‹ Amour et foiChapitre 2 sur 55 · LA PREMIÈRE EDITION · texte numérisé non relu

LA PREMIÈRE EDITION

Mon dessein était de publier ce Recueil sans ré- Hexions préliminaires. L'intention qui Ta dicté est si peu douteuse , et revient si fréquemment dans le cours de l'ouvrage, qu'il me paraissait au moins inutile de la manifester une fois de plus. Des personnes d'une autorité grave en ont jugé autrement : elles ont pensé que je devais au lecteur quehpus lignes d'introduction à mon faible travail. J'obéis à un arrêt qui

jc respecte; mais l'explication sera courte. Au lieu de poursuivre des développemens qui sembleraient peutêtre hors de leur place , j'aime mieux renvoyer à l'ouvrage lui-même , si toutefois on a l'indulgence de le lire.

Le but de ce livre est complètement religieux : je dis complètement j car les pièces variées qu'il renferme se rattachent à cette unité religieuse. Elles sont là pour montrer l'écrivain sous ses différentes faces : mais l'écrivain est toujours lui-même, c'est-à-dire catholique avant tout; et c'est en cela que le genre de ce \olume diffère de la poésie religieuse telle que l'a créée en France un poëte illustre , doublement sacré par son rare génie et sa belle âme. Nous avons replié sur le livre du Dogme des ailes qui ne nous portaient pas jusqu'au séjour des harmonieuses Méditations. Ici la poésie est de la terre : elle se mêle au mouvement (jui entraîne la société ; elle se passionne , elle s'indigne des obstacles que la vérité rencontre. L'hymne «st moins fréquente , la défense plus habituelle. C'est une profession de foi rigoureuse et absolue qu'il me serait doux de voir répétée par les âmes dont la croyance ne s'est point altérée au contact de Tépoque : c'est le catholicisme enfin , le catholicisme , religion

des jours anciens, (|ui dominera les jours nouveaux. Le Clirist, toujours le Christ, voilà Tidée preniièiM- , ridée unique de Touvrage.

Je ne me dissimule pas ce qu une pareille publication offre d'inopportun dans les circonstances actuelles. Ce n'est pas quand la société se délabre comme un vieil édifice qui tombe, quand l'agonie intérieure se manifeste de tous les côtés par des crises violentes et de sourdes rumeurs ; ce n'est pas , dis-je, à travers ces orages de l'époque qu'une voix obscure peut espérer bienveillance et attention. Je le sais, et je m'en console d'avance : c'est qu'il se trouve au fond du cœur de Thomme un instinct plus puissant que de vaines considérations , plus fort que la fièvre mémo de la gloire, l'instinct de la vérité. Quelle que soit \n destinée de ce livre , il aura du moins témoigné de mon ardent amour pour Tantique foi de nos pères ; il aura développé ma conviction la plus sainte , la plus enracinée ; je veux dire le triomphe du catholicisme au milieu des ruines qui s'amoncellent. Quant à la sympathie de ces âmes dont je parlais tout à l'heure, j'avoue qu'elle a été le but constant, le vœu habituel de ma pensée : ce serait la récompense la plus précieuse de mes faibles efforts. Je l'ai révéc

-.*:êâ^ viij § quelquefois ; mais , comme toutes les choses de la terre , j'ai bien peur que mon espérance ne soit qu'un songe de plus à ajouter à tant d'autres songes.

Paris , juin 1833.

(NITUTION.

INniATION.

Courage, élance-toi par-delà ces rumeurs; Courage, ô Poésie! — Ils disaient que tu meurs

Dans un siècle de frénésie.

Toi, mourir!... Oh! ce choc plutôt t'aiguillonna Il te faut comme à Dieu les éclairs du Sina,

0 sainte et grande Poésie!

Viens donc puisque l'orage ébranle au loin les cieux Viens malgré tous ces bruits, car tu déploîras mieux

Ton aile harmonieuse et blanche; Car on aime ta voix mêlée au tourbillon, Comme on aime la foudre, et le cri que l'aiglon

Pousse au-dessus de l'avalanche.

Viens, et le seul éclair de ton char inspiré Dirigera mes pas sur la route, et j'irai,

0 Poésie, où tu m'entraînes :

Viens, car le luth sans toi ne peut rendre d'accord; Viens, car les bruits du siècle effarouchent encor

Mon coursier qui bondit sans rênes.

Il s'élance, il t'appelle. — Oh! viens hâter mon vol. Quand, soutenu des noms d'isaïe et de Paul,

J'ouvre le livre des présages; Quand je soulève un coin du terrible rideau Au siècle qui se perd, comme la goutte d'eau,

Dans l'urne immobile des âges.

Viens, oh! viens rn'affermir, quand je lutte d'effort. Plein d'ardeur, et poussé par un instinct si fort.

Que nul autre en moi n'y ressemble.

Oh ! ma bouche a besoin de répéter : « Je crois î » Et pour l'offrir à tous, quand je saisis la croix,

La main ni le cœur ne me tremble.

C'est que notre avenir jette un reflet brillant; C'est que je vois de loin le Christ étincelant

Percer la brume et la tempête; C'est qu'au milieu des jours son image me suit : Et la grande figure élève dans la nuit

Ses deux bras sanglans sur ma tète î

Et je chante, et malgré l'âpreté du combat, Malgré l'aquilon fier dont le souffle me bat,

Je marche au-devant de la crise. •

J'ai tant sondé l'écueil que je ne le crains plus ; Mon sort n'est pas douteux : je vais contre le flux ,

Et j'attends que le flux me brise.

Maisqu'importe, après tout, qu'onheurteetfouleauxpieds,

Comme un débris impur, mes ossemens broyés,

Si ma tombe n'est pas muette?...

Oh î qu'un nom de martyr est sonore et puissant ! Je voudrais ajouter la couronne de sang

A l'auréole du poëte.

Je voudrais, l'œil aux cieux et la croix sur le cœur. Porter ma tête haute à l'échafaud vainqueur

Qui n'a d'effroi que pour le lâche, Et que le nom du Christ consacrât mon linceul ; Je voudrais que ce fût mon dernier mot, le seul

Qu'interrompît le coup de hache!

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