‹ Amour et foiChapitre 36 sur 55 · UN AMI · texte numérisé non relu

UN AMI

Il était là, debout, i'œil tristement baissé; Quelques mots s'échappaient de son cœur oppressé, Et, comme pour mieux dire où débordait sa peine, Près de ce cœur souffrant sa main serrait la mienne Et moi, qu'un rêve amer a flétri pour lon[];-lemps. J'aurais voulu sourire au moins quelques inslans; .l'aurais voulu, pour lui, rapprendre le courajje : Cette anp^oisse de cœur esl si triste à son àj^e!..

Il est si jeune!... et puis, qui n'eût souffert à voir

Une âme de quinze ans abjurer tout espoir,

Se plaindre que la vie a de sombres journées,

Et pour languir d'effroi devancer les années?

Je contemplais ce front où pesait la douleur,

Et m'inclinant aussi je disais : « Pauvre fleur,

« Faut-il d'un vent de mort te voir sitôt battue !...'

« Eh quoi î peut-on céder si jeune au mal qui tue !

« Ah ! quels que soient tes pleurs, résiste encore, attends

« Que des soleils plus beaux redorent tes printemps.

»Je sais que dans ce monde, où l'ennui nous réclame,

«Les précoces douleurs agrandissent une âme;

« Mais qu'importe ?... Faut-il acheter par la mort

« Ces élans d'un cœur pur, sombres comme un remord ?

« C'est un fardeau bien lourd qu'une pensée austère;

« Mieux vaut traîner sa vie au niveau de la terre. »

Et je repris sa main, puis élevant la voix :

«Pourquoi livrer ton âme au trouble où je te vois,

« Enfant ? hier encor j'ai vu pleurer ta mère :

«Tu souffres, et tu dis que la vie est amère,

M Et dans ce monde immense où tout paraît si beau ,

«Toi, nouveau-né d'hier, tu n'as vu qu'un tombeau,

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« L'avenir!... qu'a-t-il donc ce mol qui répouvante?... «Ah! s'il faut pour ton âme indomptable et vivante « Un espace à tenter, des lieux k parcourir, « Re(jarde au ciel, c'est lui qui va te les offrir. •

«Dis-moi; n'as-tu jamais, dans ces astres de flamme, «Placé des jours futurs, tels qu'il en faut à l'âme? «Dans les profondes nuits, comme au pied de l'autel, « N'as-tu pas entrevu ce rayon immortel « Qui doit te ceindre un jour? et puis, le soir, quandl'ombre «Jette sur l'horizon ses prodiges sans nombre, «Ce grand ciel n'a-t-il pu, dans toute sa hauteur, « Répondre à l'infini qui se meut dans ton cœur ?... «Ah! de quelques dégoûts que ton âme s'enivre, «Regarde la nature, alors tu sauras vivre.» —

Et je disais; et lui, précipitant sa main Sur un livre entr'ouvert arraché de son sein , Il me montra du doigt cette page où moi-même Je saluais la mort comme un bienfait suprême; Kt moi, laissant tomber sa main sur mes genoux. Je détournai la tête et je pleurai sur nous.

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