‹ Amour et foiChapitre 3 sur 55 · CREDO · texte numérisé non relu

CREDO

A M. DE LA MENINAIS. ^

Je crois. — Le siècle en vain, dans sa pénible route, Livre son vaisseau tVéle à l'océan du doute,

Et sillonne d'obscurs détroits; Je me lève, j'échappe au courant qui l'emporte. Et le regard aux cieux, d'une voix libre et forte.

Je le dirai tout liaut : Je crois.

Je crois à Jéhovah, je crois à l'Etre immense

Par qui tout se colore et par qui tout commence ,

Foyer de la création :

,1e crois à ce ^rand souffle, à cette âme inconnue Qui, comme un vaste éclair illuminant la nue,

Flottait sur l'abîme sans nom.

Je crois que le Dieu fort, le souverain des anges, Se pencha sur le monde échappé de ses langes

Comme un jeune aigle de son nid; Et, l'arrachant enfin de son ombre première. Dispensa d'un regard l'éternelle lumière

Aux étoiles de l'infini.

Je crois qu*aux reflets purs de cette grande aurore Qui chassait les vapeurs, on vit le sol éclore,

Et germer sous un ciel profond :

Je crois que l'Océan, ce roi de la tempête, Elancé du chaos, trouva sa couche prête,

Et s'y précipita d'un bond.

AMOl K ET FOI. 11

.le crois encor, je crois qu'après tous ces prodijjes. Merveilles sans mesure, étincelans ve8ti(jes

Qu'il semait aux cieux et dans l'air, Dieu suspendit son vol; Dieu, debout sur le monde. Anima de son âme une ar^jile inféconde.

Et que la fange devint chair.

C'était l'homme; il tomba. — Je crois cjue ses longs crimes. Ses blasphèmes ardens, ses vœux illégitimes

Montèrent jusqu'à l'Eternel :

Je crois que, déchaînant l'onde supérieure, L'Eternel livra l'homme et sa frêle demeure A tous les océans du ciel;

Qu'il fut absous quand l'onde eut dévoré ses proies; Que, replacé par Dieu dans de nouvelles voies.

Il retomba dans son erreur.

Et qu'après bien des jours l'humanité flottante. Mais pleine d'avenir, tourna des yeux d'attente

Vers l'Orient libérateur.

.le crois au Christ. — Je crois à l'immortelle flamme

Qui descendit des cieux dans le sein d'une femme.

Verbe fait chair, verbe divin :

Je crois que sous ses pas courbant la terre et l'onde. Il jeta tour à tour aux quatre coins du monde

Sa loi qui n'aura pas de fin.

Je crois que sa parole, à peine répandue, Comme un autre soleil éclaira l'étendue.

Et vainquit le dernier chaos; Je crois qu'il guérissait le mourant sur sa couche, L'aveugle sur la borne, et qu'un mot de sa bouche

Brisait la pierre des tombeaux.

Je crois que sa venue ébranla l'ancien temple. Qu'il montra, jeune ericor, des vertus sans exemple,

La paix de l'âme et la candeur; Qu'il fut plein de pitié pour ses brebis errantes, Et qu'il versa toujours sur les âmes souffrantes

Les plus doux parfums de son cœur.

Je crois qu'abandonné des siens, ciiarjjé de hlàme. Et cloué tout vivant sur un [jihct infâme,

Il abaissa son front meurtri; Qu'il expira sans plainte et sans autre murmure Que son soupir de mort : je crois que la nature

Trembla tout entière à ce cri.

Je crois que son cercueil, jfllr un mystère étrange. Les trois jours révolus était vide, et qu'un ange

S'y tenait seul pour adorer :

Car le sol destructeur, poussière où l'homme tombe. Ne garda point le Christ, seul hôte de la tombe

Que le ver n'ait pu dévorer.

Je crois que l'Homme-Dieu reviendra. - Sa parole Remûra les tombeaux comme une argile molle,

Les morts auront tous leurs réveils; Je crois qu'à ce grand jour qui dort au fond des âges

Le Christ apparaîtra le pied sur les nuages, Iji tête au milieu des soleils.

Je crois qu'au premier son de cette voix tonnante Qui rompra les linceuls, la foule frissonnante

Déroulera ses flots épais; Et qu'on verra se tordre et râler sur l'arène La mort, spectre hideux ^e la main souveraine

Aura terrassé pour jamais.

Je crois que, se dressant devant la foule blême. Un tribunal vengeur, un tribunal suprême

S'ouvrira dans les lieux prédits; Je crois à la fournaise inexorable, ardente. Telle que l'ont creusée Ezéchiel et Dante

Sous les pas des peuples maudits.

.le crois enfin, je crois que les âmes sans tache. Pareilles dans leur vol à l'oiseau qu'on détache

AMOl H Ki KOI. 15

Sous un soleil délicieux, Iront, loin de la terre, iront à la même heure Respirer cet air pur, celte aurore meilleure

Que Jéhovah fit pour les cieux;

Aurore sans nuée, extase indéfinie

Où le cœur palpitant s'abreuve d'harmonie

Et commence à se dilater; Aurore du Très-Haut, ineffable, soudaine. Aurore qui fait vivre, et qu'une lanjjue humaine

Est impuissante à refléter.

ss

O Christ! je crois toujours. — Le siècle à Taj^^onie M'entoure vainement de sa lueur ternie,

Qu'il proclame un soleil plus beau, .le crois toujours. — Viens donc au sein de la tempéle Viens affermir mon pas, jusqu'à ce qu'il s'arrête

Et trébuche au seuil du tombeau.

16 AMOUR Eï FOI.

Alors, si la terreur environne ma couche,

Si je crois voir clans l'ombre un sourire farouche

Et des étincelles de feu, Si l'archange infernal accourt à moi, s'incline Comme un vautour, et là, le pied sur ma poitrine,

Dispute mon cadavre à Dieu :

0 Christ! mon seul soutien, ô Christ! ma seule idole, Fais tomber jusqu'à moi cette auguste parole

Que le Sinaï répéta :

0 Christ! sauve mon âme incertaine, égarée; 0 Christ ! jette un rayon sur cette àme épurée

Par le soupir du Golgothaî

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