ALPHONSE DE LAMARTINE
Ainsi, maljrré nos jours de force et de lumière. Cette reine des temps, la Poésie altière, Vient de subir encor leur profanation, Alphonse, et le dédain s'étend jusqu'à toi-même; Tu n'iras pas t't-îsseoir à ce banquet suprême Des élus de la nation.
Triomphe étrange! en vain quand la lutte s'engage, Tu donnais ton génie et ta gloire pour gage, Ils lancent l'anathème à des titres si beaux : Qu'importe ?... à leur tribune où ta gloire est absente. Si tu ne montes pas, ta voix libre et puissante En aura-t-elle moins d'échos?
Ah! ta tribune, à toi, c'est la grande montagne Où, quand tu vas rêver, l'aigle seul t'accompagne; C'est l'Apennin désert, l'Océan solennel; C'est le vieux lac bleuâtre où tu guidais El vire, Où tu chantais debout sur ton frêle navire. Et face à face avec le ciel.
Le ciel!... ta vie est là, chaque voix t'y réclame; il n'est qu'une demeure au niveau de ton âme. Oh! n'abandonne pas ces belles régions, IN'en descends pas : veux-tu sur un globe de fange Offrir à tous les yeux le spectacle de l'ange Découronné de ses rayons ?
AMoi R f:t foi. \V.)
Non; — mais, i'ort de ta|jloire et pur de toute eraiiilr. Tu venais, appuyé sur la liberté sainte, Contenir en son nom le flot dévastateur: C'est que, ju[»eant de liant la tempête où nous sommes, Tu voulais tôt ou tard courber tous ces fronts d'hommes Devant la croix du Rédempteur.
Ils ne l'ont pas compris! eh bien! au flot qui gronde Tu n'auras pas du moins mêlé ta voix profonde. Tu restes dans l'espace où ton génie est roi : Relève donc ton âme et prends la lyre, ô maître! Le siècle où nous vivons t'échappera peut-être. Mais l'avenir est plein de toi.
C'est en vain qu'aspirant à sa sphère inconnue. Le poète, debout, touche du front la nue; Qu'est-ce pour le vulgaire insensible témoin? La taille du géant trompe ses yeux timides. Le poëte est semblable aux vieilles Pyramides Qu'on ne mesure que de loin.
Aussi, Tas de combattre un torrent qui l'entraîne, L'Homère des martyrs vient de quitter l'arène: Il part, il cherche ailleurs la terre du sommeil : i
Comme le grand vautour blanchi par les années Oui change, pour finir ses hautes destinées. Et de montagne et de soleil.
• Juillet, 1831.
vous N'AVIEZ PAS AIME.
vous N'AVTEZ PAS ATMÉ...
Vous n'aviez pas aimé : — ce transport ingénu, Cette extase de cœur, gracieuse merveille, Ce frais enivrement d'une àme qui s'éveille, Vous l'ignoriez encor quand vous m'avez connu; Vous n'aviez pas aimé: — votre existence heureuse S'en allait comme un flot sous les gazons qu'il creuse Conune un flot transparent qui, dans son lit obscur. Se dérobe avec crainte aux baisers d'un joui* pur:
Vous n'aviez pas aimé: — jamais la rêverie
N'étendait près de vous son voile de féerie;
Jamais le souvenir plus séduisant encor
N'offrait à vos regards ses illusions d'or,
Et comme un ciel lointain n'entr'ouvrait le mystère
De ces ravissemens qui font aimer la terre.
Vous marchiez sans songer qu'il fût des jours meilleurs,
Vous ignoriez encor le délice des pleurs,
Vous ne compreniez pas que le ciel nous envoie
Des tristesses sans nom plus douces que la joie :
Votre àme en ses instincts n'eût jamais deviné
Ce que l'ombie a de charme au bois abandonné,
Et ce qu'un ruisseau pur qui tombe goutte à goutte
Soupire quand le cœur d'une amante l'écoute.
Le retentissement, le souffle aérien
Des brises sur les fleurs ne vous apprenait rien.
Votre âme indifférente à leurs voix dispersées
N'y trouvait pas l'écho de ses jeunes pensées;
C'est en vain que la terre à chaque instant du jour
Murmurait d'elle-même une langue d'amour,
Une langue du cœur, ineffable délire.
Qu'on ne peut écouler sans pleurer et sourire;
AMOUR ET FOI. Vin
Vous ne l'entendiez pas ee langage embaumé Dont les cicux sont jaloux; vous n'aviez pas aimé. Et quand je vins plus tard, quand un air de souffrance Se peignit dans mes yeux qui vous priaient d'avance. Quand par un ciel d'automne, au plus profond des bois. Je fis parler mon âme à défaut de ma voix. Oh! c'est alors qu'heureuse, et fuyant tout le reste. Vous comprîtes l'amour dans sa hauteur céleste ; C'est alors que vos yeux parurent s'animer. Et c'est alors surtout que votre âme ravie. En apprenant l'amour, crut respirer la vie Pour la première fois; — car vivre, c'est aimer.