline.
Mais si le ciel, hélas I Ne me secourait pas.
Ah ! pour jamais, abandonnant Paris,
J’irai mourir sous mon toit solitaire,
Et demander dans ma douleur amère,
A côté de mon père,
Une tombe au pays.
Fausse sortie.
MAGASIN THÉÂTRAL
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