‹ Amour et foiChapitre 17 sur 55 · A M. MAXIMILIEN RAOUL · texte numérisé non relu

A M. MAXIMILIEN RAOUL

Homicide point ne seras.

Un vent s'est élevé ; c'est le vent des ruines : Il ébranle les tours jusque ckns leurs racines. Il sème la douleur et la destruction.

Dépouillant chaque roi de sa haute tutelle. Il le descend au char de son peuple et rallelle Sous le fouet de la nation.

Un vent s*est élevé; — plus prorapt que Tavalanche, Il tombe sur sa proie, et toute grandeur penche. Son souffle est tout-puissant sur les peuples virils; Il les pousse au combat, il frappe trône et temple, Et, pâle de terreur, l'homme qui les contemple Se dit à lui-même : Où vont-ils ?

Arrête : ce n'est pas ces royautés tremblantes Qu'il te faut secouer de tes mains violentes, Peuple!... Il en est une autre, — implacable fléau, Une seule te ronge... Oh! dans ces jours de crise. Peuple victorieux, que ton bras fort la brise... C'est la royauté du bourreau î

Oui , qu'elle tombe et rampe à jamais abattue La royauté de l'homme à qui la loi dit : « Tue. » Législateurs du siècle, hâtez-vous d'en finir; Foudroyez-la, frappez jusqu'aux racines mêmes, De peur qu'un sort fatal n'imprime à vos fronts blêmes Le sceau rouge de l'avenir;

AMOLH I:T foi. Hl

De peur que le remords ne soil votre supplice; De peur (pie, rejetant la pierre accusatrice, Les inànes fraternels ne se lèvent enfin, Kt qu'une voix d'en haut, venjjeresse et profonde. Ne vous condamne à fuir sur les routes du monde, Stifjmatisés comme Gain !

Eh ! pourriez-vous laisser ce farouche vampire Sucer le peuple au cœur jusqu'à ce qu'il expire ! O juges de la terre, est-ce là votre emploi?... Ne laverez-vous pas cette hache empourprée; L'hérédité du meurtre est-elle donc sacrée. Qu'on ne puisse en purger la loi ?

Seule est-elle de fer quand tout le reste change?... Faut-il que l'échafaud, par un contraste étrange, Se tienne seul debout sur un terrain glissant?... Uépondez-moi, faut-il qu'à vos chartes sans nombre Toujours et malgré tout la fatalité sombre Impose le cachet du sang?...

Le sang! rien ne l'absout le sang! rien ne l'efface: Le plus haut monument meurt sans laisser de trace; Le sang ne vieillit pas, lui seul est immortel. O vous qui dépouillez le scrupule et le doute, Avez-vous jamais su ce qu'en pèse une goutte Aux balances de l'Eternel?

Savez- vous la valeur d'une tête ravie ? Savez-vous seulement ce que c'est que la vie, Ce souffle merveilleux qu'un Dieu se réserva?... Quand votre arrêt tombait sur un être fragile Songiez-vous que ce corps dont vous rompiez l'argile Reçut l'âme de Jéliovah?...

Législateurs si fiers de terrasser le crime, Quel secret besoin d'âme ou quel instinct sublime A fait germer en vous cet orgueil qui surprend? Quand vos avides mains s'emparaient de la hache. Vous êtes-vous senti pour cette rude tâche Le bras plus fort, le cœur plus grand? ^

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Hélas! non; — mrrne ennui, nirniedoiilom* vous blesse ; Vous êtes comme uous; une éjjale faiblesse Arrête au moindre clioc votre pas lanj^uissant : Ce bras, ce IVèle bras que vous cliarjjez du ijlaive, Tremble comme le nôtre, et comme lui se lève Aux cieux d'où le pardon descend.

Et cependant c'est vous, vous, créatures vaines. Qui mutilez la chair, qui tarissez des veines. Qui chassez d'ici-bas un céleste flambeau; Vous, vassaux de la mort, vous, à qui Dieu ne donne Que cet air et ce jour qui ne manque à personne. Et la mesure d'un tombeau.

Ah! rayez de vos lois cette erreur insolente: Arrachez-vous enfin d'une ornière san|]jlante Que le siècle maudit dans sa virilité.

Il n'existe qu'un droit, c'est celui de clémence. Le droit qui frappe et tue, est trop haut, trop immense Pour votre Frêle humanité.

Législateurs, s'il faut qu'une autre voix réponde, L'histoire est là; l'histoire immuable et profonde Qui couvre l'avenir d'un reflet accablant. Interrogez de l'œil ses pages encor teintes... Oh! que de nobles cœurs, que de victimes saintes Ont gravi l'échelon sanglant !

Eh bien! quand vous saignez les flancs de la Patrie, Tout ce peuple des morts se redresse et vous crie : « Anathème à celui qui fait le bourreau roi ! «L'éternité l'attend, l'éternité le nomme; « Anathème à qui met la hache aux mains d'un homme , «Et l'assassinat dans la loi!» ' '

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