‹ Amour et foiChapitre 41 sur 55 · ENTRAINEMENT · texte numérisé non relu

ENTRAINEMENT

Où vas-tu ma pensée?... ô mon âme, où s'arrête Ton essor convulsif, ton élan de poëte

Vers un soleil meilleur ?...

Où doit-elle tarir, à quels cieux, à quel monde. Cette sève de feu, cette lave profonde

Qui déborde mon canir?

Ah! demande où se perd l'Arabe dans sa fuite, Quand du pâle coursier que la peur précipite

Les vents fouettent le crin; Quand le long du désert meurtri par ses pieds rudes, 11 passe, vole, et jette aux vents des solitudes

L'écume de son frein.

Et la trombe du ciel, colonne merveilleuse. Où va-t-elle, dis-moi, quand sa tête houleuse

Verse de froids torrens. Et que, s'attaquant même au mont impérissable, Elle entasse sur lui, comme des grains de sable.

Les cèdres les plus grands ?

Mon âme , eh bien ! mon âme est la trombe élancée , La cavale qui court d'une course insensée

Au désert spacieux; La cavale !... mon âme est plus rapide encore, Elle devancerait un rayon de l'aurore

Dans l'infini des cieux.

AMOIIB ET FOI. 275

Son vol franchit les (lois, son vol pvvcv. la nue; lit, son rojjard saisit quelque irna|];e inconnue

Sous les brumes de l'air :

Elle aspire à ce Dieu qu'il faut aimer et craindre, Et sa pensée ardente emprunte pour l'atteindre

Les ailes de l'éclair.

Adieu le frais repos de mes belles années. Rêves d'un âge tendre, oasis fortunées

Où s'endormait mon cœur :

Adieu l'hymne d'amour, le soir au bord du fleuve. Et les premiers soupirs d'une âme chaste et neuve

Qui s'éveille au bonheur!

Ce qu'il faut maintenant, ce n'est point, o mon âme. D'harmonieux concerts embaumés de cinname,

Reflets d'un songe d'or:

Adieu l'espoir d'azur, adieu les chants de fête! L'esprit, dont l'aile sombre enveloppe ma tête,

A passé sur Endor.

Et son doigt m'a montré l'infortune insultée, Et mon cœur a frémi, ma chair s'est contractée

En face de ces deuils :

Et j'ai pris en pitié tout ce peuple folâtre, Quand j'ai vu la douleur, hôtesse opiniâtre,

S'asseoir à tant de seuils.

Vents des cieux et des eaux , d'où vient ce bruit d'orages ? Mon oreille effrayée entend le flot des âges

Prêt à nous engloutir; Et mon œil, au-dessus de nos villes sans nombre, Mon œil voit se dresser, comme un prophète sombre.

Le fantôme de Tyr.

C'est en vain que le siècle étend sa main glacée. Il succombe... La mort tient sa proie enlacée

Dans un cercle de fer.

Navigateurs joyeux qui riez sur la proue. Le flot gronde... tremblez que le vaisseau n'échoue

Aux portes de l'enPer!

AMOLH ET roi. 277

IN'inlcrro(;ez donc [)lus le poëte; — s'il ('liante, Maljjré celte atmosphère épaisse et dessécimnte.

S'il va luttant toujours, C'est qu'il veut arracher à iTinpure débauche Ces ^générations que le bras divin fauche

Dans le sillon des jours;

C'est que le Christ est là; — lui seul est notre étoile,. Lui seul nous aide encore à percer ce grand voile

Où la raison se perd ; C'est que, malgré le temple et la croix qui s'écroule, 11 faut heurter le siècle, et ramener la foule

Au Golgotha désert.

Et voilà les douleurs, les craintes amassées Qui roulent dans mon âme, abîme de pensées

Plein d'ombre et de rumeur; Voilà pourquoi mes yeux, que la fatigue accable. Se tournent vers celui qui seul reste immuable.

Quand toul s'efface et meurl.

C'est Jéhovah, c'est lui qui suspend ou détache Les innombrables cieux que l'immensité cache

Sous son rideau puissant; 11 parle, et tout gravite, et s'il touche le monde, Le monde se broiera comme le ver immonde

Sous le pied du passant.

Va donc jusqu'à ton Dieu, va donc, ô ma pensée, Non plus comme l'Arabe et la trombe élancée

Au hasard et sans lois.

Non plus comme l'autour, comme l'aigle intrépide, Qui voudraient embrasser dans leur élan rapide

Tous les cieux à la fois ;

Mais comme un ruisseau pur, dès qu'il est né, commence Son cours mystérieux jusqu'à la mer immense

Et s'y dérobe enfin; Remonte, ô ma pensée, à ta source première, Et faible goutte d'eau, plonge-toi tout entière

A l'Océan divin!

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