‹ Amour et foiChapitre 48 sur 55 · L'ÉGLISE · texte numérisé non relu

L'ÉGLISE

Vaisseau majestueux, nef solide et profonde, O toi dont l'étendard s'élève sur le monde

Malgré la brume et l'ouragan!

0 toi qui, déployant ta voile toujours prête. Supportes, sans (léehir, l'assaut de la tempête

Et la houle de l'Océan !

0 vaisseau! depuis l'heure où Dieu dissipa l'ombre,

Et brisa d'un mot seul les idoles sans nombre

Qu'adorait le vaste univers, Depuis l'heure où le Christ t'arracha de l'arène. Et poussant sur les flots ta sublime carène,

Ouvrit ton aile au vent des mers;

0 vaisseau 1 que de fois la vague mugissante Essaya d'ébranler ta mâture puissante !

Que de fois sur les mers sans fond Ces monstres inconnus, dont l'abîme se joue, Heurtèrent du poitrail ta gigantesque proue

Qui les broyait à chaque bond!

Que de fois, quand l'orage étend son vol et brille Au plus profond des cieux, tu fis passer ta quille

Sur le corps de Léviathan !

Que de fois, malgré l'ombre autour de toi semée. Tu vis poindre au milieu d'une épaisse fumée

La tête pâle de Satan !

AMOUR KT FOI. 32:j

De Satan, spectre impur qui s'élève et relomhe Sur tes mats glorieux, comuie une lourde trombe

Que ton choc éternel vaincra; De Satan, roi maudit, qui roule avec mystère Son œil plus flamboyant que l'œil de la panthère

Aux solitudes de Zhara.

Et puis, obscurcissant les flots que tu sillonnes, Que de fois la nuée abaisse ses colonnes !

Que de fois, sur des bords lointains.

Tu fuirais au hasard sans lumière et sans flamme. Si tu n'avais pas Dieu, ce (jrand soleil de l'âme.

Pour illuminer tes chemins!

Mais il veille là-haut; — ses anjTfcs qu'il envoie Se hâtent de descendre et d'aplanir ta voie

Au milieu des brumes de l'air; 11 veille, il tend sa main comme une larj^c voule Quand l'Esprit orgueilleux fait pleuvoir sur ta roule

Les étincelles de l'enfer.

il veille, et le vent tombe et le navire flotte :

Que redouterais-tu?... le Christ est ton pilote,

Le Christ abat ces flots sans frein :

Aussi rien n'aura fait vieillir tes destinées; La vague des temps passe, et ses deux mille années

N'ont pu rouiller tes flancs d'airain.

Qu'importe, ô vaisseau fier! quand ton Dieu te rassure, Que les géans des eaux redoublent leur morsure

Et se dressent comme des monts?...

Marche , ô vaisseau ! — là-bas le port t'appelle et s'ouvre ; Marche à travers les flots dont l'écume te couvre,

A travers l'aile des démons.

Marche, et tu rouleras sur les lames grondantes, Et tu verras pâlir ces prunelles ardentes

Dont l'éclair te suit en tous lieux; Marche, et les cieux lointains dépouilleront leurs voiles. Et tu verras dans l'ombre un bouclier d'étoiles

Couvrir tes mais audacieux.

Ce (j^rand phare t'éclaire, 6 vaisseau! quand tu passes: Une voix merveilleuse à travers les espaces

Retentit connue un doux appel; Et l'âme, transportée au-dessus des orages, Retrouve, h chaque vent qui meurt dans tes cordages,

Un écho des cygnes du ciel.

Us sont là : — leurs regards te suivent dans la houle, Ces martyrs des vieux temps, ces martyrs, noble foule.

Que l'œil distingue à leurs rayons; Foule victorieuse et pourtant désarmée Qui cria: «Gloire au Christ!» sur la roue enflammée

Et sous la griffe des lions.

Us sont là dans la nue et leur bras t'environne. Tous ces milliers d'esprits qu'une flamme couronne.

Reflets brillans du divin roi; Esprits qu'un pur amour devant tes pas lamène , Us sont là dans la nue, et leur suave haleine

Rafraîchit l'air autour de toi.

Va donc, ô vaisseau iier! va sous leur aile sainte,

Va sur les grandes eaux sans redouter l'étreinte

Du flot qui gronde à ton côté :

0 vaisseau ! marche au port prédit par les prophètes ; Marche, marche toujours, jusqu'à ce que tu jettes

Ton ancre dans l'Éternité !

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